Acétamipride : la « note aux sénatrices et sénateurs » du Dr Jérôme Barrière
(Source)
Elle est venue en retard, semble-t-il, mais elle n'est pas perdue pour tout le monde... ou ne devrait pas l'être.
Le Sénat a adopté. Voir par exemple, dans Le Monde avec AFP : « Loi d’urgence agricole : le Sénat approuve la réintroduction encadrée de deux insecticides interdits, dont l’acétamipride ». C'est du 30 juin 2026 (date sur la toile), la décision étant intervenue au cours de la nuit. En chapô (de la plume du Monde) :
« Les dérogations, décriées par la gauche et les associations de défense de l’environnement, cibleraient des filières en difficulté, comme la betterave, la pomme, la cerise et la noisette. Le gouvernement a fait part de ses inquiétudes face à cette mesure qui pourrait compromettre le sort du texte. »
Le conditionnel est juste si on se place dans l'optique d'une adoption définitive, à venir (ou non), par une commission mixte paritaire. Le Monde s'honore en se référant à des filières en difficulté – cela mérite d'être souligné, connaissant son militantisme – mais ces filières sont expressément définies dans le projet de loi.
À propos de militantisme... Le Monde a publié la veille (29 juin 2026 sur la toile) la tribune d'un « collectif » qui a son rond de serviette dans le quotidien, « Retour de l’acétamipride : "Le vote des sénatrices et sénateurs constituera un véritable test pour nos institutions démocratiques" » (texte complet et signataires ici). En chapô :
« Les représentants des principales associations de patients et des sociétés savantes médicales et scientifiques rappellent, dans une tribune au "Monde", l’état de la science sur la toxicité de l’acétamipride et du flupyradifurone, alors que le Sénat débat de la possible réintroduction de ces pesticides en France. »
Nous n'insisterons pas ici sur les extraordinaires arrogance et incivisme de ces gens qui considèrent qu'une certaine décision du Sénat serait antidémocratique, ni sur l'outrecuidance du Monde à exagérer la représentativité d'un quarteron de protestataires.
Le Dr Jérôme Barrière s'est penché sur les principales allégations sur X. Voici sa note aux sénatrices et sénateurs.
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Note aux sénatrices et sénateurs
Tout ce que l’on peut lire dans la dernière tribune publiée dans Le Monde en matière de santé publique concernant l’#acétamipride n’est pas, en l’état, étayé par des données de santé publique.
Cette séquence illustre au contraire parfaitement la fabrique de la peur : une manipulation rhétorique portée par certains scientifiques devenus militants, qui mettent davantage en avant leurs convictions que l’analyse rigoureuse des faits.
À ce jour, aucune alerte sanitaire populationnelle n’est documentée dans les autres pays européens qui autorisent l’usage de ce pesticide dans un cadre réglementé.
À aucun moment les signataires ne semblent s’interroger sérieusement sur les sources réelles d’exposition aux néonicotinoïdes, notamment domestiques, ni sur les concentrations mesurées, les ordres de grandeur, les doses, les voies d’exposition et les niveaux de risque réellement plausibles pour l’être humain.
Aucune discussion n’a lieu.
On parle ainsi du LCR [liquide céphalo-rachidien] des enfants à partir d’une étude chez 14 patients atteints de lymphomes sans même aborder les limites discutées par les auteurs eux mêmes, de la présence de l’acétamipride dans les gouttes d’eau au Japon sans parler des concentrations, du périmètres crâniens sans parler de l’ordre de grandeur de la mesure (7 mm…) et en présentant éhontément une corrélation en causalité, ou en parlant de neuro-développement alors même que l’étude en question a exclu l’acétamipride faute de données suffisantes. (Cf images)
Ils confondent donc corrélation et causalité, extrapolent des études précliniques menées chez la souris à des conclusions générales chez l’homme, et transforment un danger théorique ou expérimental en risque sanitaire avéré pour la population générale.
Nous avons été nombreux à combattre la désinformation scientifique pendant la crise Covid.
Cette séquence relève malheureusement de la même mécanique : dramatisation, sélection orientée des données, confusion entre plausibilité biologique et preuve clinique, puis appel à l’émotion au nom de la science.
On ne peut donc que s’étonner que certaines sociétés savantes aient pu se laisser entraîner dans cette rhétorique alarmiste, au risque d’affaiblir la parole scientifique au lieu de l’éclairer.
Et de peser de manière inconsidérée sur le débat démocratique au risque d’affaiblir sans raison sanitaire avérée nos filières agricoles.
Enfin, je fais un appel aux scientifiques qui ne confondent pas militantisme et rigueur scientifique à partager ce message.
(Source)
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