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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'illusion de la transparence des marges pour les filières de désassemblage

9 Juin 2026

L'illusion de la transparence des marges pour les filières de désassemblage

 

Michel Demon, sur LinkedIn*

 

 

 

 

Depuis le rapport du Sénat, la transparence des marges serait la martingale absolue pour préserver le revenu du producteur, en occultant derrière le principe l’impossibilité de résoudre l’équation dans les transformations complexes à l'instar de celle de la volaille.

 

Dans cette industrie de la découpe, la transparence traditionnelle par produit se heurte à une réalité indépassable : un industriel n'achète jamais des morceaux séparés, mais un animal vivant dans son intégralité. La rentabilité réelle ne se joue pas au produit fini, mais à l’équilibre global de la carcasse, ce qui rend l'exercice de transparence par étiquette artificiel. Le transformateur doit piloter sa marge de manière dynamique en fonction des fluctuations quotidiennes des commandes. Une commande massive de filets de poulet impose à l'industriel de gérer un volume équivalent de cuisses, d'ailes et d'abats . La valeur finale captée sur les filets dépend alors de la capacité de l'usine à valoriser ces co-produits sur d'autres marchés, à l'exportation, en transformation en plats cuisinés, en alimentation animale. En cas de mévente des coproduits, l'industriel subit une destruction de valeur.

Les outils de mesure de la transparence sont aveugles face à la « matière vagabonde ». Une fois le poulet abattu et découpé, les différents morceaux sont instantanément dispersés à travers une multitude de circuits économiques indépendants les uns aux autres : le filet part sous marque de distributeur en supermarché, les cuisses sont transformées sur place ou expédiées vers des usines de plats préparés, les wings approvisionnent la restauration rapide et ainsi de suite. Reconstituer une chaîne de valeur linéaire et transparente depuis l'élevage initial jusqu'à la barquette finale est donc techniquement impossible, car le produit d'origine a été atomisé.

 

Pour afficher des chiffres de marge par produit, les rapports officiels appliquent des clés de répartition comptable arbitraires pour diviser le coût du poulet vivant entre blanc, cuisse ou aile, et calculer une marge théorique déconnectée de la gestion réelle de l'usine. Cette transparence modélisée occulte les coûts industriels marginaux liés à la variabilité des commandes, aux vagues promotionnelles , aux frais de congélation pour stocker les morceaux non commandés etc…, autant de charges volatiles qui affectent la rentabilité réelle mais restent invisibles dans une grille tarifaire standard. Ce calcul théorique n’a de sens que dans l’évolution de la marge sur une période longue et non en tant qu’outil de régulation des relations commerciales.

 

En définitive, exiger la transparence des marges sur un morceau de poulet revient à évaluer la performance d'un mécanisme complexe à travers une seule de ses pièces, transformant un rapport de force industriel global et une gestion de flux anatomiques en une simple photographie figée et trompeuse.

 

_________________

 

« J’identifie les signaux faibles et les paradoxes comportementaux. J’accompagne l’intégration de ces insights complexes dans votre prospective stratégique, fort de 15 ans d’expertise au service des filières agricoles. »

 

Source : https://www.linkedin.com/posts/michel-demon_lillusion-de-la-transparence-des-marges-share-7466542456860307456-0MIB/

 

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