Des herbicides à la place du labour : « Ça va pas, non ? », selon l'INRAE
(Source : IA)
Le titre est délibérément putaclic, mais pas exagérément outrancier. Voici un nouvel exemple du délire hystérique anti-pesticides qui sévit au moins dans certaines sphères de l'INRAE.
The Conversation a publié le 23 juin 2026 « Faut il vraiment arrêter de labourer les champs ? » de quatre agents de l'Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement (INRAE) : Lionel Alletto, directeur de recherche en agronomie ; Fabien Ferchaud, ingénieur de recherche en agronomie et science du sol ; Gwenaëlle Lashermes, directrice de recherche sur les cycles du carbone et de l'azote en agriculture ; Nicolas Munier-Jolain, agronome de la transition agroécologique et de la réduction d'usage de pesticides.
En chapô :
« Longtemps indissociables de l’agriculture même, le labour et les activités de travail du sol sont aujourd’hui remis en question. Réduire ou arrêter de labourer serait ainsi bénéfique pour la structure des sols, la biodiversité et même pour le climat. Mais ces bienfaits sont-ils tous certains ? Ne sont-ils pas également contrebalancés par d’autres dommages ? Une équipe d’agronomes tâche de faire le point. »
« ...tâche de faire le point » est une formule judicieuse : Le sujet est, évidemment, éminemment complexe. Mais les auteurs ont produit un exposé intéressant et, tout compte fait, instructif... à condition d'en faire une lecture critique.
(Source : IA)
L'article s'appuie sur leur « Rethinking tillage as a strategic practice in agroecological farming systems with carbon, climate, and pest management trade-offs » (repenser le travail du sol comme une pratique stratégique dans les systèmes agricoles agroécologiques avec des compromis avec le carbone, le climat et la gestion des nuisibles) publié dans Communications Earth & Environment.
Le titre laisse déjà entendre un plaidoyer pour le labour ou le travail du sol.
En voici le résumé (découpé) :
« Les transitions agroécologiques sont confrontées à un double impératif : réduire la dépendance aux pesticides et minimiser la perturbation des sols pour atténuer le changement climatique.
Cependant, la promotion généralisée des pratiques de semis direct [no-till] peut entraver l’innovation écologique en négligeant les compromis [trade-offs] du monde réel.
Cet article réexamine le travail du sol [tillage] en tant que pratique stratégique dans les systèmes sans pesticides, en particulier pour la lutte contre les mauvaises herbes et les ravageurs ainsi que pour la gestion des cultures de couverture. Nous synthétisons les résultats récents sur la dynamique du carbone organique du sol (COS) et les émissions de gaz à effet de serre, montrant que le labour influe davantage sur la répartition du COS dans le profil du sol que sur son stock, et que les émissions d’oxyde nitreux (N₂O) peuvent annuler les gains potentiels de COS obtenus en l’absence de labour. Les stocks de COS sont principalement déterminés par la quantité et la diversité des apports en carbone.
Nous plaidons en faveur d’une approche agroécologique intégrée et systémique qui évalue le travail du sol dans le cadre plus large des apports en carbone, des fonctions écologiques et des bilans de gaz à effet de serre.
Il est essentiel de repenser [reframing] le travail du sol pour concevoir des systèmes agricoles résilients, à faibles intrants et bénéfiques pour le climat. »
L'article dans la revue du groupe Nature et celui dans The Conversation se veulent nuancés, et ils le sont effectivement. Mais comme dans le légendaire pâté, il y a du cheval et de l'alouette.
On peut tiquer dès la lecture des premières phrases du résumé.
Passons rapidement sur les « transitions agroécologiques », la bannière derrière laquelle doit se placer toute activité de recherche qui a l'ambition de plaire. La réduction de la « dépendance » – ce mot est connoté, a une grosse charge émotionnelle – aux « pesticides » – autre mot connoté, mais admettons qu'il fait l'affaire – est-elle vraiment un impératif ? Et ce, compte tenu aussi de la construction de la phrase, « pour atténuer le changement climatique » ?
Le problème qui est abordé ici est lié à l'emploi – ou non – d'herbicides, dont certains ont un profil toxicologique et écotoxicologique favorable, à l'image du... glyphosate.
Le résumé se poursuit par l'évocation de « la promotion généralisée des pratiques de semis direct ». Le sophisme de l'homme de paille...
On peut dès lors se prévaloir de la nuance en écrivant dans The Conversation :
« Cela ne signifie pas qu’il faut revenir au labour systématique, mais plutôt reconnaître que le travail du sol peut être un outil parmi d’autres, mobilisé de façon stratégique et ciblée dans certaines situations. »
Cependant, ce qui manque dans ce plaidoyer pour le travail du sol – répétons : qui se veut nuancé – c'est un plaidoyer pour les systèmes de production à travail du sol (fortement) réduit et le semis direct.
Voici un extrait de l'article :
« Le non-labour augmente souvent l’usage des herbicides
Partons donc d’un premier constat : les systèmes qui s’éloignent du travail du sol reposent fréquemment sur les herbicides pour contrôler les adventices. En Europe, aux États-Unis ou au Canada, les systèmes sans travail du sol utilisent souvent davantage de glyphosate notamment et d’autres désherbants chimiques.
Le travail du sol peut en effet jouer plusieurs rôles pour limiter le recours aux pesticides : détruire les repousses de la culture précédente et les adventices, enfouir en profondeur les graines d’adventices, détruire et/ou enfouir les couverts végétaux ou limiter certains pathogènes présents dans les résidus de culture. De nombreuses études à l’international ont ainsi montré l’intérêt d’un travail du sol occasionnel pour contrôler les adventices. »
Résumé de l'argument : (1) les systèmes simplifiés utilisent des herbicides, dont le glyphosate – ce n'est pas bien ; (2) le travail du sol, c'est bien...
C'est, certes, un résumé outrancier, mais cela illustre une certaine froideur – voire une froideur certaine – de l'INRAE à l'égard de l'agriculture de conservation et des techniques culturales simplifiées.
En témoigne aussi la conclusion de l'article :
« La véritable question devient alors : comment concevoir des systèmes agricoles capables à la fois de réduire les pesticides, maintenir la fertilité des sols et limiter les émissions de gaz à effet de serre ?
Nos travaux suggèrent qu’aucune pratique isolée ne constitue une solution miracle. Les leviers les plus efficaces semblent plutôt résider dans la diversification des cultures, l’usage régulier des couverts végétaux, l’allongement des rotations, l’intégration de légumineuses fixatrices d’azote et de plantes pérennes, ou encore l’agroforesterie.
La transition vers des systèmes de productions agricoles agroécologiques demandera donc probablement moins d’interdictions catégoriques que de combinaisons de pratiques stratégiquement mobilisées, innovantes et adaptées aux contextes locaux. »
Voyez l'ordre des objectifs dans le premier paragraphe cité : la réduction des pesticides d'abord ! Voyez aussi la liste des solutions : le bazar de l'agroécologisme...
Et le paragraphe précédent s'ouvrait par (c'est nous qui graissons) :
« Dans certains contextes, réduire fortement le travail du sol reste pertinent, notamment pour limiter l’érosion ou préserver certains organismes du sol, comme les vers de terre et les champignons mycorhiziens. Dans d’autres, un travail du sol occasionnel (1 année sur 4 ou sur 5) peut permettre de réduire l’usage des herbicides tout en sécurisant les productions. »
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