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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Rapport Alloncle, science et agriculture : le « décryptage » de Mme Célia Quilleret, de France Inter

14 Mai 2026 Publié dans #critique de l'information, #Activisme

Rapport Alloncle, science et agriculture : le « décryptage » de Mme Célia Quilleret, de France Inter

 

 

Dans un laps de temps très court, avec l'argent du contribuable, les chaînes du service public se sont déchaînées contre notre modèle agricole et contre nos agriculteurs, matraquant qu'ils nous empoisonnent et, en particulier, les enfants. Cet #agribashing doit cesser ! On doit être fier du travail exemplaire de nos agriculteurs et de la qualité de leurs produits.

 

Gil Rivière-Wekstein sur LinkedIn

 

 

Le rapport de la Commission d'Enquête de l'Assemblée Nationale sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public n'a pas été au goût de tout le monde. Mme Célia Quilleret, « Spécialiste Environnement France Inter », a livré un « décryptage », « Les contre-vérités du rapport Alloncle sur l'audiovisuel public », le vendredi 8 mai 2026 dans « Debout la Terre ». Une démonstration des turpitudes d'un mauvais journalisme militant sur le service public...

 

 

On pensera ce qu'on voudra du rapport Alloncle. Ses 551 pages et 70 recommandations fournissent du grain à moudre à tous les courants d'opinion.

 

On peut toutefois être frustré à la lecture des quelques paragraphes consacrés à la science, notamment issus de l'audition de M. François-Marie Bréon, Mme Agnès Buzyn, M. François de Rugy et Mme Géraldine Woessner, ainsi que de deux représentants de Quota Climat, Mme Eva Morel et M. Jean Sauvignon, lors d'une « table ronde » (non référencée dans le rapport...) qui a eu lieu le 26 mars 2026.

 

Le rapporteur n'a manifestement pas pris la mesure du problème sociétal posé par un biais assez systématique au détriment, au final, de certaines activités économiques pourtant fondamentales.

 

Ainsi, il consacre deux paragraphes au « glyphotest » – à l'« Envoyé Spécial » du 17 janvier 2019 –, qui serait « particulièrement éclairant ». Sa conclusion :

 

« Votre rapporteur n’entend pas trancher ici le débat scientifique général sur le glyphosate ; il constate en revanche qu’un écart manifeste a pu exister entre la donnée brute et la manière dont elle a été dramatisée à l’écran. Une telle mise en récit est difficilement conciliable avec l’exigence de rigueur et avec l’obligation de garantir le bien-fondé de l’information diffusée. »

 

Il n'y a aucune recommandation en vue de rétablir le respect de « l’exigence de rigueur... », alors même que le problème est systémique (voir ci-dessus le point de vue de M. Gil Rivière-Wekstein pour l'agribashing).

 

Mme Célia Quilleret, « Spécialiste Environnement France Inter », a cru bon de livrer un « décryptage », « Les contre-vérités du rapport Alloncle sur l'audiovisuel public », le vendredi 8 mai 2026 dans « Debout la Terre ».

 

Voici donc un décryptge du « décryptage »

 

 

La « scénarisation militante » du « Météo et climat » du soir

 

Mme Célia Quilleret entame sa séquence de deux minutes comme suit, selon le texte reproduit sur Internet :

 

« Ce rapport s'attaque injustement au traitement de l'information scientifique sur le service public.

 

Exemple, le journal « Météo et climat » le soir sur France Télévision participerait à une "scénarisation militante", une "présentation orientée qui brouille la frontière entre information sensibilisation et plaidoyer". Or ce sont des scientifiques du climat qui répondent à des questions de téléspectateurs. »

 

L'argument est particulièrement foireux ! C'est un non sequitur.

 

Déjà, ce ne sont pas toujours des scientifiques du climat. Et le fait est qu'on recourt de temps en temps à des personnes qui font du plaidoyer.

 

Le rapport Alloncle dit:

 

« Cette orientation a d’ailleurs été accompagnée, au sein même de France Télévisions, d’un plan d’action promettant une "accélération environnementale de l’offre d’information" ([94]), officiellement assumée par le groupe. Celui-ci met notamment en avant la création d’une équipe climat au sein de la rédaction nationale, la transformation des bulletins météo en bulletins "météo-climat" et l’irrigation de l’ensemble de l’offre d’information par cette thématique. En soi, un tel choix éditorial n’est pas condamnable. Il devient en revanche problématique lorsqu’il se traduit, dans certains formats se présentant comme journalistiques, par une scénarisation militante ou par une présentation orientée qui brouille la frontière entre information, sensibilisation et plaidoyer. »

 

Mme Célia Quilleret présente donc une accusation généralisante, mais limitée aux journaux « Météo-Climat », alors que le rapport ne les accuse pas de manière générale mais souligne une dérive potentielle ou, dans certains cas réelle, issue d'un « choix éditorial » qui concerne de larges pans de la programmation.

 

Notons que la référence 94, « Face à l’urgence climatique et à la crise énergétique, France Télévisions s’engage » – non datée... – prête rétrospectivement à sourire. Tout comme le rapport Alloncle qui prend ce communiqué de presse comme preuve d'une orientation et d'un plan d'action.

 

Le rapport se poursuit par l'exemple du « glyphotest » évoqué ci-dessus.

 

Mme Célia Quilleret n'a pas abordé ce sujet. Et pour cause, dira-t-on, tant le scandale était patent.

 

 

France Télévisions a-t-elle signé la « charte pour un journalisme à la hauteur de l'urgence écologique » ?

 

Mme Célia Quilleret conteste – à juste titre – le fait que France Télévisions ait signé cette charte.

 

Mais la charte a été signée par France 24, ainsi que par une cinquantaine d'agents du groupe à titre individuel, dont certains apparaissent en haut de génériques.

 

 

Le grand complot...

 

Mme Célia Quilleret écrit :

 

« Il existerait aussi une "coalition entre des associations, le journal Le Monde et France Télévision" pour demander une loi sur les Pfas. Elle n'existe pas. [...] »

 

En réalité le rapport rapporte les propos de M. François de Rugy :

 

« M. de Rugy a ainsi évoqué, à propos du débat sur les PFAS, une "coalition" réunissant responsables politiques, associations, France Télévisions et le journal Le Monde afin de favoriser l’adoption d’un texte législatif, et a dénoncé des biais idéologiques "largement partagés à tous les niveaux : journalistes, animateurs, etc.". Ces propos établissaient le constat d’une perméabilité de l’audiovisuel public à des logiques militantes. »

 

Ce que Mme Célia Quilleret a mis entre guillemets n'est pas une citation (exacte) du rapport Alloncle. Cela reflète un journalisme peu sérieux, un mépris pour l'exactitude, qui est malheureusement répandu.

 

Nous n'avons pas vérifié si M. François de Rugy a utilisé le mot « coalition » ou si le rapporteur l'a utilisé, assorti des guillemets, parce qu'il est suggestif de la situation, ou de la pensée de M. François de Rugy.

 

En tout cas, il est – disons – problématique de présenter un propos reflété dans le rapport comme une « contre-vérité[...]du rapport ».

 

 

Le traitement général de l'écologie

 

Le texte de Mme Célia Quilleret se poursuit :

 

« […] Pire, "notre traitement de l’écologie tend de plus en plus à subordonner la rigueur scientifique à un récit préétabli". Le rapport y va fort. »

 

À nouveau, la citation n'est pas exacte.

 

Et, surtout, ce n'est pas un constat fait par le rapporteur, mais le compte rendu des propos de M. François de Rugy et de Mme Géraldine Woessner :

 

« Entendus le 24 mars 2026, ils ont tous deux décrit un traitement de l’écologie qui, selon eux, tend de plus en plus à subordonner la rigueur scientifique à un récit préétabli. »

 

En extrayant un membre de phrase de la phrase entière, et en excisant l'incise : « selon eux », le lecteur est prié de croire que les propos rapportés de deux intervenants sont ou seraient un constat fait par le rapporteur.

 

On notera aussi que Mme Quilleret a utilisé l'expression « notre traitement... », admettant ainsi qu'elle se considérait comme aussi visée par le propos.

 

 

Qui a été invité ? Et qui a pu se défendre ?

 

Voici la prose de Mme Célia Quilleret :

 

« Je ne vous apprends rien en vous disant que cette commission d'enquête partait avec un biais à charge contre l'audiovisuel public ?

 

Mais dans ce chapitre précis, le problème est qu'elle n'a pas reçu les bonnes personnes pour se forger une opinion et pour creuser sérieusement le sujet. Il y a eu le 26 mars une table ronde consacrée à l'information scientifique dans l'audiovisuel public.

 

A votre avis, qui a été invité ? Des journalistes science ou environnement de France Télé ? de Radio France ?

 

Non absolument pas ! Ont été auditionnés François de Rugy, ancien ministre. Géraldine Woessner journaliste au Point. Un scientifique, François-Marie Bréon qui a d'ailleurs défendu les journalistes. Et Eva Morel de Quota climat, une ONG qui analyse le travail des médias.

 

Les journalistes qui traitent des sujets science ont été attaqués sans pouvoir se défendre. »

 

Il y a là une certaine arrogance...

 

On peut par ailleurs gloser sur la question de savoir si des journalistes ont été « attaqués » ou si ce sont plutôt leurs productions qui ont été mises sur la sellette, sur le plan général et sur des points particuliers.

 

En tout cas, le sophisme de l'appel à la miséricorde – la victimisation – est souvent efficace.

 

 

L'audiovisuel public n'aurait pas à rougir...

 

« Humblement, nous pouvons rappeler ici que nous avons une déontologie journalistique, avec des règles, nous donnons la parole à des scientifiques sur des études que nous jugeons d'intérêt public, des études qui ont été validées, nous multiplions les reportages sur des sujets sensibles comme les pesticides en interrogeant des chercheurs, en rencontrant des agriculteurs. »

 

L'affichage de modestie et d'intégrité ne saurait dissimuler la réalité des problèmes : « nous donnons la parole à des scientifiques... » ? Oui mais lesquels ? Sur quelles études ? Etc.

 

Et c'est précisément là que le bât blesse.

 

 

Le non-dit

 

Le non-dit peut être aussi important que le dit.

 

Le catalogue des griefs – trois paragraphes – s'ouvre par « Exemple », ce qui peut laisser entendre que la liste n'est pas limitative. C'est explicable : la séquence audio était assujettie à une contrainte de temps : deux minutes.

 

Mais il y a des éléments de la section « Des biais militants dans le traitement de certains sujets environnementaux au détriment des données scientifiques » du rapport qui étaient tout de même plus importants que la signature ou non d'une charte.

 

Mme Célia Quilleret a ainsi pratiqué l'art du sophisme du détail ou de l'arbre qui cache la forêt : s'attaquer à des points mineurs – en plus non pertinents – pour éreinter le tout.

 

Voici le dernier paragraphe de cette section :

 

« Dans cette même audition, M. de Rugy a ainsi vivement contesté la manière dont certains programmes d’investigation du service public, notamment "Cash Investigation", "Sur le Front", ou "Complément d’enquête", sont présentés comme de simples émissions d’information, alors même qu’ils reposeraient, selon lui, sur des biais marqués et sur une logique de démonstration militante. Il a notamment évoqué un reportage d’"Envoyé spécial" diffusé au moment du vote sur le glyphosate, dans lequel le débat à l’Assemblée nationale, qu’il présidait alors, aurait été présenté de manière "insidieuse" et "trompeuse". Il a reproché à Mme Élise Lucet d’avoir instrumentalisé la situation d’un enfant malade sans vérification scientifique préalable, afin de produire un effet émotionnel sur le téléspectateur. Ces griefs rejoignent, par leur cohérence avec d’autres séquences examinées, le constat d’un affaiblissement de la discipline de vérification lorsque le sujet environnemental est traité sous un angle militant. »

 

C'est, là, un constat accablant, du reste largement partagé. Et, comme déjà dit, cela n'a pas donné lieu à une recommandation, par exemple d'expurger les grilles de programmes de leurs émissions outrageusement militantes et désinformatrices, ou de renforcer le contrôle des émissions.

 

 

En conclusion

 

Bref, ce n'est pas glorieux. Mais prévisible : Mme Célia Quilleret se place elle-même, sans doute, dans le « camp du bien » un camp imperméable à l'analyse objective des faits et à l'autocritique.

 

Tout bien considéré, cela devrait alimenter implicitement le rapport Alloncle.

 

Mais pourquoi Mme Célia Quilleret se priverait-elle de faire dans le déni et l'escalade d'engagement – à l'instar d'autres acteurs des médias publics, dont des dirigeants – puisque le rapport est « sans dents » ?

 

 

Post scriptum

 

Sur LinkedIn, Mme Marie Dupin, qui officie sur Radio France, a cru bon d'ajouter un complément d'information : Mme Géraldine Woessner s'est (encore) fait épingler par le Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation (CDJM) – une officine incorporée sous forme d'association loi 1901 – qui, dans la pratique, fait, brillamment, office de Kangaroo Court. Il en a encore fait la preuve par son avis ubuesque qui tient de l'acharnement.

 

Mais cet avis fait les délices des « confrères » et des « consœurs » qui ne sont pas de la même obédience s'agissant de la déontologie journalistique.

 

Le point de vue de Mme Marie Dupin est aussi aimable que pertinent :

 

«  Et c’est donc cette personne, déjà rappelée à l’ordre à sept reprises sur ces questions d’exactitude et de véracité, qui a été auditionnée par la commission d’enquête sur l'audiovisuel public comme référence du journalisme scientifique. »

 

Faites donc un effort : c'est de nature à invalider l'ensemble du rapport Alloncle...

 

 

Post scriptum 2

 

Le rapport Alloncle évoque le CDJM ici :

 

« Enfin, le principe d’honnêteté de l’information et des programmes a fait l’objet de nouvelles garanties, issues notamment de la loi du 22 décembre 2018 ([50]), qui a également chargé le CSA, puis l’Arcom, de veiller à lutter efficacement contre la diffusion de fausses informations ([51]).

 

Au-delà des obligations légales, la profession journalistique est régie par un corpus déontologique propre, dont l'importance pour nos travaux mérite d'être soulignée. Ce corpus repose principalement sur trois textes de référence, dépourvus de valeur juridique contraignante, mais largement partagés par la profession et reconnus comme tels – ils servent notamment de fondement aux avis rendus par le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) [...] »

 

C'est un fait : le CDJM ne manque jamais d'évoquer les principes applicables. Mais c'est après que les choses peuvent déraper...

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