Overblog Tous les blogs Top blogs Technologie & Science Tous les blogs Technologie & Science
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Prix des engrais et du carburant: stratégies au niveau de la ferme et au niveau national

9 Mai 2026 Publié dans #Politique agricole, #Engrais

Prix des engrais et du carburant : stratégies au niveau de la ferme et au niveau national

 

Bernard Ader et Olivier Mevel sur LinkedIn

 

 

 

 

M. Bernard Ader et M. Olivier Mevel ont produit des billets complémentaires présentant un problème dont les pouvoirs politiques ne semblent pas avoir saisi la gravité (ne parlons pas des médias obsédés par le prix des carburants à la pompe).

 

 

Pourquoi je ne sèmerai pas à l'automne

 

Bernard Ader*

 

 

Depuis 48h et la sortie de la note d'Agriculture Stratégies, l’agriculteur de service que je suis est assailli par les journalistes pour me demander :

 

🎤 Vraiment ? Vous ne sèmerez pas de blé ?

(Sous entendu, vous n’y pensez pas ?)

 

Si, si, j’y pense ! Et voici pourquoi :

 

J ai connu l’effet ciseau de 2008 et j’y ai laissé tout ce que j’ai voulu, jurant qu'on ne m’y reprendrait plus.

Cinq ans pour refaire ma tréso...

Gasp !

 

Cette année, le dilemme est le même mais l’ampleur est disproportionnée.

 

Un camion d’engrais coûte 20 K€.

Il m’en faut 4…

Pas certain d’être assez maso pour investir toute ma tréso dans des petites billes chèrement importées.

 

🎤 Ne pouvez vous pas en mettre moins ?

Ça fait belle lurette qu on en met moins et mieux :

👉Localisation intégrale de l'engrais de fond (quantité utilisée divisée par trois).

👉Cartes de précision pour moduler les apports.

 

Côté GNR :

👉Semis direct ayant abaissé de 30 % la conso à l’ha.

 

Difficile de faire plus dans ce type de système en gardant un niveau de rendement correct pour la région Sud, soit 65 qx et 14,5 de protéines.

 

🎤 Comment avez vous fait au printemps ?

 

Nous étions déjà couvert en engrais « pas cher »

De plus, nous avons réarbitré quelques surfaces en tournesol pour « économiser » de l’engrais

 

🎤 Pas de soja ?

Non car pas d’irrigation.

 

🎤 Donc, à l’automne, vous ne sèmerez pas ?

S’il n’apparaît pas de fenêtre d’espoir économique (prix du blé qui s’envole ou azote autour de 500 €/t) avant les semis, je n’emblaverai pas.

Le pire serait de semer et de se dire ça va baisser…

Et que ça ne baisse pas.

On serait obligé de nourrir une plante à fonds perdus.

Les tréso ne le permettent plus.

 

🎤 Que ferez vous alors ?

Option 1 :

Les prix s’ajustent un peu d’ici octobre, je sème uniquement mes meilleures parcelles.

Option 2 :

Les prix restent identiques.

Je passe tout en féveroles et j'attends des jours meilleurs. [Ma note : à condition d'avoir des semences.]

👉Charges opé réduites à zéro.

👉Charges de structures contenues par les primes PAC.

👉Merci l’élevage pour assurer les prélèvements privés.

 

🎤 Mais si tout le monde fait ça, c’est une catastrophe pour les filières ?

 

Oui, et c’est bien pour cela que Jérémy Denieulle, PhD le dit tôt, pour anticiper ce qui pourrait être anticipable par les pouvoirs publics en terme de mesures prises.

Dans le contexte, je ne miserais pas sur l'esprit corporatiste qui ferait que les agriculteurs sèment à perte pour sauver la balance commerciale…

 

🎤 Quelles pourraient en être les conséquences ?

 

L’agroalimentaire fonctionne sur le volume disponible.

Des usines qui tourneraient à vide seraient une catastrophe.

 

Il n’est de fatalité que ce que l’on ne sait expliquer.

 

Tout est ici exposé

Le risque cette année est hautement avéré et clairement posé.

 

À nos responsables de prendre leurs responsabilités.

Économisez-vous l’étape du déni ce coup-ci 😉

 

_________________

 

* Président CNRA Agriculture Stratégies

 

Source : https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7458025369468723200/

 

 

° o 0 o °

 

 

Un possible choc de rareté

 

Olivier Mevel*

 

 

🔥Quand j’ai commencé à évoquer un possible choc de rareté sur les productions agricoles françaises, beaucoup considéraient ce scénario comme excessif.

 

Pourtant, les signaux convergent désormais rapidement. Et le témoignage de Bernard Ader est particulièrement éclairant, car il montre que le sujet n’est plus idéologique mais strictement économique.

 

Le problème est simple : le blé, le maïs et l’orge sont des cultures extrêmement dépendantes :

- du gaz via les engrais azotés ;

- du carburant pour les travaux agricoles ;

- et donc indirectement de la géopolitique énergétique mondiale.

 

Quand le détroit d’Ormuz se tend et que l’énergie flambe, ce n’est pas seulement le pétrole qui monte, c’est le coût complet de production des céréales qui explose.

Or, dans le même temps :

- les cours des céréales restent relativement bas ;

- les trésoreries ont déjà été fortement sollicitées depuis 2022 ;

- et les agriculteurs ne veulent plus reproduire les erreurs de 2008 : produire massivement… pour détruire leur trésorerie.

 

Le raisonnement économique devient alors parfaitement rationnel :

➡️ réduire les emblavements ;

➡️ arbitrer vers des cultures moins exigeantes en azote ;

➡️ ou ne pas semer du tout.

 

Et c’est précisément là que le sujet devient macroéconomique car l’agroalimentaire fonctionne sur des volumes et dans une logique de cluster agri-agroalimentaire. Moins de blé, moins de maïs, moins d’orge demain signifie :

- moins de matières premières pour les filières ;

- moins d’activité industrielle ;

- plus d’importations ;

- et surtout une tension progressive sur les prix alimentaires.

 

Autrement dit, nous sommes peut-être en train de basculer :

➡️ d’une inflation par les coûts...

➡️ vers une inflation par raréfaction de l’offre.

Et cette inflation-là est beaucoup plus difficile à maîtriser. Le sujet n’est donc plus : « les agriculteurs vont-ils vraiment moins semer ? »

 

Le sujet devient :

➡️ combien d’hectares disparaîtront avant que le système ne réagisse ?

➡️ et avec quelles conséquences sur notre souveraineté alimentaire ?

Le scénario qui paraissait théorique il y a encore quelques semaines commence désormais à prendre corps hélas…

 

________________

 

* L’économiste des chaînes de valeur alimentaires • Maître de Conférences HDR (Marketing, Commerce & Distribution) • Conférencier • Expert en études de marché et analyse des propositions de valeur alimentaire.

 

Source : https://www.linkedin.com/posts/olivier-mevel-090a93b6_quand-jai-commenc%C3%A9-%C3%A0-%C3%A9voquer-un-possible-share-7458126848036728832-yq8v

 

 

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article