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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Une tasse de thé : le zen de la communication scientifique

28 Août 2026 Publié dans #Communication

Une tasse de thé : le zen de la communication scientifique

 

Chuck Dinerstein, ACSH*

 

 

Image : ACSH

 

 

La communication scientifique échoue souvent non pas parce que les gens manquent d’informations, mais parce qu’ils abordent le débat avec des certitudes préconçues. Un moment de zen explique le problème et propose une solution possible.

 

 

Une célèbre histoire zen illustre l’un des problèmes les plus épineux de la communication scientifique, en particulier à une époque marquée par les commentaires polémiques sur les réseaux sociaux.

 

Un professeur d’université se rendit un jour chez un maître zen réputé pour s’initier au zen. Lorsqu’ils s’assirent pour discuter, le maître commença tranquillement à préparer et à servir le thé.

 

Le professeur, désireux de faire étalage de son intelligence, parla sans discontinuer de ses philosophies et de ses connaissances. Le maître l’écouta patiemment, remplit la tasse du professeur à ras bord… puis continua à verser.

 

Le professeur regarda le liquide déborder sur la table jusqu’à ce qu’il ne puisse plus se retenir. « Elle est pleine ! Que faites-vous ? »

 

Le maître zen cessa de verser et lui sourit. « À l’image de cette tasse, vous êtes rempli de vos propres opinions et spéculations. Comment pourrais-je vous montrer le zen si vous ne videz pas d’abord votre tasse ? »

 

Une grande partie de notre engagement sur les réseaux sociaux, qui constituent de plus en plus le lieu privilégié de communication et de partage d’informations scientifiques et liées à la santé, commence alors que nos « tasses » sont déjà pleines à ras bord. Que ces tasses soient remplies d’expertise, de convictions, de données ou d’affinités peut faire une grande différence quant au contenu, mais cela n’a guère d’incidence sur l’acte de communication lui-même : il ne reste guère de place dans une tasse qui déborde déjà.

 

Ce problème se pose de part et d’autre du débat. Les experts parlent par-dessus et à côté des sceptiques, tandis que ces derniers érigent des remparts faits de « savoir » et d’expérience vécue. Dans les deux cas, nous ne parlons pas tant les uns aux autres que les uns à côté des autres. La grande défaillance de la santé publique n’a pas résidé dans le message, mais dans la manière de le transmettre. Pour être équitable dans ma critique, il faut reconnaître que les tasses de nombreux destinataires sont déjà pleines ; l’échec de la santé publique a été son incapacité à repenser la communication pour aller à la rencontre des gens là où ils se trouvent.

 

Ce défi n’est pas propre à la santé publique ; il se présente dans toute conversation où la connaissance doit se transformer en compréhension.

 

Comme je l’ai déjà dit, je comprends la persuasion, car personne ne vient voir un chirurgien pour lui demander d’être opéré. Le consentement éclairé nécessite de transmettre à la fois des informations et de la compréhension ; il faut faire de la place tant dans la « tasse de communication » du clinicien que dans la « tasse de compréhension » du patient.

 

Il existe un rituel pour servir le thé, qui vise avant tout à imprégner l’expérience de son rythme et de sa grâce. La communication numérique, parce qu’elle privilégie la vitesse au rythme et les « likes » ainsi que la viralité à la grâce, rend le service du thé plus difficile. Nous n’avons pas besoin de nouvelles réglementations ni de décisions en matière de responsabilité pour commencer à servir le thé différemment. Une autre parabole zen nous guide pour savoir comment empêcher le thé de se renverser sur la table.

 

Un maître zen adorait sa promenade du soir avec son chien qui, tout aussi ravi, partait en trombe, explorait les environs, puis revenait vers son maître en remuant la queue. Un soir, le maître invita l’un de ses élèves, troublé par les contradictions qu’il rencontrait dans la pensée bouddhiste, à se joindre à lui.

 

Le maître appela son chien : « Va me chercher la lune », tout en montrant la lune désormais pleine. « Où mon chien regarde-t-il ? », demanda le maître. « Il regarde votre doigt », répondit l’élève.

 

« Exactement. Ne fais pas comme mon chien et ne confonds pas le doigt qui désigne avec ce qu’il désigne. »

 

Les gens se disputent souvent à propos du doigt, du ton, de l’appartenance, de l’autorité, de la formulation et de l’identité, sans jamais regarder la lune ensemble.

 

Pour partager les connaissances scientifiques, il ne suffit pas d’affiner les faits ou de peaufiner la formulation. Nous devons retrouver quelque chose de la cérémonie du thé : sa patience, son attention et sa volonté de ralentir avant de verser davantage. Ce n’est qu’alors que nous pourrons cesser de nous disputer au sujet du doigt, tourner à nouveau notre regard vers la lune et peut-être commencer à servir le thé de la science avec le rythme et la grâce que l’instant exige.

 

________________

 

Le Dr Charles Dinerstein, docteur en médecine, MBA, FACS, est directeur médical à l’American Council on Science and Health (Conseil Américain pour la Science et la Médecine). Il possède plus de 25 ans d’expérience en tant que chirurgien vasculaire.

 

Source : A Cup of Tea: The Zen of Science Communication | ACSH

 

 

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