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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Qu'a dit Mme Annie Genevard à l'AGPB à propos de l'herbicide cinméthyline ? - Encore une vérité alternative diffusée par Le Monde

16 Juin 2026 Publié dans #critique de l'information, #Le Monde

Qu'a dit Mme Annie Genevard à l'AGPB à propos de l'herbicide cinméthyline ?

 

Encore une vérité alternative diffusée par Le Monde

 

 

(Source)

 

 

Selon une chronique dans Le Monde – de M. Stéphane Foucart – la ministre de l'Agriculture Annie Genevard aurait « enjoint » à la firme agrochimique BASF de « pratiquer des méthodes de test "alternatives» pour en quelque sorte blanchir la cinméthyline.

 

 

De la chronique du 14 juin 2026 de M. Stéphane Foucart, Le Monde a retenu pour le titre cette forte pensée du « tout-est-foutuisme » : « Tout converge pour faire de la société civile l’observateur impuissant de la dégradation d’un bien commun irremplaçable, l’eau ».

 

En chapô :

 

« Le détricotage du droit de l’environnement ne consiste pas seulement à affaiblir les normes, il démantèle aussi, peu à peu, le cadre d’exercice de la démocratie locale, explique, dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au "Monde". »

 

Remarquez : il est peut-être bien permis de parler de « détricotage ». Mais dans le sens d'un retour à la normalité, à une situation raisonnable et rationnelle, après des années d'excès. Certes avec le risque que le balancier n'aille trop loin dans l'autre sens.

 

Du cas de l'eau, l'auteur est passé aux pesticides. Il a écrit :

 

« La ministre de l’agriculture, Annie Genevard, offre à ce phénomène un élément d’explication précieux, quoique involontaire. Fin mai, lors d’une adresse à des agriculteurs, elle a enjoint à l’agrochimiste BASF de pratiquer des méthodes de test "alternatives" pour "lever le caractère perturbateur endocrinien" de l’un de ses pesticides, classé comme tel par les autorités européennes. Dans la compréhension ministérielle du monde, une classification de "perturbateur endocrinien" est donc moins une propriété biologique intangible qu’une entrave réglementaire qu’il suffit de "lever" en cas de besoin. De la même manière, sans doute, qu’il suffirait de "lever" la rotondité de la Terre ou la relativité générale, si celles-ci venaient à contrecarrer les intérêts de telle ou telle clientèle politique.

 

Sur l’eau et sur bien d’autres choses, une part non négligeable de la classe dirigeante se tient ainsi, à une distance respectable des lois de la nature. »

 

Il y a bien des choses à dire ici. La propriété de perturbation endocrinienne est certes biologique et intangible (si elle est démontrée), mais c'est un danger dont on doit encore définir les conséquences en termes de risques. La comparaison avec la rotondité de la Terre est superbement foireuse et l'opinion sur la classe politique, outrageusement condescendante et déplacée.

 

De l'avis de l'auteur, le désastre est – au moins en partie – le suivant :

 

« Sur cette question, le détricotage du droit de l’environnement ne consiste pas seulement à affaiblir les normes, il démantèle aussi, peu à peu, le cadre d’exercice de la démocratie locale en ôtant à la société civile et aux collectivités le peu de moyens légaux dont elles disposent pour ralentir ou entraver un désastre déjà bien engagé. »

 

Le « peu de moyens légaux » ? Vraiment ?

 

Mais venons en au sujet principal : qu'a dit Mme Annie Genevard ?

 

Retenue à l'Assemblée Nationale pour les débats sur le projet de loi d’urgence agricole, elle avait envoyé un message vidéo au congrès de l’Association Générale des Producteurs de Blé (AGPB), qui s'est tenu à Nancy les 26 et 27 mai 2026.

 

Il n'y a pas, semble-t-il, de trace sur Internet. Dans « Crise des céréaliers : ce qu’il faut retenir des annonces de la ministre » (réservé aux abonnés), La France Agricole en a retenu ce qui suit :

 

« La ministre a également mentionné la cinméthyline, une substance active que l’Efsa, l’autorité sanitaire européenne, a classée comme perturbateur endocrinien. "J’ai bien noté que la société BASF disposerait de méthodes d’évaluation alternatives et de données complémentaires afin de lever le caractère de perturbateur endocrinien de cette molécule, a-t-elle informé. Il est essentiel que l’intégralité de ces données soit remises à l’Efsa." »

 

C'est aussi ce texte qu'a retenu et cité M. Stéphane Foucart dans un article antérieur à sa tribune, du 3 juin 2026, « Quand Annie Genevard, ministre de l’agriculture, invite BASF à faire blanchir l’un de ses herbicides ». En chapô :

 

« S’adressant à une assemblée de producteurs de blé, la ministre a encouragé le producteur d’un herbicide, classé perturbateur endocrinien, à présenter des "méthodes d’évaluation alternatives" pour obtenir une autorisation de mise sur le marché. »

 

Comment a-t-on pu interpréter le propos de Mme Annie Genevard comme une injonction – pour reprendre le texte de l'article du 3 juin 2026 –

 

« à la firme agrochimique BASF d’œuvrer à blanchir l’un de ses herbicides, la cinméthyline, afin que celui-ci puisse être, enfin, utilisé par les producteurs français, malgré les dangers identifiés par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA» ?

 

C'est comme pour les voies du Seigneur...

 

Comment a-t-on pu interpréter ledit propos comme une sommation à agir de manière peu recommandable – restons polis – pour contourner une constatation de l'EFSA ? C'est explicite : « blanchir », par exemple, n'est pas anodin.

 

Une visite du site de l'EFSA s'impose : « Peer review of the pesticide risk assessment of the active substance cinmethylin » (examen par les pairs de l'évaluation des risques liés aux pesticides concernant la substance active cinméthyline).

 

Selon le résumé,

 

« La cinméthyline répond aux critères de perturbation endocrinienne (PE) (voir section 6) ; la NOAEL la plus faible pour le critère de PE est de 50 mg/kg de poids corporel par jour (voir section 6). Par conséquent, on considère que les HBGV [health based guidance values – valeurs d'orientation sanitaires] couvrent les effets endocriniens. »

 

Cette NOAEL (no observed adverse effect level – dose sans effet nocif observé ou DSENO) mènerait normalement à une dose journalière admissible (DJA) de 0,5 mg/kg de poids corporel, soit un centième de la NOAEL, soit encore 30 milligrammes pour une petite personne de 60 kg. Serait-on vraiment dans la zone de risque si la cinméthyline était approuvée, au titre des résidus dans les produits de consommation ? Il s'agit d'un herbicide appliqué en début de culture, en prélevée et peut-être en postlevée précoce.

 

Cet examen par les pairs de l'EFSA illustre une maladie grave de notre système d'évaluation : une mention infamante peut être infligée à une substance en termes de danger, certes (a priori) exacte, et a automatiquement des conséquences juridiques et pratiques préjudiciables, en dépit de l'absence de risques.

 

Il y a aussi cet autre propos :

 

« Conformément aux critères établis dans les lignes directrices de l'ECHA et de l'EFSA sur la perturbation endocrinienne, "la pertinence pour l'homme doit être présumée par défaut en l'absence de données scientifiques appropriées démontrant l'absence de pertinence". Il convient de noter que, sur la base des données disponibles, une légère majorité d’États membres, y compris le Royaume-Uni, a contesté la pertinence pour l’homme du mécanisme d’action (MoA) postulé pour la cinméthyline.28 Le demandeur a soumis des documents visant à lever certaines incertitudes liées à la méthode après l’expiration des délais réglementaires ; par conséquent, ces informations n’ont pas pu être prises en compte dans le cadre du processus d’examen par les pairs en cours. Néanmoins, dans un souci d’exhaustivité, l’EFSA a examiné les informations soumises et a conclu que plusieurs incertitudes concernant la pertinence et la fiabilité de la méthode restaient en suspens, et que la pertinence pour l’homme du mécanisme d’action ne pouvait être écartée.

 

Dans l'ensemble, sur la base de l'ensemble des données disponibles et des données fiables disponibles étayant l'analyse du mécanisme d'action, l'EFSA a conclu que les critères de la voie d'exposition (ED) pour la modalité T sont remplis pour la cinméthyline, ce qui conduit à un domaine critique de préoccupation (voir section 9.1.2), (scénario 1b de l'ECHA/EFSA, 2018). »

 

Tout ça n'est pas très clair. Une majorité d'États membres conteste, mais l'EFSA conclut quand même à la perturbation endocrinienne.

 

On peut penser que le propos de Mme Annie Genevard s'inscrit dans ce contexte : un dossier qui n'est pas encore entièrement clos.

 

Ainsi que dans une problématique de désherbage qui devient critique pour les producteurs avec le retrait de molécules et la multiplication des résistances aux molécules encore disponibles.

 

Il n'est pas sûr que les congressistes de l'AGPB aient compris ce qui sous-tendait le propos de Mme Annie Genevard. D'aucuns, en revanche, ont compris qu'il y avait là une superbe opportunité de faire du bashing.

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