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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Ce que nous protégeons…

21 Juillet 2026 Publié dans #Divers, #Willi l'Agriculteur

Ce que nous protégeons…

 

Willi l'agriculteur*

 

 

 

 

Vous y voyez encore clair en matière de « protection » ? Protection des animaux, protection de la biodiversité ou des espèces, protection des végétaux, protection du climat… tout cela semble si merveilleusement simple et évoque un « monde idéal ». Mais quel est le rapport entre ces mots-clés et nous, agriculteurs ?

 

 

1. Protection des animaux : Le bien-être de la vache Emma et compagnie.

 

La protection des animaux concerne l’individu. La vache a-t-elle assez d’espace ? Le cochon est-il en bonne santé ? La poule se sent-elle « comme un coq en pâte » ? Et jusqu’où la protection des animaux est-elle encore économiquement viable ? Les labels d’élevage en disent-ils vraiment long sur la protection des animaux ?

 

  • Notre rôle : Nous sommes dans le bâtiment d'élevage tous les jours. Pour nous, la protection des animaux n’est pas une simple disposition légale, mais un métier. Si l’animal ne va pas bien, l’agriculteur ne va pas bien non plus. Point final. Peu importe qu’il s’agisse du niveau d’élevage 1 ou 5 [un système allemand de notation des élevages].

 

 

2. Protection des végétaux : le remède pour les champs

 

C’est souvent une question émotionnelle. La protection des végétaux consiste simplement à préserver ma récolte des maladies, des champignons et des ravageurs. Je peux le faire avec du purin d’ortie ou utiliser un produit chimique.

 

  • Notre rôle : Si mon blé est attaqué par la rouille, j’ai besoin d’un « remède ». Ceux qui diabolisent la protection des végétaux de manière générale doivent se poser la question suivante : voulez-vous du pain à base de céréales saines à un prix raisonnable ? Nous sommes les médecins des plantes qui veillons à ce que vous disposiez d’aliments sûrs et abordables.

 

 

3. Protection de la biodiversité : la diversité dans les haies

 

La protection dela biodiversité vise la survie d’espèces entières – du hamster des champs à l’abeille sauvage. Cela n’a dans un premier temps rien à voir avec l’animal individuel dans l’étable, mais avec son habitat.

 

  • Notre rôle : Nous entretenons les haies, aménageons des bandes fleuries et laissons parfois un coin « en désordre ». Mais attention : la protection de la biodiversité a besoin d’espace, et cet espace ne rapporte rien au départ. En tant que société, il faut aussi être prêt à en assumer le coût. Et puis : un jardin de rocaille, du gazon en rouleau et une haie de thuyas ne contribuent guère à la protection de la biodiversité.

 

 

4. Protection du climat : la grande question du prix

 

Et nous arrivons maintenant au mot à la mode numéro un : la protection du climat. En tant que praticien, je me gratte souvent la tête à ce sujet.

 

Soyons honnêtes : que protégeons-nous exactement ? Le climat n’est pas un animal qu’on caresse sur la tête, ni une plante qu’on peut arroser. Le climat est un système physique, une gigantesque statistique issue de données météorologiques sur des décennies. Le climat a toujours changé et continue de changer aujourd’hui.

 

On ne peut pas « sauver » le climat comme on sauverait une baleine échouée. Ce que nous entendons par protection du climat, c’est le maintien de conditions dans lesquelles nous, les humains (ainsi que mes plantes et mes animaux), pouvons bien survivre. Il s’agit de la composition de notre atmosphère.

 

  • Notre rôle : Nous, les agriculteurs, sommes les seuls à non seulement émettre du CO₂ et des GES (oui, les tracteurs consomment du gazole et les vaches rotent), mais aussi à pouvoir le fixer activement ! Grâce à la formation d’humus dans le sol et à nos plantes, nous ramenons le carbone de l’air vers la terre. Nous sommes donc en réalité les protecteurs du climat de la première heure, même si on veut souvent nous présenter comme des « coupables » du changement climatique. Rien que le terme « coupables » ! Ça a déjà quelque chose de religieux…

 

 

Les nombreux conflits d’objectifs

 

Le problème, c’est que ces objectifs de protection s’excluent en partie les uns les autres :

 

  • Ceux qui veulent plus de bien-être animal (étables à climat extérieur) ont plus de mal à protéger le climat (car les gaz s’échappent plus facilement).

 

  • Ceux qui utilisent moins de produits phytosanitaires doivent souvent recourir davantage au désherbage mécanique avec le tracteur – ce qui consomme du gazole et peut nuire à la vie du sol (protection de la biodiversité).

 

  • Ceux qui veulent davantage de protection de la biodiversité doivent accepter que les denrées alimentaires deviennent rares et chères.

 

  • Ceux qui souhaitent que le climat actuel ne change plus peuvent commencer dès demain. Ils n’ont pas besoin d’attendre l’agriculture pour cela. Celle-ci apporte déjà sa contribution.

 

 

Ma conclusion

 

Nous, les agriculteurs, jonglons chaque jour avec ces concepts. Nous voulons des animaux en bonne santé, des récoltes abondantes, une nature vivante et un climat stable. Mais nous ne pouvons pas tout réaliser simultanément et avec succès si, au final, le prix en magasin est la seule chose qui compte.

 

La protection demande de l'énergie, du temps et de l'argent. Nous, les agriculteurs, sommes prêts à faire notre part – mais cessez de faire comme si « le climat » était comparable aux plantes et aux animaux. Les individus protègent les animaux et les plantes, mais pour le climat, c'est à nous, en tant qu'humanité, d'agir.

 

________________

 

 

* Source : Was wir schützen... - Bauer Willi

 

 

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