Incroyable ! De l'acétamipride « tueur d'abeilles » dans le miel, et aussi le Nutella
Tout est bon pour le lobbying contre la loi d'urgence agricole
Source: IA
Le projet de loi d'urgence agricole arrive devant une commission mixte paritaire. Agir pour l'Environnement a jeté un caillou dans la mare médiatique dans l'espoir de peser sur le processus : un « rapport d'analyses », « Des traces de néonicotinoïdes dans certains miels et pâtes à tartiner ».
La cible véritable était l'acétamipride, les autres néonicotinoïdes servant de camouflage, de remplissage et d'enfumage. Très astucieusement, et conformément à la vérité, il est question de « traces ».
Complaisante comme à l'accoutumée, l'Agence France-Presse a produit une dépêche que des médias tout aussi complaisants se sont empressés de reproduire, avec de préférence, des titres chocs. Ainsi, Le Figaro, qu'on aurait pensé plus rationnel : « Insecticides : une ONG alerte sur des traces d’acétamipride dans le Nutella et le miel et appelle les pouvoirs publics à "agir sans délai" ». En l'absence de mise en perspective, c'est, au mieux, de la mésinformation.
Quant au Monde de MM. Stéphane Foucart et Stéphane Mandard et leur : « Des traces d’acétamipride et d’autres néonicotinoïdes dans le Nutella et des miels importés », on serait plutôt au niveau de la désinformation avec leur lien avec des problèmes de santé liés à « l’exposition alimentaire à de faibles doses de néonicotinoïdes – et en particulier d’acétamipride ».
Bref, la routine...
Le procédé est bien rôdé : On achète, ici, 10 échantillons de miel – de marque, composition, origine et source commerciale différentes – et deux échantillons de Nutella de types différents, et on fait analyser.
Attention : dix pots de miel. Un pot par échantillon (ou peut-être trois, mais ce serait étonnant, car on a fait trois mesures par marque) ! Pour beaucoup de lecteurs peu attentifs et peu informés, ce pot sera représentatif de l'ensemble de la production du pays d'origine, et de l'offre de la chaîne de magasins.
Selon le communiqué d'Agir pour l'Environnement (reproduit au début de son « rapport ») :
« Un miel de fleurs composé d’un mélange moldave et bulgare vendu chez Leader Price concentre jusqu’à 5 371 nanogrammes (ng) de six néonicotinoïdes, contre à peine sept ng pour un miel bio français vendu par Carrefour. »
Quatre « trucs » dans une phrase : comparer « conventionnel » et « bio » ; communiquer sur le maximum – ou minimum quand cela conforte l'intention du propos – ; ne pas préciser la nature du miel bio (probablement bien choisi pour obtenir le résultat le plus favorable) ; utiliser une unité créant le plus fort impact émotionnel (mais ici, ce n'est pas forcément illogique au vu des 7 nanogrammes du miel bio).
Il faut choquer ! Mais c'est aussi le cas pour mon image d'introduction.
En outre, on se sera bien gardé dans le communiqué de presse de préciser le nombre d'échantillons. D'autres activistes et manipulateurs d'opinions font mieux.
Bien sûr, avec dix échantillons, on est capable de tirer des conclusions péremptoires, ou quasi :
« L’interdiction des néonicotinoïdes en France semble ainsi avoir pour effet de réduire très significativement la présence de néonicotinoïdes dans les miels français et biologiques. »
Dans les miels français ? Il n'y a strictement aucun élément d'information dans ce communiqué qui permet de l'affirmer... Du reste, comme on pourra le voir dans le tableau ci-dessous, c'est peut-être discutable (sur la base du bidouillage sur 10 échantillons).
Plus loin, c'est :
« L’acétamipride et l’imidaclopride sont identifiés dans 100% des prélèvements. Cette prévalence démontre la présence systémique et la persistance des néonicotinoïdes dans l’environnement [...] »
Encore une conclusion péremptoire sur la base de... 10 + 2 échantilons.
Et un autre truc ici : utiliser des pourcentages qui cachent la réalité d'une opération à la petite semaine.
Chercher des néonicotinoïdes dans le miel – et porter à l'insu de leur plein gré un coup au slogan des « tueurs d'abeilles » – n'est pas nouveau.
En 2017, une équipe de l'Université de Neuchâtel (E.A.D. Mitchell et al.) a publié « A worldwide survey of neonicotinoids in honey » (une étude mondiale sur la présence de néonicotinoïdes dans le miel). Elle avait trouvé, selon le résumé, une moyenne de 1,8 ± 0,56 nanogramme par gramme.
Nous ne pourrons pas le démontrer, mais cet exercice fleurait bon la conspiration contre les néonicotinoïdes matérialisée notamment par la Task Force on Systemic Pesticides (TFSP).
On ne sort pas des manipulations...
Voici les résultats
Le rédacteur de la dépêche de l'AFP a fait l'effort d'interroger Ferrero – mais pas les autres « mis en cause » – et produit ce qui constitue une mise en perspective, mais uniquement pour ceux qui savent lire. Voici de l'article du Figaro :
« «La présence de traces d'une substance ne constitue pas, en soi, un risque pour la santé», a réagi auprès de l'AFP le géant de l'agroalimentaire Ferrero, qui assure que le Nutella est "fabriqué selon des normes strictes" et "pleinement conforme à l'ensemble des réglementations applicables en matière de sécurité alimentaire". Au niveau européen, la présence d'acétamipride dans le miel ne doit pas dépasser 0,3 mg/kg (soit 300.000 ng/kg). Les concentrations mesurées sont donc très inférieures. »
En fait, la limite maximale de résidus (LMR) dans le miel a été fixée à 1 mg/kg par un règlement d'exécution du 21 avril 2026.
Donc, si on prend le miel le plus chargé, c'est en arrondi 5.000 nanogrammes/kilogramme à comparer à 1 milligramme, ou 1.000.000 nanogrammes/kilogramme. Plus simplement : un rapport de 5/1000 ou 1/200.
Agir pour l'environnement s'est bien gardé d'entrer en matière sur ce point dans son communiqué de presse.
Elle le fait dans son « rapport », mais de manière un peu astucieuse, en présentant le rapport entre la limite maximale de résidus pour le miel (1 mg/kg) et la limite de quantification des analyses ; et en présentant les codes de danger dans le même tableau.
Répétons-le : les 4.980,03 ng/kg de l'échantillon le plus chargé – admirez la précision du chiffre... on entre dans la plage des picogrammes – représentent 1/200e de la LMR. Cet échantillon est du reste deux fois plus chargé que les deux suivants. N'était la faiblesse et la non-représentativité de l'échantillonnage, on pourrait le considérer comme un « hors-type ».
Les codes de danger sont abondamment commentés dans la suite du texte, la différence entre danger et risque étant – évidemment – passée sous silence.
On peut aussi évaluer la situation par référence à la dose journalière admissible (DJA).
En se fondant sur le principe de précaution, face à des études ayant suscité des inquiétudes mais d'une qualité qui pose question, l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a proposé d'abaisser la DJA de 0,025 à 0,005 mg/kg de poids corporel.
Cela représente 0,3 mg pour une petite personne de 60 kg.
Cette personne devrait consommer (0,3/0,005 =) 60 kg du miel le plus chargé pour atteindre sa dose journalière admissible (0,005, c'est en arrondi et en milligrammes/kilogramme les 4.980,03 ng/kg affichés par Agir pour l'Environnement).
Faisons comme cette entité et choisissons une unité qui augmente l'impact émotionnel : la portion individuelle de miel fait souvent 10 grammes dans l'hôtellerie, notre petite personne devrait donc en ingurgiter 6.000...
Rappel : la DJA n'est pas un seuil de risque mais le seuil qu'on entend ne pas dépasser pour éviter tout risque et qu'on a établi avec une très grande marge de sécurité (ici, compte tenu de la récente décision initiée par l'EFSA, c'est un facteur de 500).
MM. Stéphane Foucart et Stéphane Mandard écrivent dans un article posté le 13 juillet 2026 à 6 heures du matin – donc rédigé au plus tard la veille... donc sur la base du « rapport » d'Agir pour l'Environnement reçu en primeur :
« Un rapport publié lundi 13 juillet par l’association Agir pour l’environnement avec l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF) et que Le Monde a pu consulter, révèle l’omniprésence de ces pesticides néonicotinoïdes "tueurs d’abeilles" dans des miels importés et dans le Nutella.
Un tel constat n’est pas anodin : une étude épidémiologique menée sur la population américaine suggère en effet que l’exposition alimentaire à de faibles doses de néonicotinoïdes – et en particulier d’acétamipride – est associée à des changements hormonaux significatifs. »
Dix échantillons de miel et deux de Nutella révèlent l'« omniprésence » des néonicotinoïdes ? On ne se refuse rien dans le journal qui fut de référence !
L'étude a été piochée dans le « rapport » d'Agir pour l'Environnement. Et soigneusement choisie : la testostérone, c'est bien plus anxiogène que l'homéostasie de l'insuline et du glucose...
C'est « Exposure to neonicotinoids and serum testosterone in men, women, and children » (exposition aux néonicotinoïdes et taux sériques de testostérone chez les hommes, les femmes et les enfants) d'Angelico Mendy et Susan M. Pinney, du Collège de Médecine de l'Université de Cincinatti.
Le Dr Jérôme Barrière s'est lancé dans une petite analyse de cet article dans un fil dont la lecture se recommande.
(Source)
En bref, ça (l'article, pas le démontage) ne vaut pas le dérangement, pour ne pas dire un clou.
MM. Foucart et Mandard ont relevé que cet article est passé inaperçu lors de sa publication en 2022. Ils ne se sont pas demandé pourquoi, dans un écosystème de militantisme et de médiatisation pourtant ultra-réactif. Mais cet article leur a dû paraître pain bénit : voilà les néonicotinoïdes – et surtout l'acétamiride – affligés d'une nouvelle tare :
« Ils [les résultats] indiquent que l'augmentation d'un facteur dix de la concentration sanguine en néonicotinoïdes est associée à une réduction de la testostérone – la principale hormone sexuelle mâle – de 38 % chez les hommes et de 33 % chez les femmes. »
Avec ça – un facteur dix, pas de références pour les concentrations – le rationaliste est bien avancé. Mais pour les marchands de peur, c'est une autre histoire.
Incidemment, la concentration en néonicotinoïdes n'a pas été mesurée dans le sang... mais dans l'urine (et une seule fois).
On peut ne pas comprendre une étude, se laisser leurrer par du verbiage qui tient du marketing, mais savoir lire aux endroits idoines. Les auteurs ont écrit :
« Notre étude présentait certaines limites. En raison de sa conception transversale, il n’est pas possible d’établir un lien de temporalité ni de causalité entre l’exposition aux néonicotinoïdes et la baisse du taux de testostérone. »
Les auteurs ont néanmoins tenté de donner crédit à l'hypothèse d'un lien en rapportant les résultats de plusieurs études sur des animaux. Mais c'était – comme très souvent – des essais avec des doses et des durées invraisemblables, par exemple 30 mg/kg p.c. d'acétamipride par gavage pendant 35 jours sur des rats.
Plutôt que de conforter les thèses suggérées par les auteurs, ces références les discréditent. En tout cas, elles n'alimentent pas – en toute rationalité – le lobbying d'Agir pour l'Environnement tel que porté plus loin par Le Monde.
(Source)
Le Monde s'en est aussi pris au volet « eau » de la loi d'urgence agricole, avec : « Yves Tramblay, hydrologue : "Les épisodes de canicule qui se succèdent entraînent une perte très importante et rapide de l’eau stockée dans les sols" ».
En chapô :
« Le directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement alerte, dans un entretien au "Monde", sur la situation hydrique en France, où la sécheresse progresse rapidement, et met en garde contre l’aggravation des conflits d’usage. »
Dans le texte, notamment :
« Le projet de loi d’urgence agricole, qui prévoit de réduire les concertations locales sur les usages de l’eau, est selon lui "un très mauvais signal". »
On ne sort pas de l'argumentaire « anti ». Mais c'est Le Monde...
Sujet connexe, chez un autre diffuseur pathologique de més- et désinformation...
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