Où sont passés tous les activistes ?
Après la chute, nous devons définir le monde de l’après-ONG
David Zaruk, The Firebreak*
Qu’est-il advenu des activistes qui dénonçaient l’effondrement climatique catastrophique ? Et des guerriers de la justice sociale ? Pourquoi ne parle-t-on plus du post-capitalisme, de la décroissance, de la sixième extinction de masse, des cocktails chimiques ou du « Grand Vortex de déchets du Pacifique » ? Et Davos ? Les moralisateurs de la finance mondiale, comme Larry Fink, ont décidé que l’éclairage des centres de données était plus attrayant que de se battre pour sauver le monde.
Cet article soutient qu’il est temps de tirer parti du déclin de l’influence des activistes dans l’arène politique pour modifier les règles qui régissent le cadre réglementaire et s’attaquer à bon nombre des problèmes qui avaient conduit à des politiques irrationnelles dictées par l’agenda militant.
Ma note : La description de la situation de l'activisme ne vaut pas vraiment pour la France, où il continue de bénéficier d'un soutien complaisant de certains médias.
Pendant la vague de chaleur qui a frappé les États-Unis ou la canicule estivale en Europe, ainsi que lors des journées de juin les plus chaudes jamais enregistrées, nous n’avons plus à subir les exagérations des médias ni la misanthropie des activistes, qui accusent l’homme (l’industrie, le capitalisme, les consommateurs…) d’être responsable de la destruction de la planète. On nous rappelle désormais parfois, d’un ton pince-sans-rire, que ces journées chaudes sont conformes aux modèles climatiques, mais cela suscite souvent une réaction similaire à celle que j’ai lorsque mon médecin me dit que ma prise de poids excessive est liée à mes habitudes alimentaires.
Après deux décennies de campagnes soigneusement orchestrées et de contrôle du discours, qui ont fusionné toutes les questions de santé environnementale en une campagne centralisée contre la consommation, le commerce, le capitalisme et l’industrie – avec des milliards provenant de fondations affluant pour enrichir les mouvements activistes –, en l’espace d’un an, le robinet a littéralement été fermé. Tout s’est simplement arrêté. Pourquoi ?
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Les groupes activistes n’étaient pas à court d’argent (les dons des fondations s’étendent souvent sur trois à cinq ans).
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Ils n’étaient pas à court de sujets (aucune des mesures qu’ils réclamaient n’a en effet été mise en œuvre).
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Ces activistes de longue date ont tout simplement perdu leur légitimité.
Les élections de 2024-2025 en Europe et en Amérique du Nord ont porté un coup dur à la gauche environnementale, les questions économiques, sociales et frontalières prenant le dessus dans le virage politique vers la droite. Au cours des deux dernières années, les politiques, les procédures et les financements se sont réorientés vers le développement économique, industriel et de l’emploi, s’éloignant des vagues discours bien-pensants que les activistes avaient placés au centre de la scène politique. Des mots à la mode tels que « simplification », « déréglementation » et « rationalisation » ont rapidement remplacé les totems environnementaux que sont la « circularité », la « décarbonation » et la « décroissance ». Le message clair de l’électorat a été entendu dans les couloirs du pouvoir à Bruxelles, Berlin et Washington.
Les ONG ont réagi comme elles l’ont toujours fait, non pas en réfléchissant et en cherchant un bon compromis, mais en proclamant une crise imminente. Cependant, cette crise inventée de toutes pièces n’était plus un effondrement climatique catastrophique ni une extinction écologique massive, mais plutôt la menace qui pesait sur leur propre existence. Toujours plus polarisés, les activistes ont mené une campagne affirmant que l’extrême droite avait pour mission de réduire les ONG (et la liberté d’expression) au silence. Peut-être était-ce cette polarisation perpétuelle et ce manque de réflexion ou de compromis qui avaient détourné tant de gens de leurs causes. The Firebreak a publié un article expliquant que leur représentation du « bon activiste » combattant les « méchants » ne donnait pas le ton juste et ne trouvait même pas l’écho auprès de leur propre public.
Plus récemment, les activistes ont eu recours au triage pour tenter de traverser ces années de vaches maigres. Il y a deux semaines, le Good Lobby, avec son air mielleux, a publié son dernier argumentaire intitulé : « An Advocacy Survival Guide for Civil Society » (guide de survie du plaidoyer pour la société civile), affirmant que les règles du jeu avaient changé. Rectification : le public a décidé de regarder d’autres matchs, plus importants. Bien sûr, Alberto s’est trop engraissé en vivant la grande vie grâce aux fonds des fondations, tandis que cet hypocrite s’en prend aveuglément à d’autres formes de financement du plaidoyer (lobbying) ; il devrait donc peut-être suivre ses propres conseils.
La semaine dernière, un groupe de 60 ONG activistes, dont le toujours opportuniste Good Lobby, a publié une lettre ouverte à la Commission Européenne. Cette lettre était tout à fait remarquable dans la mesure où leurs revendications en faveur d’une meilleure réglementation correspondaient précisément à ce que ces mêmes groupes condamnaient il y a à peine trois ans. Les ONG exigeaient d’être autorisées à engager le dialogue, alors qu’il n’y a pas si longtemps, elles chassaient avec jubilation leurs ennemis du monde des affaires hors du Parlement Européen et de la Commission. Elles réclamaient de la transparence, mais ce sont ces mêmes ONG qui ne révèlent pas les milliardaires et autres groupes d’intérêts qui financent leurs fondations. Elles réclamaient des analyses d’impact. Très bien ! Cela signifie-t-il pour autant que l’Europe va réviser des réglementations telles que la directive sur l’utilisation durable des pesticides, pour laquelle les ONG ont obtenu gain de cause en rejetant la nécessité de toute analyse d’impact ?
Les groupes activistes des ONG sont bel et bien confrontés à une situation de crise, mais cette crise vient de l’intérieur.
Ce n’est pas la première fois que l’influence des ONG recule, et celles-ci reviendront, probablement plus fortes et encore plus déterminées. Ce qui est dangereux, c’est que d’autres parties prenantes considèrent ces récents bouleversements comme la fin de décennies inconfortables d’ingérence activiste et s’en servent comme d’une occasion de revenir au business as usual. Il s’agit au contraire d’une opportunité de remodeler le monde de l’après-ONG afin de redéfinir la manière dont les parties prenantes s’engagent dans le processus politique. Voici quatre changements clés pour garantir un processus politique rationnel à l’avenir.
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Clarifier le rôle des fondations. – Avec la professionnalisation de la philanthropie (des consultants créant des réseaux de parrainages fiscaux et de fonds opaques gérés par des donateurs), les fondations sont devenues des ONG activistes dirigées par des milliardaires. Ces groupes se font passer pour des organisations de campagne, mais comme ils n’existent pas juridiquement, ils ne sont pas tenus de déclarer leur financement ni de rendre des comptes. Les règles doivent changer afin que ces groupes respectent les mêmes principes de transparence et de responsabilité que tous les autres groupes de parties prenantes.
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Distinguer les ONG des groupes de pression activistes (APE). – The Firebreak a fait valoir que la plupart des groupes activistes en matière de politique abusent de leur statut d’ONG, en prétendant appartenir à la même catégorie que les organisations humanitaires ou les associations caritatives, tout en revendiquant un statut d’exonération fiscale alors qu’ils dépensent des centaines de millions en salaires, dons politiques et campagnes de lobbying. Ils devraient être classés comme des « Alternative Policy Enterprises » (APE), c’est-à-dire des groupes de pression dont les millions de financement provenant d’intérêts particuliers ne devraient pas être déductibles fiscalement ni classés différemment des lobbyistes industriels. Pendant ce temps, les véritables ONG qui tentent de gérer des banques alimentaires, des foyers d’accueil et des programmes d’aide au développement doivent rivaliser avec ces lobbyistes opaques qui cherchent à imposer leur dogme élitiste à la société.
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Fixer des conditions plus strictes concernant les preuves dans les processus politiques. – Au cours des vingt dernières années, les ONG ont réussi à discréditer la recherche industrielle et à exclure ses données du processus politique. Mais la « science militante » qu’elles mettent en avant est de moindre qualité et conçue pour susciter la peur et le doute plutôt que de s’appuyer sur des faits et des preuves. Étant donné que les ONG ne dictent plus le discours à l’heure actuelle, il convient d’établir une norme claire et objective en matière de recherche scientifique et de données, qui englobe les meilleures pratiques de recherche et de laboratoire disponibles, quelle que soit leur source.
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Considérez les campagnes des activistes écologistes comme des activités de marketing et de relations publiques plutôt que comme des actions politiques. – Les ONG sont des organisations de communication qui tentent de façonner le discours public afin de multiplier les opportunités économiques (dons, financements, produits alternatifs…). Leurs arguments ne sont ni scientifiques ni économiques, mais conçus pour persuader en jouant sur les émotions que sont la peur et l’indignation. Quelques exemples :
- Les campagnes anti-pesticides visent à pousser des consommateurs effrayés à acheter des prodits bio. Le bio n’est rien d’autre qu’un concept marketing hors de prix que l’élite aisée impose à des consommateurs en difficulté.
- Le discours catastrophiste sur le climat s’inscrit dans la promotion des énergies renouvelables et d’une idéologie néo-marxiste post-capitaliste.
- Les campagnes de peur sur les plastiques (microplastiques, déchets, perturbateurs endocriniens…) fonctionnent de concert avec des industries alternatives telles que les fabricants de cuivre, d’acier, de verre et de papier.
- Le secteur des litiges tire largement profit du travail de relations publiques mené par les activistes dans tous ces domaines axés sur la peur.
Nous devons considérer les campagnes et le lobbying des activistes de l’APE non pas comme un engagement politique, mais comme du marketing et des relations publiques au service d’autres groupes d’intérêts.
Le gros problème pour les ONG environnementales est que leurs campagnes de marketing se poursuivent comme d’habitude, mais que peu de gens y adhèrent. Il est temps de changer de modèle économique.
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* David est le rédacteur en chef de The Firebreak. Il est également connu sous le nom de Risk-monger. Professeur à la retraite, analyste des risques pour la santé et l'environnement, communicateur scientifique, promoteur d'une politique fondée sur des données probantes et théoricien philosophique sur les activistes et les médias.
Source : Where Have all the Activists Gone? - by David Zaruk
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