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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les arbres en ville : sans l'ombre d'un doute de la désinformation

18 Juin 2026 Publié dans #critique de l'information

Les arbres en ville : sans l'ombre d'un doute de la désinformation

 

 

 

 

Sur X, on trouve parfois des choses passionnantes. M. Thomas Hanss – qui se présente comme « Co-founder & CTO @VillesVivantes – Building Organic Urbanism. Landscapes, cities & living systems » – a ainsi démonté une vidéo de M. Hugo Clément.

 

 

(Source)

 

Le post sur X est récent. Un utilisateur de X a commenté :

 

« Prendre un arbre à l’ombre pour démontrer les bienfaits de l’arbre… ça me fait penser à l’histoire du sage qui montre la lune et à l’idiot qui regarde le doigt !

Faut vraiment arrêter de prendre les gens pour des imbéciles @hugoclement. »

 

La séquence vidéo, c'est du réchauffé. Une séquence plus longue a été postée sur Youtube il y a onze mois.

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=H1CoqXaX5_8

 

 

Et, comme cela a été dit, les mesures ont été prises il y a deux ans. Mais, bien sûr, les critiques et objections restent parfaitement valables.

 

M. Thomas Hanss – qui se présente come « Co-founder & CTO @VillesVivantes – Building Organic Urbanism. Landscapes, cities & living systems » – a produit une analyse plus détaillée que le constat – déjà à lui seul sans appel – de l'entourloupe d'une argumentation sur les bienfaits de l'ombre (et de l'évapotranspiration) d'un arbre lui-même à l'ombre d'un bâtiment. La voici :

 

« On nous montre l'arbre. C'est l'ombre qu'il fallait regarder.

 

Vous avez peut-être vu ce reportage de @hugoclement remis en avant avec la canicule de la semaine dernière. L'image est frappante. Le chiffre est réel. La conclusion est fausse.

 

On nous montre des températures de surfaces en plein été. 58 °C au sol, 27 °C sous l'arbre. "-30 degrés ! L'arbre est le grand gagnant !"

Et si on avait posé le même thermomètre à l'ombre d'un bâtiment ? Même résultat : on aurait alors pu dire : "Le bâtiment est le grand gagnant."

 

Le plus cocasse, c'est que l'arbre sous lequel la mesure a été prise est dans une rue déjà entièrement à l'ombre des bâtiments qui la bordent. L'ombre dont on mesure l'effet n'est pas celle de l'arbre d'alignement – c'est celle de la forme urbaine. Seulement voilà : un bâtiment qui fait de l'ombre, ça ne fait pas un reportage. Un arbre, si.

 

Le thermomètre infrarouge mesure la température de surface – pas celle de l'air que vous respirez. Sur la température de l'air, la méta-analyse de référence (Knight et al. 2021) mesure un effet moyen des arbres de -0,76 °C.

 

40 fois moins que le chiffre annoncé. Pas -30 °C. Moins d'un degré.

 

Ce qui protège le piéton en plein été, c'est l'ombre. Elle explique 70 à 80 % de l'effet de rafraîchissement sous un arbre. L'évapotranspiration – le fameux mécanisme du "climatiseur naturel" - ne fait que le complément. Et encore : uniquement lorsque les conditions sont favorables pour l'arbre.

 

S'ensuivent deux propos trompeurs sur "l'arbre-climatiseur" :

 

La formule "1 arbre = 5 climatiseurs" repose sur un calcul d'énergie. Un arbre mature évapore jusqu'à 450 litres d'eau par jour. L'évaporation de chaque litre absorbe environ 2.450 kJ de chaleur. Total : à peu près autant d'énergie thermique que celle retirée de l'air par cinq climatiseurs domestiques en 20 heures de fonctionnement. Le calcul est juste. Mais il compare une quantité d'énergie, pas un effet.

 

Un climatiseur prend l'air chaud de votre logement, lui retire sa chaleur, et vous renvoie de l'air froid dans un volume fermé de 50 m³, portes et fenêtres closes. Vous sentez ce froid sur votre peau. Et il déshumidifie l'air – l'eau se condense sur l'évaporateur et s'écoule dehors.

 

Un arbre ne déplace pas de chaleur et n'émet aucun souffle d'air froid. L'évaporation absorbe de la chaleur depuis ses feuilles, à plusieurs mètres au-dessus de votre tête, dans un volume d'air ouvert et brassé par le vent. Et cette évaporation ajoute de la vapeur d'eau dans l'air ambiant – l'inverse exact de ce que fait un climatiseur.

 

Les "1.000 litres d'eau par jour" sont un maximum théorique pour un très grand chêne poussant sur un sol sans aucun déficit en eau. En ville, dès que le sol s'assèche, la transpiration des arbres chute de 60 à 80 %. Le "climatiseur naturel" se met en veille au moment précis où on en aurait besoin – en pleine canicule.

 

Ce ne serait qu'un débat de chiffres si ces formules restaient dans le poste de télévision ou sur les réseaux sociaux. Mais elles n'y restent pas. Elles descendent dans les plans climat, les budgets d'investissement, les arbitrages d'aménagement – et façonnent une hiérarchie des priorités sans fondement scientifique.

 

Le résultat est concret : des villes plantent des arbres au milieu d'esplanades dégagées, en plein soleil, sur des sols imperméabilisés. Trop souvent, ces arbres meurent de stress hydrique et par défaut de soins en quelques étés. L'argent public est dépensé, l'objectif de canopée est affiché, et les habitants ont toujours aussi chaud.

 

Pendant ce temps, les leviers qui protègent réellement – géométrie urbaine, ombre bâtie, isolation des toitures, ventilation naturelle – ne font l'objet d'aucun reportage. Ils n'ont ni la photogénie de l'arbre ni la simplicité du slogan.

 

Le rôle d'un média devrait être d'éclairer les choix collectifs. Dire qu'un arbre vaut cinq climatiseurs installe une croyance qui dispense de penser la complexité, et ce sont les politiques d'adaptation de nos villes qui en paient le prix.

 

Il serait temps d'arrêter de comparer les arbres à des machines. Un arbre n'est ni un climatiseur, ni "de la technologie naturelle". C'est un être vivant qui a besoin d'eau, de sol, de soins. Et c'est à nous de leur garantir les conditions pour vivre en ville. Les regarder en jardinier plutôt qu'en ingénieur, c'est peut-être la seule façon de nous donner des chances de nous promener encore à l'ombre de leurs canopées dans cinquante ans.

 

---

 

Pour aller plus loin :

1/ Bologne, classée ville la plus meurtrière en canicule - et pourtant la mieux protégée. L'ombre du bâti, celle que le satellite ne voit pas en est la cause : https://x.com/ThomasHanss1/status/2060251405391196355?s=20

 

2/ L'arbre rafraîchit le moins quand il fait le plus chaud. Trois ans de mesures à Louvain sur la fragilité de l'évapotranspiration : https://x.com/ThomasHanss1/status/2059892591009681647?s=20

 

3/ D'où vient la formule "1 arbre = 5 climatiseurs" – et pourquoi elle est trompeuse : https://x.com/ThomasHanss1/status/2059224439561032104?s=20 »

 

Ce post a donné lieu à un échange avec M. Tangui Le Dantec – l'homme au thermomètre infra-rouge qui se présente sur X comme : « Santé urbaine et environnementale/Urbanisme paysager/Végétalisation en ville/Cofondateur @AArbresCitoyens/ @FNE_Paris @GNSA_arbres /Enseigne l'écologie à l'ESAJ ».

 

La première réponse n'est pas d'une grande urbanité... mais nous vous laisserons le soin de la découvrir.

 

La séquence dont il est question ici est tirée d'un « Sur le front ». Une émission – en principe d'information – du service public audiovisuel...

 

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P
La température maximale d'une surface exposée au soleil peut se calculer avec la formule de Stefan-Boltzman. Elle ne dépend que de la puissance reçue (en W/m²) et de l'émissivité si la surface n'est pas noire. En présence de conduction, convection et/ou évaporation, la température est moins élevée que sans.
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