Les agriculteurs sont les premières victimes de la canicule : où sont donc les manifestations des agriculteurs pour le climat ?
Peter Laufmann, Agrarheute*
© stock.adobe.com/Andreas
Les agriculteurs ne sont pas des pions dans la crise climatique. Ils peuvent agir, oui, ils doivent.
Récoltes perdues, feux de forêt et vagues de chaleur successives : les agriculteurs comptent parmi les premières victimes de cet été record. Il est temps qu’ils fassent entendre leur voix.
Non, ce n’est pas simplement du beau temps. Réduire la quatrième vague de chaleur de l’année à un haussement d’épaules et à un « il faisait chaud avant aussi » désinvolte peutêtre considéré, en faisant preuve de mansuétude, comme se montrer mal informé. Avec une telle intensité et une telle durée, ces températures sont le reflet d’une Terre qui se réchauffe, du changement climatique. Ou plutôt : de la crise climatique. Les agriculteurs devraient, coûte que coûte, se placer en première ligne des militants pour la protection du climat. Bien sûr, la protection du climat concerne tout le monde, mais pour les agriculteurs, elle menace déjà très concrètement leur existence.
La sécheresse et les températures élevées sont perceptibles et visibles par tous. Le mois de mai avait déjà battu des records de chaleur. Le mois de juin a ensuite tout surpassé. « La vague de chaleur de juin 2026 a été l’une des plus extrêmes et des plus exceptionnelles jamais observées en Europe », déclare Mme Susanna Mohr, du Center for Disaster Management and Risk Reduction Technology (centre pour la gestion des catastrophes et les technologies de réduction des risques). Le thermomètre a atteint 41,8 degrés en Saxe-Anhalt. Pour rappel : dans cette région, un parti politique qui considère la protection du climat comme une absurdité souhaite assumer des responsabilités gouvernementales. Jusqu’en 1990, quatre journées de canicule étaient considérées comme normales. Cela correspond à des températures supérieures à 30 degrés. À partir de 2010, on en comptait déjà onze, et en 2018, on en a dénombré 20. Le gouvernement bavarois fait état de douze à quinze journées de canicule rien que pour le mois de juin 2026.
Il ne suffit pas de boire un peu plus, d’utiliser un parasol ou de mettre un glaçon dans son décolleté. Aux températures élevées s’ajoute un déficit pluviométrique. L’hiver n’a déjà apporté qu’environ 75 % de la moyenne pluviométrique pluriannuelle, avec environ 135 litres par mètre carré [= millimètres]. À l’échelle nationale, il n’est tombé au printemps qu’environ 126 litres par mètre carré, soit 68 à 70 % de la normale. Le mois de juin s’est également situé en dessous de la moyenne pluriannuelle de 85 litres, avec environ 66 litres par mètre carré. Certains endroits ont néanmoins connu de fortes pluies, tandis qu’à quelques kilomètres de là, pas une seule goutte n’est tombée.
Ce n’est pas seulement le manque de pluie, mais aussi l’évaporation accrue due au changement climatique qui aggrave la sécheresse. Le risque de sécheresse est aujourd’hui environ cinq fois plus élevé en Europe occidentale et environ onze fois plus élevé en Europe orientale qu’avant l’industrialisation.
Concrètement, les fédérations d’agriculteurs de tout le pays tirent la sonnette d’alarme. Des dégâts visibles sont constatés sur le maïs, les betteraves sucrières, les pois grains, les féveroles et le blé d’hiver. Les prairies poussent également mal, ce qui pourrait entraîner une pénurie de fourrage. À cela s’ajoutent les intempéries. En Mecklembourg-Poméranie Occidentale, une averse de grêle début juillet aurait causé 29 millions d’euros de dégâts. Et les agriculteurs ne sont pas les seuls touchés : les vaches à haut rendement produisent déjà moins de lait dès que la température atteint 20 à 25 degrés – c’est le stress thermique.
À cela s’ajoutent bien sûr d’autres conséquences, moins directes : lorsque les infrastructures ne fonctionnent plus correctement en raison de rails tordus, de cours d’eau asséchés ou de routes fissurées, les agriculteurs en font également les frais. Et enfin, il y a leur santé ; ceux qui travaillent en plein air ne devraient pas rester indifférents face à la chaleur.
Que faire alors ? Les agriculteurs ont au moins trois possibilités :
-
Se plaindre des pertes de récoltes et réclamer des aides publiques pour l’irrigation et les pertes de production.
-
Ils peuvent s’adapter en optant pour des cultures et des variétés plus résistantes à la chaleur, en installant des systèmes de climatisation pour les vaches et en portant un chapeau plus large.
-
Et ils peuvent se placer à la tête de ceux qui ont à cœur la lutte contre le changement climatique.
Après tout, les agriculteurs sont aussi des professionnels de la protestation. La fougue avec laquelle ils se battent pour leurs droits serait également de mise pour exiger une meilleure protection du climat. En fin de compte, c’est la combinaison de ces trois possibilités qui s’impose. Mais avant tout, il faut prendre conscience et reconnaître que le changement climatique est bien réel et qu’il est là depuis longtemps. Les agriculteurs ne peuvent plus se permettre de hausser les épaules.
_______________
/image%2F1635744%2F20260808%2Fob_88b0cc_capture-peter-laufmann.jpg)
* Peter Laufmann occupe le poste de responsable éditorial au sein de la rédaction d'Agrarheute. Ce rédacteur et auteur travaille depuis de nombreuses années dans le domaine du journalisme environnemental et scientifique. Il s'intéresse tout particulièrement au dilemme entre l'exploitation et la protection des ressources naturelles.
Source : Landwirte sind erste Opfer der Hitze: Wo bleiben die Bauern-Proteste fürs Klima? | agrarheute.com
/image%2F1635744%2F20150606%2Fob_b8319b_2015-06-06-les-champs-de-l-au-dela-tom.jpg)