Loi d'urgence agricole et cohérence : le cas Marc Dufumier dans Alternatives Économiques
La loi d'urgence agricole – maintenant validée par le Conseil Constitutionnel pour l'essentiel, non sans quelques pièges, et promulguée – aura mobilisé bien du monde contre elle. Le 5 août 2026, Alternatives Économiques donnait de l'espace à M. Marc Dufumier, professeur honoraire d'AgroParisTech et président d'AgriParis Seine. On en reste bouche bée...
Le 5 août 2026, Alternatives Économiques publiait « L’eau, un bien commun que la loi d’urgence agricole met en danger », de M. Marc Dufumier, professeur honoraire d'AgroParisTech et président d'AgriParis Seine.
Cela commence très mal, par ce qu'on peut appeler l'« obsession mégabassines » :
« Votée le 21 juillet au terme d’un parcours houleux, la loi d’urgence agricole prévoit notamment de faciliter l’établissement de nouveaux ouvrages de stockage d’eau destinée à l’irrigation − autrement dit des mégabassines − en allégeant les procédures préalables de concertation. »
Suit une petite salve d'arguments anxiogènes. Notamment :
« Il nous faut aussi éviter de polluer ces eaux avec des contaminants. La consommation d’une eau trop chargée en nitrates peut entraîner divers troubles de la santé : hypertension, cancer gastrique, malformations congénitales, etc. Leur présence dans les eaux de surface et souterraines peut être à l’origine de la prolifération d’algues vertes dans les étangs et sur les plages bretonnes. L’ingestion régulière de perturbateurs endocriniens par les femmes enceintes et les jeunes en période de croissance peut être à l’origine de maladies neurodégénératives et cancers prématurés.
Nous devons donc lutter contre de tels dommages en réduisant l’emploi de lisiers et engrais azotés de synthèse, à l’origine des pollutions en nitrates, et en n’ayant moins ou plus du tout recours aux herbicides, fongicides et insecticides dont les résidus présents dans la nourriture et l’eau du robinet peuvent occasionner des maladies du vieillissement prématurées. Or la loi d’urgence agricole prévoit notamment de réautoriser les néonicotinoïdes. »
Au-delà des malversations alléguées de l'agriculture conventionnelle, il y a aussi cette dernière phrase qui généralise une possibilité de dérogation en autorisation, et un dispositif limité à deux matières actives à l'ensemble des néonicotinoïdes.
Bref, on ne se refuse rien...
Sans surprise, rien ne trouve grâce dans la loi auprès de M. Marc Dufumier. Alternatives Économiques ne répugne pas à l'exagération outrancière avec, comme intertitre, « Suppression de la concertation ».
Également sans surprise, l'auteur aborde aussi les « techniques alternatives, inspirées de l’agroécologie, qui permettraient de faire un usage plus judicieux des eaux de pluie. » Avec un conditionnel de prudence et une référence aux pluies qui, ces derniers mois, ont fait défaut...
Et puis, YAKA...
« Les eaux ainsi infiltrées dans les sols peuvent être ensuite retenues à hauteur des racines, en accroissant le taux d’humus dans les strates superficielles. Il suffit alors d’apporter aux sols diverses matières organiques : fumiers, composts, bois raméal fragmenté, etc. »
On est dans le discours convenu, porté par des militants de l'agriculture « Martine à la ferme » ou de l'agrologie (© Philippe Stoop), laquelle est à l'agronomie ce que l'astrologie est à l'astronomie.
Mais il arrive un moment où la pente devient glissante :
« Mais le plus urgent serait de réduire la part consacrée aux cultures d’été (maïs, betteraves, tournesol, etc.) dans nos assolements et rotations de cultures. Et d’implanter davantage de cultures d’hiver (blé, orge, colza, etc.) plus à même de mettre à profit les eaux de pluie qui, sous nos latitudes, tombent surtout de l’automne au printemps. »
Voilà qui ouvre un vaste espace de discussion : effets agronomiques, par exemple sur la maîtrise des adventices et des parasites et maladies, conséquences économiques...
Le discours prédominant préconise plutôt, me semble-t-il, davantage de cultures de printemps. Il n'est pas exclu qu'il faille réviser nos préconisations, mais faut-il le faire sur la base d'une année qui est peut-être exceptionnelle... comme le fut un 2024 exceptionnellement pluvieux et peu ensoleillé catastrophique pour les cultures d'hiver.
Et, après de doctes considérations sur l'eau du robinet qui doit vraiment être potable – et les « pratiques agricoles relevant de l’agroécologie » qui permettent de se passer de « pesticides dont on connaît les effets néfastes pour notre santé et celle des pollinisateurs » –, revoici les assolements :
« Intégrer des légumineuses (féverole, pois, haricot, etc.) dans les rotations de cultures permet de nous fournir des protéines végétales sans recourir aux engrais azotés de synthèse, et contribue aussi à fertiliser les sols par la voie biologique pour les cultures qui vont leur succéder. Une façon d’éviter des excès de nitrates dans les eaux de ruissellement et les nappes souterraines. »
Sauf erreur – et sauf exploit futur d'une recherche variétale dont certaine techniques n'ont pas bonne presse dans les milieux de l'agronomie alternative – le haricot fait partie de ces « cultures d'été » dont la part dans l'assolement devrait diminuer... Et pour les reliquats d'azote, ce n'est pas le Pérou (incidemment fournisseur de guano)...
En définitive, on en reste à l'incantation :
« On ne manque donc pas de techniques alternatives qui permettraient de satisfaire nos besoins en eau potable et en bonne nourriture tout en sauvegardant la qualité de nos eaux de surface et souterraines. Mais seules des formes d’agriculture paysanne, bien plus diversifiées que les formes d’agriculture industrielle qui prévalent aujourd’hui, seraient capables de réduire les prélèvements d’eau destinés à l’irrigation et de ne plus épandre de produits contaminants. »
Des alternatives « plus exigeantes en travail »...
« […] Il nous faudrait donc rémunérer nos agriculteurs en fonction de la qualité de leurs produits et de leurs services environnementaux d’intérêt général, en proportion de la quantité de travail requise pour ce faire. »
Bon, c'est publié dans « Alternatives Économiques »... sans aucune considération pour les aspects économiques (autres que : cela devra être plus cher).
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