Loi d'urgence agricole : dissonance cognitive au Nouvel Obs
Il n'y a pas que Le Monde... Avec « Loi d’urgence agricole : le piège du modèle productiviste, un cas d’école de dissonance cognitive », une chronique de Mme Mathilde Viennot, Le Nouvel Obs publie... un cas d'école de dissonance cognitive.
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Les articles critiquant ou fustigeant la loi d'urgence agricole se suivent et se ressemblent dans les médias de tendance bien-pensante, la sécheresse actuelle amplifiant les récriminations contre le volet « eau ».
Le 4 août 2026, Le Nouvel Obs a publié une chronique de Mme Mathilde Viennot, « Loi d’urgence agricole : le piège du modèle productiviste, un cas d’école de dissonance cognitive », qui nous donne l'occasion de faire un petit tour de piste des âneries maintes fois publiées.
Nous sommes condamnés à subir « modèle productiviste » pour une agriculture d'une grande diversité qui ne se laisse pourtant pas réduire à un « modèle » (sauf chez les adeptes de l'agri-bashing et autres contempteurs de l'agriculture qui nous nourrit). Comme l'a fort justement analysé M. Gil Rivière-Wekstein sur Atlantico, c'est un de « Ces mots piégés avec lesquels l’écologie politique fait flamber la guerre des idées.
On voit mal l'agriculture productiviste dans les mesures facilitant la régulation du loup, au bénéfice de l'élevage pastoral.
Et même dans celles permettant l'usage dérogatoire – éventuel – de l'acétamipride dans les noiseraies. À moins d'appeler « productivisme » la nécessité économique d'éviter qu'un tiers des noisettes ne se retrouvent au sol, percées par les balanins, et qu'un tiers du restant doive être écarté au conditionnement du fait des ravages de la punaise diabolique.
« Avec la loi d’urgence agricole adoptée le 21 juillet, les représentants de l’agriculture française et leurs interlocuteurs au sommet de l’Etat montrent une nouvelle fois à quel point ils sont prisonniers d’un modèle productiviste qui se referme sur eux. »
Il a dû échapper à l'auteure que cette loi a été adoptée par l'Assemblée Nationale et le Sénat...
Notons encore le sournois « les représentants de l’agriculture française et leurs interlocuteurs au sommet de l’Etat », avatar de la critique fort répandue des liens entre le ministère et la population qu'il dessert en priorité. Ces liens, c'est mal ! Les liens entre, par exemple, Éducation Nationale et professeurs – ou entre ministère de l'environnement (quelle que soit sa désignation) et activistes –, pas de problème...
Ces gens sont donc « prisonniers ». Faut-il rappeler les efforts qui sont déployés pour soutenir les agricultures en zones défavorisées, ou encore l'agriculture biologique (même si, dans ce ce cas, ce n'est jamais suffisant aux yeux de ses thruriféraires) ?
C'est simple :
« Nous sommes en pleine dissonance cognitive. Le 21 juillet, une loi d’urgence agricole a été votée alors que les sols subissent ce qui pourrait être la pire sécheresse jamais connue en France. [...] »
Cette loi aurait-elle échappé aux invectives si elle avait été adoptée au printemps, quand la France était sous l'eau ?
« […] Or, ce texte risque précisément d’accélérer leur épuisement en ouvrant la porte à l’usage du flupyradifurone (pour les betteraves) et de l’acétamipride (pour les noisettes) [...] »
La suite est en quelque sorte excusable, tant cela correspond à un prêchi-prêcha abondamment rabâché :
« […] deux insecticides jusque-là interdits car jugés dangereux pour la santé humaine et la biodiversité. »
Non ! Ils ont été interdits par les instances politiques sur une base démagogique et politicienne, l'équation « néonicotinoïdes = tueurs d'abeilles » ayant été particulièrement efficace.
M. Jean-Baptiste Moreau nous rappelle aussi dans un post sur X la raison de l'interdiction de la flupyradifurone (et des autres insecticides ayant un mécanisme d'action similaire aux néonicotinoïdes – à l'exclusion du spinosad... utilisable en agriculture biologique) :
« […] Les débats autour de cette loi n'ont pas échappé à cette tendance : "Acetamiprid is the new glyphosate."
Ces molécules deviennent des symboles pour les idéologues de tout poil pour se livrer de façon totalement irrationnelle scientifiquement à une critique d'une agriculture qu'on caricature à l'infini en ne connaissant rien de ses réalités.
Je suis bien placé pour parler de cela pour avoir été rapporteur de la loi egalim où j'ai du consentir, pour empêcher l'interdiction par la loi du glyphosate qui aurait eu des conséquences dramatiques sur l'ensemble de l'agriculture, de passer un compromis avec les écolos de mon camp ou des autres, en interdisant la flupyradifurone. Je savais que cela aurait des conséquences sur certaines productions mais je les pensais moins problématiques que l'interdiction du glyphosate. [...] »
L'auteure aligne ensuite trois références avec une ingénuité certaine.
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Non, le CNRS n'a pas publié de prise de position en juillet 2025, contrairement à ce qui a été écrit dans Le Monde. La seule source que nous avons trouvée est un post sur Bsky, du 9 juillet 2025, sur le compte CNRS Écologie & Environnement (tenu par qui ?). Cette entité ne s'est pas manifestée à l'occasion de l'adoption de la loi d'urgence agricole.
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Oui, l'Ordre des Médecins a été « encore plus avare dans ses avis ». Mais non, il ne s'est pas « prononcé contre cette autorisation », en juillet 2025, son communiqué ayant été d'un rare jésuitisme. Et il ne s'est pas non plus manifesté à l'occasion de l'adoption de la loi d'urgence agricole.
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Oui, « [m]ême la revue américaine "Science" a publié en avril une brève appelant les parlementaires français à s’opposer à cette loi ». Mais il faut voir la gueule de cette « brève »... Nous avons considéré pour notre part que « la "prestigieuse" revue Science se vautre dans la fange politicienne ».
Il y a encore l'INSERM... Mais contrairement à ce qui est affirmé dans cette chronique et ailleurs, il n'a pas confirmé « l’augmentation de l’incidence de maladies liées aux pesticides (cancers précoces, troubles de la fertilité, de l’immunité, maladies neurologiques, etc.) » Les présomptions de liens (statistiques) tirées de la littérature scientifique ne sont pas des démonstrations de liens de cause à effet.
La suite est un mille-feuille argumentatif sur les méfaits allégués des pesticides en général, entrecoupé par des doutes sur l'efficacité de l'acétamipride dans l'élimination de la distorsion de concurrence entre noisettes françaises et italiennes.
Que faut-il notamment penser de ce qui suit ?
« […] le calcul budgétaire ne tient pas : aux Etats-Unis, les coûts sanitaires de l’utilisation des pesticides atteignent 15 milliards de dollars par an. Et on y évalue les pertes de revenus et de production à près de 2,4 milliards d’euros après l’utilisation d’un insecticide et ses conséquences sur la biodiversité – aucune étude de ce genre n’a été réalisée en France. »
On vous livre (presque) brut de décoffrage :
« Pourtant des solutions existent : dans la plaine du Pô, en Italie, une caisse mutuelle a été créée afin de couvrir les agriculteurs contre les risques de perte de rendement en échange de l’abandon de l’usage des insecticides. Résultat : la caisse n’a jamais été aussi pleine. »
C'est peut-être tiré d'un article de Pollinis de 2020.
Ou peut-être du Monde de M. Stéphane Foucart du 18 novembre 2017, « Pesticides : l’Italie a montré qu’il existe des alternatives ».
YAKA transposer à la betterave un système qui a été mis en place pour le maïs – une culture peu affectée par les ravageurs (hormis la pyrale contre laquelle la lutte biologique est efficace) – et qui couvrait selon Pollinis – très précisément (ironie) – « 40 à 50 000 hectares en Vénétie et Frioul-Vénétie Julienne »...
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Un contributeur a dû écrire un point de vue critique. Bon prince, le modérateur a admis son deuxième envoi, « Où est passé mon commentaire ??? »
J'ai aussi écrit un commentaire sur le fait que cet article manifestait une dissonance cognitive. Le modérateur, bon prince (bis), a admis mon deuxième envoi, en réponse au contributeur éconduit : « Sans doute comme le mien, passé à la trappe. »
L'hebdomadaire aurait dû préciser : « ...respectueux des articles de ses journalistes »... même quand il s'agit de bouses qui polluent le paysage médiatique et contribuent à entretenir un climat social délétère.
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