Reconnaissante envers la décision de la Cour Suprême des États-Unis qui soutient un produit phytosanitaire sûr
Jennie Schmidt, Réseau Mondial d'Agriculteurs*
Un large consensus parmi les organismes scientifiques et gouvernementaux du monde entier s’accorde à dire que le glyphosate ne présente aucun risque pour la santé humaine lorsqu’il est utilisé conformément aux instructions.
Outre la sécheresse qui sévit actuellement dans la région du Mid-Atlantic, le problème sanitaire le plus grave que j’ai rencontré cette année dans mon exploitation concerne la vigne. Un gel en avril a considérablement endommagé les plants. À la fin de cette saison de culture, notre récolte sera très maigre.
Pourtant, la couverture médiatique récente vous a peut-être convaincu que la plus grande menace sanitaire à laquelle sont confrontés les agriculteurs comme moi provient de l’utilisation de produits phytosanitaires. Ce sont les outils que nous utilisons pour lutter contre les mauvaises herbes, les parasites et les maladies.
Des avocats ont intenté des milliers de procès devant les tribunaux des État fédérés au nom de personnes affirmant avoir développé un cancer à cause de l’une des méthodes de désherbage les plus efficaces au monde, mieux connue sous son nom de marque : Roundup. Son principal ingrédient est le glyphosate.
L’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) et de nombreux autres organismes scientifiques internationaux, notamment au sein de l’Union Européenne, ont conclu le contraire – et la Cour Suprême vient désormais de confirmer que les lois et réglementations fédérales prévalent sur les réglementations des États. Dans une décision prise à 7 voix contre 2, les juges ont estimé que les fabricants de glyphosate ne pouvaient pas être tenus pour responsables en vertu des lois des États pour ne pas avoir averti les consommateurs d’un risque sanitaire, alors que l’EPA n’exige pas d’étiquette d’avertissement.
« L’EPA a réévalué le glyphosate à plusieurs reprises et a conclu à chaque fois que le glyphosate n’était pas susceptible de provoquer le cancer » [« not likely to cause cancer »], a écrit le juge Brett Kavanaugh au nom de la majorité. « En vertu de la loi fédérale, [les fabricants de glyphosate] sont légalement tenus d’utiliser une étiquette ne comportant pas d’avertissement sur le cancer, à moins que et jusqu’à ce que l’EPA n’approuve ou n’exige un changement. »
Cela signifie que les fabricants de glyphosate ne peuvent pas être poursuivis pour ne pas avoir apposé une étiquette que la loi fédérale leur interdit d’utiliser.
Cela relève du bon sens.
Je ne suis pas juriste, je laisserai donc toute analyse juridique supplémentaire aux experts.
En tant qu’agricultrice, cependant, je suis une experte en matière d’utilisation sûre du glyphosate. Nous l’avons appliqué sur nos champs ici, dans le Maryland, où nous produisons non seulement du raisin de cuve, mais aussi du maïs, du soja et des haricots verts. Son utilisation en agriculture est autorisée depuis 1974, soit plusieurs décennies avant l’apparition des semences biotechnologiques. Comme l’a déclaré le juge Kavanaugh, il a été évalué à maintes reprises et jugé sans danger à chaque fois, à condition d’être utilisé conformément à l’étiquette.
Je ne me contente pas de croire que le glyphosate est sans danger. Je sais qu’il l’est, à condition que les personnes qui l’utilisent respectent les instructions figurant sur l’étiquette approuvée par l’EPA.
Il est essentiel de suivre les instructions, en agriculture comme dans tous les domaines. Lorsque vous passez un examen à l’école, vous êtes censé suivre les consignes figurant en haut de la page, sinon vous risquez d’échouer pour ne pas avoir respecté correctement les instructions. Lorsque vous conduisez votre voiture ou votre camion, vous respectez les feux rouges et les panneaux « Stop » afin de rouler en toute sécurité. Lorsque vous prenez un comprimé de votre armoire à pharmacie, qu’il s’agisse d’ibuprofène pour un mal de dos ou d’un médicament sur ordonnance pour un problème plus complexe, vous devez respecter les consignes de posologie et autres indications figurant sur l’étiquette afin que le médicament agisse correctement ou conformément à la prescription.
Il en va de même pour les produits phytosanitaires. Respecter les instructions figurant sur l’étiquette du glyphosate approuvée par l’EPA, c’est suivre les consignes de santé et de sécurité afin de me protéger en tant qu’applicateur, ainsi que l’environnement et la communauté qui m’entourent.
Ces instructions sont faciles à comprendre et à respecter. Lorsque je pulvérise du glyphosate, je porte un équipement de protection individuelle (EPI). En d’autres termes, je ne porte pas de short ni de tongs. À la place, je porte une chemise à manches longues, un pantalon, des chaussettes, des chaussures et des gants résistants aux produits chimiques. Regardez-moi à l’œuvre dans cette courte vidéo.
Une petite quantité de glyphosate suffit largement. Je verse le volume de produit concentré dans un récipient rempli d’eau, ou dans un pulvérisateur à main, selon les spécifications de l’étiquette pour la culture concernée. Cela varie généralement entre 1.121 et 2.242 grammes par hectare. Billie Lentz, une agricultrice du Dakota du Nord et membre comme moi du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network), a récemment plaisanté en disant qu’elle pouvait traiter un acre entier avec « pas même un café latte » de glyphosate, c’est-à-dire une quantité qui remplirait une tasse à café.
L’EPA est loin d’être la seule à partager ce point de vue sur la sécurité du glyphosate. Un large consensus parmi les organismes scientifiques et gouvernementaux du monde entier affirme que le glyphosate ne présente aucun risque pour la santé humaine lorsqu’il est utilisé conformément aux instructions. Parmi ces organismes figurent l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments ainsi que des instances similaires en Australie, au Canada, au Japon et ailleurs.
Ils s’appuient sur des preuves. L’Agricultural Health Study – une étude de grande envergure menée depuis plus de trois décennies auprès de milliers d’agriculteurs américains – révèle que les taux de cancer chez les agriculteurs ne diffèrent pratiquement pas de ceux observés dans la population générale.
Malgré tout, le glyphosate reste menacé. Le mélange d’une politique ignorante et d’un analphabétisme scientifique peut conduire à des résultats que l’on qualifiera le mieux de « toxiques ».
Il s’agit bien sûr d’une métaphore, mais l’ironie de la situation est que des restrictions imposées au glyphosate sur la base d’émotions plutôt que de données scientifiques obligeraient de nombreux agriculteurs à se tourner vers des herbicides qui remplissent des fonctions similaires, mais dont la composition chimique est plus agressive et plus toxique.
En attendant, je suis reconnaissante à la Cour Suprême d’avoir rendu un arrêt qui nous permettra, à moi et aux autres agriculteurs, de continuer à disposer d’un outil sûr et essentiel à la production alimentaire.
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* Jennie Schmidt fait partie de Schmidt Farms Inc., à Sudlersville, dans le Maryland. Avec son beau-frère, elle gère une exploitation agricole familiale de troisième génération qui produit des céréales, des légumes et du raisin de cuve sur la côte est du Maryland. Lorsqu’elle n’est pas au volant d’un tracteur, Jennie est une figure de proue de l’agriculture au niveau régional et national, ayant été la première femme à siéger au conseil d’administration et la première femme à occuper la présidence du Maryland Grain Producers Utilization Board. Jennie est administratrice générale au sein de l’U.S. Grains Council, siège au conseil d’administration du Sustainable Corn Export Board et est ancienne présidente de l’équipe consultative commerciale pour le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie du Sud. Conférencière nationale et internationale, elle raconte l’histoire de l’alimentation et de l’agriculture. Elle se passionne pour le rapprochement entre les gens, l’alimentation et l’agriculture, en soulignant l’importance de l’accès alimentaire à l’échelle mondiale et celle de la durabilité dans notre approvisionnement alimentaire. Jennie, qui a d’abord exercé le métier de diététicienne agréée, est titulaire d’une licence en nutrition humaine et en agriculture internationale de l’UMASS, ainsi que d’un master en nutrition humaine de l’Université du Delaware, avec une spécialisation en biotechnologies alimentaires et agricoles. Jennie a reçu en 2021 le prix « Women in Agriculture Trailblazer » décerné par le Farm Journal.
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