De l'agitation contre les vaccins à ARNm grâce à un préprint
Éric Dutin et Jérôme Barrière
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Une équipe a déposé un manuscrit sur Zenodo, « Global increase of cancer mortality since the end of 2021 in relation with mRNA COVID injections: A review of pro-cancer mechanisms and hypotheses » (augmentation mondiale de la mortalité par cancer depuis fin 2021 en lien avec les injections de vaccins à ARNm contre la COVID-19 : une analyse des mécanismes et hypothèses favorisant le cancer). MM. Éric Dutin et Jérôme Barrière se sont attelés à un démontage sur X. Leur contribution au bon état de santé de la science – et surtout de l'opinion publique – mérite une large diffusion.
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Cancer et vaccins ARNm : un préprint n’est pas une preuve
Éric Dutin*
Le document signé Jean-François Lesgards, Angus Dalgleish, Martin Zizi, Xavier Azalbert, Carlos Alegria et Christian Perronne affirme examiner une hausse de l’incidence et/ou de la mortalité par cancer « en relation » avec les injections ARNm COVID.
Problème : à ce stade, ce texte est un préprint Zenodo, pas une démonstration scientifique validée.
Zenodo classe le document comme Preprint, version v1, publié le 12 mars 2026.
Cela signifie : manuscrit déposé, archivé et citable, mais non validé par une revue à comité de lecture.
Le guide Zenodo rappelle qu’un préprint est un manuscrit non relu par les pairs ni publié dans un canal éditorial scientifique traditionnel.
N'importe qui, prof, boulanger, vétérinaire peut y déposer le sien.
BonSens place l’entrée Lesgards et al. sous une rubrique « Études peer-reviewed publiées avec le soutien de Bonsens », tout en la marquant explicitement PREPRINT.
Cette juxtaposition crée une ambiguïté : l’habillage évoque la validation scientifique, mais le document ne l’a pas encore.
Xavier Azalbert, coauteur, est présenté par BonSens comme président de BonSens-org et PDG/directeur de publication de France-Soir.
Ce n’est pas une réfutation scientifique automatique, mais cela situe le texte dans un environnement éditorial engagé sur ces sujets.
Le préprint part de signaux globaux :
cancers après 2021, tendances temporelles, hypothèses immunitaires.
Mais une règle simple vaut de l’or : après ne veut pas dire à cause de.
Pour tester sérieusement l’hypothèse, il faudrait savoir :
qui est vacciné, quand, avec combien de doses, quel cancer, à quel âge, avec quels antécédents, quelle infection COVID, quel dépistage, quel délai de diagnostic. Sans ces données individuelles, on ne démontre pas une causalité.
Il faut aussi distinguer incidence et mortalité.
L’incidence, ce sont les nouveaux cancers détectés.
La mortalité, ce sont les décès.
Mélanger les deux permet de fabriquer de grands récits, mais pas de la bonne épidémiologie.
Le cancer augmente fortement avec l’âge.
Donc une population qui vieillit aura mécaniquement plus de cancers en chiffres bruts.
C’est pourquoi les comparaisons sérieuses utilisent des taux standardisés par âge.
L’ECIS rappelle que cette standardisation permet de comparer des populations qui n’ont pas la même structure d’âge.
Il faut aussi intégrer les effets de la pandémie :
dépistages interrompus, diagnostics retardés, soins décalés, puis rattrapage après 2020.
Une hausse de cancers détectés après une période de perturbation médicale ne prouve pas un effet vaccinal.
Elle peut aussi refléter un retour du système de soins à son fonctionnement normal.
Les grandes sources disponibles pour les États-Unis et l’Europe ne cadrent pas avec une affirmation générale de hausse de mortalité cancer depuis fin 2021.
Aux États-Unis, l’American Cancer Society indique en 2026 que la mortalité par cancer continue de baisser jusqu’en 2023, même si l’incidence augmente pour certains cancers.
Le NCI indique aussi que les décès globaux par cancer ont diminué de 2001 à 2022, y compris pendant les deux premières années de pandémie.
Le SEER précise que les taux de décès par cancer ajustés par âge baissent en moyenne de 1,5 % par an sur 2015-2024.
En Europe, l’OCDE montre que la mortalité cancer standardisée par âge a diminué de 2000 à 2023 :
🔸 -18 % chez les femmes
🔸 et -26 % chez les hommes dans l’UE.
Pour soutenir une thèse « mondiale », il faudrait donc une analyse pays par pays, cancer par cancer, en taux standardisés.
Le préprint évoque de nombreux mécanismes :
immunité innée, cellules NK, IgG4, inflammation, ADN résiduel, voies métaboliques.
Mais en science, un mécanisme possible n’est pas une preuve clinique.
Le résumé reconnaît d’ailleurs que certaines perturbations moléculaires peuvent aussi être liées à l’infection SARS-CoV-2 elle-même.
Pour isoler un effet vaccinal, il faudrait donc comparer précisément:
🔸 vaccinés infectés,
🔸 vaccinés non infectés,
🔸 non-vaccinés infectés,
🔸 et non-vaccinés non infectés.
Autre nuance :
une étude Nature de 2025 rapporte que, dans certains cancers traités par immunothérapie, des vaccins ARNm SARS-CoV-2 sont associés à une meilleure réponse/survie.
Cela ne prouve pas un effet anticancer général, mais cela montre que le raccourci « ARNm = pro-cancer » est beaucoup trop simpliste.
L’EMA indique qu’il n’existe pas de preuve que les vaccins COVID causent des effets à long terme comme le cancer.
Elle précise aussi que l’ARNm vaccinal ne modifie pas l’ADN humain, n’entre pas dans le noyau, et que l’ADN plasmidique résiduel est encadré par des limites et des contrôles.
Côté données populationnelles, l’étude française EPI-PHARE/JAMA sur environ 28 millions d’adultes de 18 à 59 ans ne trouve pas d’augmentation de mortalité toutes causes à 4 ans chez les vaccinés ARNm, après ajustements.
Ce n’est pas une étude dédiée aux cancers ni aux personnes âgées, mais c’est un contrepoint important contre l’idée d’une surmortalité massive post-vaccinale.
Ce préprint propose une hypothèse spéculative à partir de signaux écologiques, de tendances discutables et de mécanismes biologiques hypothétiques.
Il ne démontre pas une hausse mondiale de mortalité par cancer causée par les vaccins ARNm COVID.
Hypothèse à explorer : oui.
Preuve causale : non.
Zenodo — Préprint Lesgards et al. 2026
Pertinence : source primaire du document, statut Preprint, date, auteurs, résumé.
👉 https://zenodo.org/records/18991296
Zenodo — A Practical Guide to Preprints
Pertinence : définition du préprint : manuscrit non encore relu par les pairs.
👉 https://zenodo.org/records/5600535
BonSens — Études scientifiques
Pertinence : montre la présentation BonSens : rubrique « peer-reviewed » mais entrée marquée PREPRINT.
👉 https://bonsens.info/etudes-scientifiques/
BonSens — Xavier Azalbert
Pertinence : lien BonSens / France-Soir / auteur du préprint.
👉 https://bonsens.info/xavier-azalbert/
ECIS — Glossary / Age-standardised rate
Pertinence : explique pourquoi la standardisation par âge est indispensable.
👉 https://ecis.jrc.ec.europa.eu/glossary
Greenland — Ecologic versus individual-level sources of bias
Pertinence : référence méthodologique sur les limites des données écologiques.
👉 https://academic.oup.com/ije/article/30/6/1343/651788
American Cancer Society — Cancer Statistics Report 2026
Pertinence : mortalité cancer USA en baisse jusqu’en 2023, malgré hausse d’incidence de certains cancers.
👉 https://pressroom.cancer.org/cancer-statistics-report-2026
NCI — Annual Report to the Nation 2025
Pertinence : baisse des décès globaux par cancer de 2001 à 2022.
👉 https://cancer.gov/news-events/press-releases/2025/annual-report-to-the-nation
SEER — Cancer Stat Facts: Cancer of Any Site
Pertinence : données américaines incidence, mortalité, taux ajustés par âge.
👉 https://seer.cancer.gov/statfacts/html/all.html
OCDE — Delivering High Value Cancer Care
Pertinence : Europe, incidence brute vs mortalité standardisée ; mortalité cancer standardisée en baisse.
EMA — COVID-19 vaccines: key facts
Pertinence : sécurité vaccinale, ARNm, ADN résiduel, absence de preuve de lien cancer.
EPI-PHARE — Vaccination ARNm COVID et mortalité toutes causes
Pertinence : résumé institutionnel français de l’étude sur 28 millions d’adultes.
👉 https://epi-phare.fr/rapports-detudes-et-publications/vaccination-covid19-mortalite/
JAMA Network Open — Semenzato et al.
Pertinence : article source sur mortalité toutes causes à 4 ans après vaccination ARNm.
👉 https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2842305
Nature – SARS-CoV-2 mRNA vaccines sensitize tumours to immune checkpoint blockade
Pertinence : contrepoint biologique : l’immunomodulation ARNm ne se résume pas à “pro-cancer”.
👉 https://nature.com/articles/s41586-025-09655-y
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* Sources :
https://x.com/DutinEric15494/status/2053172878573543682
https://x.com/DutinEric15494/status/2053173041790681420
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Encore un truc hors-sol...
Jérôme Barrière*
Encore un truc hors sol de gens qui devraient être définitivement bannis de toute publication scientifique.
Mais le préprint et là et la fan-base sera repue et n’y verra que du feu 🔥
Elle ne verra pas que le texte confond incidence brute et risque individuel.
Elle ne verra pas que les taux standardisés sur l’âge ne montrent pas l’explosion annoncée.
Aux États-Unis, la mortalité par cancer continue globalement de baisser dans les statistiques de l’American Cancer Society, malgré certaines hausses d’incidence pour certains cancers. Ça ne colle pas avec le récit d’une vague massive de cancers mortels induits par les vaccins.
Elle ne verra pas que 2020-2022 est une période ravagée par les retards de dépistage et le rattrapage diagnostique.
Elle ne verra pas que l’étude coréenne citée donne un HR global de cancer à 1,01 non significatif.
Elle ne verra pas que des sondages d’opinion ne sont pas des registres de cancérologie. Les sondages BonSens (tellement grotesque…) sur « les gens perçoivent une explosion des cancers » n’ont aucune valeur causale. La perception du public n’est pas un registre de cancérologie. Un sondage mesure une inquiétude, pas une incidence tumorale. Le document s’appuie pourtant dessus.
Elle ne verra pas qu’empiler IgG4, NK, TLR, p53, SV40 et Warburg effect ne transforme pas une hypothèse en causalité. Tout ceci c’est du flan 🍮 mais qui endort le lecteur et donne un vernis scientifique à des gens qui ne sont pas capables de comprendre ce dont on parle.
Elle ne verra pas que la mécanistique sans signal épidémiologique robuste, c’est de la spéculation.
Bref préprint à la poubelle 🚮 mais c’est exactement comme ça que fonctionne la désinformation scientifique : donner un vernis académique à une conclusion écrite d’avance.
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* Oncologue / Président de CME / Membre du CS de la SFC/ AFIS / Électron Libre contre la désinformation.
Source : https://x.com/barriere_dr/status/2053388835455726016
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