Semences et pesticides : difficile de se séparer
David Zaruk*
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Photo : Adobe
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Les entreprises de semences et de pesticides devraient-elles se scinder en entités distinctes ?
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Les entreprises chimiques devraient-elles céder leurs activités de technologie agricole ?
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Les influences extérieures devraient-elles dicter les stratégies commerciales ?
Les produits chimiques ont suscité beaucoup de rejet au cours des 30 dernières années. Dans les années 1990, j’ai assisté à la première vague d’entreprises libérant leurs divisions pharmaceutiques et biotechnologiques les plus innovantes des activités chimiques jugées nuisibles. Les cartes de visite sont rapidement devenues des objets de collection alors que les entreprises se réorganisaient à un rythme vertigineux. Une décennie plus tard, les produits chimiques de spécialité ont été dissociés des activités de produits de base, tandis que la ruée vers les technologies propres et la chimie verte devenait le nouveau mot à la mode des consultants en relations publiques. Aujourd’hui, après une décennie de consolidation dans le secteur de la protection des plantes, assistons-nous à une nouvelle vague de scissions, les industries semencières innovantes se libérant des activités pesticides entachées de litiges ?
Les arguments avancés par les initiés me semblent tout à fait convaincants. Les entreprises présentes à la fois dans les secteurs des semences et des pesticides voient une vague de recours collectifs liés aux pesticides, de MDL (multidistrict litigation) et d’offensives illimitées menées par des campagnes militantes financées par des fondations menacer l’ensemble de leurs activités. Il est devenu de plus en plus difficile de mettre de nouveaux pesticides sur le marché, tandis que les autorités réglementaires se montrent de plus en plus favorables aux solutions d’édition génétique, plus innovantes et hautement bénéfiques. Enfin, d’un point de vue des relations publiques, la vente de semences est bien mieux perçue que celle de produits chimiques qui entrent dans la chaîne alimentaire. L’avenir réside dans le développement des technologies semencières et des solutions de l'amélioration des plantes.
Mais je ne suis pas convaincu.
Il y a dix ans, la logique voulait que ces deux secteurs soient complémentaires, et la fusion, par exemple, des activités de sciences agricoles de Dow et de Dupont, avait permis d’atteindre une synergie et une échelle qui offraient un meilleur service aux agriculteurs, aux chercheurs et à la société. Aujourd’hui, les scissions sont de nouveau à la mode, des entreprises comme GE, J&J et Kellogg’s prenant des décisions financières pour satisfaire leurs actionnaires. Mais de telles actions dans le secteur des technologies agricoles satisferaient-elles la chaîne de valeur ?
Si nous nous réveillions demain pour découvrir que toutes les entreprises de technologie agricole ont été scindées en deux entités indépendantes, l’une vendant des semences et l’autre des pesticides, que se passerait-il ?
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Les petites entreprises devenant encore plus petites (jusqu’à la prochaine vague de consolidation), les agriculteurs se retrouveraient avec un accès réduit aux agronomes spécialisés, aux représentants commerciaux du secteur et au soutien technique. Il y aura moins d’expertise interdisciplinaire pour soutenir le secteur agricole à un moment où les défis s’accumulent en raison des problèmes climatiques, de la dégradation des sols et des difficultés du marché. À une époque où les agriculteurs ont besoin d’alliés et d’un soutien plus fiables, cette stratégie semble contre-intuitive.
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La communauté de la recherche se nourrit de la fertilisation croisée. Mon ancienne entreprise avait pour habitude de placer des chimistes et des biologistes dans les mêmes bureaux ou sur les mêmes projets au sein du centre de recherche afin de favoriser l’innovation et la culture des idées. Des innovations telles que les traitements de semences, les semences tolérantes à des herbicides ou l’agriculture sans labour (selis direct) avec des cultures de couverture complexes auraient eu moins de chances de voir le jour aujourd’hui si les chercheurs avaient été laissés à eux-mêmes dans leurs silos.
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Dans l’arène des politiques publiques, les associations professionnelles mondiales peinent déjà à se faire entendre dans les débats politiques. Dans de nombreux cas, le secteur des semences a été sous-représenté (rappelez-vous la sortie sans ménagement de la biotechnologie verte d’Europabio ou de BIO). Les technologies innovantes de sélection, d'amélioration des plantes, sont confrontées à une pression réglementaire incessante depuis que les OGM ont fait leur entrée dans le débat sur les risques. Les attaques contre des herbicides relativement inoffensifs comme le glyphosate étaient des batailles par procuration menées pour délégitimer les OGM tolérants à des herbicides. La meilleure défense réglementaire pour les technologies agricoles consiste à démontrer les avantages des synergies (pour les agriculteurs, l’environnement et les consommateurs).
Pourquoi cela se produit-il alors ?
Il n'y a pas de raison valable de séparer des secteurs aussi intégrés : la peur doit donc être le moteur de ce raisonnement.
Sur les réseaux sociaux, on parle de « moment Big Tobacco » pour l'industrie de la protection des plantes. Confrontées à des poursuites judiciaires illimitées menaçant leur existence, les principales entreprises du tabac ont cédé et se sont soumises aux exigences des régulateurs dans le cadre du Tobacco Master Settlement Agreement. Certaines grandes entreprises agro-technologiques craignent de voir l’ensemble de leurs activités disparaître sous le poids des poursuites judiciaires : en cédant leurs activités semencières, elles estiment avoir une chance de survivre.
Ce phénomène ne touche pas uniquement le secteur agro-technologique. J’ai écrit de nombreux papiers sur la manière dont la stratégie de « tabacisation » de La Jolla a été étendue pour s’attaquer aux industries des combustibles fossiles, de l’alimentation et des boissons, de l’alcool, des plastiques, des produits chimiques et même des produits pharmaceutiques. L’Organisation Mondiale de la Santé montre la voie avec sa stratégie sur les déterminants commerciaux de la santé visant à dénormaliser toutes les industries dites nuisibles à la santé.
Ne serait-il pas plus logique que ces secteurs s’unissent pour remédier à ce système défaillant, contrôlé par une industrie du contentieux qui dicte le discours avec une armée d’ONG, de fondations et de journalistes ? Des chaînes de valeur entières en pâtissent et en paient le prix, tandis que des avocats « prédateurs » voraces s’enrichissent. Cette chronique a déjà fait valoir la nécessité d’une chaîne alimentaire intégrée, travaillant de concert dans l’intérêt de tous : des agriculteurs et chercheurs aux détaillants et consommateurs.
Cette approche coordonnée serait bien plus sensée que de voir des dirigeants céder des pans entiers de leurs entreprises par crainte que les loups de l’industrie du contentieux ne s’approchent du troupeau.
Peut-être qu’un troupeau de moutons n’est pas la meilleure image pour décrire ces stratégies industrielles. Mais tant que notre communauté d’affaires (et j’entends par là toutes les entreprises) n’aura pas appris à se lever et à lutter ensemble contre les loups qui tournent autour, leurs entreprises, leur influence et leurs opportunités continueront de s’amenuiser. Des chaînes de valeur entières souffriront de ces stratégies commerciales fondées sur la peur.
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* David Zaruk est un professeur basé à Bruxelles qui écrit sur les politiques relatives aux risques pour la santé environnementale au sein de la « bulle » européenne.
Source : Seeds and Pesticides: Breaking Up is Hard to Do - Seed World
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