Un champ de pommes de terre CRISPR
L'Université et Centre de Recherche de Wageningen (WUR) mène des expériences sur une pomme de terre capable de résister au mildiou.
Roelof Kleis, Wageningen University & Research*
La pomme de terre du futur pousse dans un champ du polder. Photo : Resource/Roelof Kleis
Ce qui pourrait bien être la pomme de terre du futur pousse dans un champ aride près de Lelystad. Les plants de pommes de terre ont été mis en terre cette semaine [l'article d'origine est daté du 4 mai 2026]. Ces pommes de terre génétiquement modifiées résistent mieux au redoutable mildiou, le Phytophthora. Leurs gènes ont été modifiés à l'aide de techniques qui seront bientôt autorisées par l'UE pour les cultures commerciales.
Par une matinée ensoleillée du mercredi 29 avril, une petite équipe de travailleurs du groupe Field Crops à Lelystad met méthodiquement les plants de pommes de terre dans les trous creusés dans le sol à cet effet. C'est un moment passionnant pour la chercheuse Ania Lukasiewicz. Elle est la responsable de projet de cette expérience sur les pommes de terre GM (génétiquement modifiées), et il s'agit de son premier essai en plein champ.
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Photo : Resource/Roelof Kleis
Mme Ania Lukasiewicz a étudié la biologie végétale à l’Université d’Amsterdam et s’est spécialisée dans la recherche et les politiques relatives aux cultures génétiquement modifiées. L’UE s’apprête à apporter des changements de grande envergure à sa politique sur les cultures génétiquement modifiées, soumises à des règles strictes depuis 2001. Mais cela est sur le point de changer, maintenant que les règles régissant les nouvelles techniques génétiques telles que CRISPR-Cas vont être assouplies.
Cette flexibilité dépend essentiellement du type de modification et s'applique aux changements qui pourraient en théorie se produire naturellement par croisement ou mutation. Cela couvre non seulement les mutations ciblées utilisant CRISPR-Cas, mais aussi la cisgénèse, dans laquelle des gènes de la même espèce sont insérés. L'utilisation de gènes qui ne se trouvent pas naturellement dans le patrimoine génétique de l'espèce restera soumise à une réglementation stricte.
Bien sûr, l'objectif est de réduire au minimum le recours aux produits chimiques.
L'aspect des pommes de terre de semence ne permet pas de déterminer si elles ont été génétiquement modifiées. Les pommes de terre de la variété Innovator ressemblent à des Innovator typiques : assez charnues et légèrement allongées. Certaines d'entre elles ont reçu un ou deux gènes supplémentaires qui leur confèrent une résistance contre le champignon appelé Phytophthora infestans. Un autre groupe de pommes de terre dans le champ a vu un gène particulier désactivé à l'aide de la technique CRISPR.
« Nous menons cet essai pour vérifier si ces modifications rendent les pommes de terre plus résistantes au mildiou », explique Mme Ania Lukasiewicz. « Dans le cadre de cet essai, nous appliquons trois modalités différentes : pas de traitements, traitements réguliers et traitements en fonction de l’infection par le mildiou. Bien sûr, l’objectif est de réduire au minimum le recours aux produits chimiques. »
La résistance supplémentaire de la pomme de terre la rend immunisée contre le mildiou, mais le champ devra tout de même faire l’objet d’une surveillance adéquate. « En effet, le mildiou pourrait venir à bout de cette résistance en raison de la grande variabilité dans le sol. En fonction de cela, le producteur devra décider quelle pomme de terre planter, avec quel type de résistance. Ces nouvelles techniques facilitent le développement de variétés résistantes et permettent de garder une longueur d’avance sur le mildiou. »
Nous nous attendons à ce que le mildiou apparaisse à partir de juillet. C’est alors que vous verrez les différences dans le champ.
L’essai avec les traitements par pulvérisation occupe la majeure partie du champ. Il y a également une petite parcelle avec plusieurs rangées de pommes de terre qui ont été rendues résistantes à l’aide de gènes différents de ceux utilisés dans l’essai principal. « Ce sont des pommes de terre qui n’ont pas encore été testées dans le cadre d’un essai en plein champ. Elles présentent elles aussi différentes combinaisons de résistance et le gène qui a été désactivé. Il n’y aura aucun traitement sur cette parcelle. »
Toutes les plantes génétiquement modifiées ont été développées à Wageningen. Les nouveaux gènes sont insérés à l’aide de la bactérie Agrobacterium tumefaciens. Mme Lukasiewicz : « C’est une bactérie capable d’infecter les plantes avec son propre ADN, un processus qui se produit également dans la nature. On peut utiliser cette capacité au niveau cellulaire pour incorporer l’ADN de son choix. On fait ensuite pousser une plante à partir de ces cellules infectées. »
Il faudra attendre un certain temps pour connaître les résultats de l’essai dans le polder : Mme Lukasiewicz prévoit de pouvoir récolter les pommes de terre en septembre ou début octobre. « Mais nous nous attendons à ce que le mildiou apparaisse à partir de juillet. C’est alors que l’on verra les différences dans le champ. » Et « on », c’est tout le monde. « Au cours du mois d’août, les producteurs et le grand public auront l’occasion de venir voir l’expérience de leurs propres yeux. »
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* Soource : Field full of CRISPR potatoes - Resource online
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