Définir la sécurité semencière et alimentaire
David Zaruk*
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Photo : Adobe
Qu'entend-on exactement par « sécurité alimentaire » ? Comment ce concept est-il perçu par les acteurs de la chaîne de valeur alimentaire ? Comment le grand public perçoit-il la sécurité alimentaire ?
Lors d’une récente visite au Musée d’Histoire de Hong Kong, je me suis rendu dans leur « Galerie d’Exposition sur la Sécurité Nationale » et j’ai été frappé par les différences dans la perception de la sécurité dans le monde. L’Occident a tendance à définir la sécurité en termes de prévention des guerres et des crimes. Les Chinois semblent adopter une approche plus holistique : la sécurité, affirment-ils, est tout ce qui protège le public et la société.
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David Zaruk, expert en politique des risques sanitaires environnementaux basé à Bruxelles.
On ne peut s’empêcher de s’interroger sur le contexte, compte tenu de la tristement célèbre loi sur la sécurité nationale imposée à la population de Hong Kong en 2020 à la suite des manifestations pro-démocratiques de 2019.
L’exposition reconnaissait une remise en question au sein de l’establishment politique chinois, conduisant à une nouvelle approche holistique de la sécurité publique. Elle soulignait la nécessité d’une sécurité économique, financière, nationale et, bien sûr, étatique, mais aussi de formes moins prises en compte comme la sécurité culturelle, environnementale et technologique.
En tête de cette liste de priorités en matière de sécurité nationale, selon l’exposition, figure la sécurité alimentaire et semencière. Dans cette section, un hommage était rendu à un chercheur chinois spécialisé dans les semences, l’élevant au rang de héros national ou de bienfaiteur pour avoir mis au point une variété de riz plus résistante.
Accordons-nous une telle vénération aux chercheurs en variétés et semences en Occident ? Seul Norman Borlaug a atteint une telle stature, et ce, seulement après avoir reçu le prix Nobel en 1970.
Le Prix Mondial de l’Alimentation a été créé en 1986 par Norman Borlaug dans le but de rehausser le prestige des chercheurs en semences et en alimentation, mais il reste un événement marginal. Combien de personnes peuvent citer le lauréat du Prix Mondial de l’Alimentation de cette année ? Ces lauréats sont véritablement des personnes exceptionnelles, mais les médias et les institutions culturelles ont ignoré leurs réalisations.
Il devrait exister un prix Nobel de l'alimentation, et son absence montre peut-être que le public et les médias occidentaux tiennent l'alimentation et l'agriculture pour acquises. Lorsque les ventres sont pleins, la nourriture devient simplement une marchandise et l'agriculture un métier qui peut être rationalisé.
L'histoire de la Chine est celle d'une population dont les ventres n'étaient pas pleins, où la croissance démographique menaçait le développement et où les terres agricoles sont rares. Assurer la sécurité alimentaire et semencière est un objectif stratégique en Chine, et le soutien du gouvernement aux technologies agricoles en est le reflet.
Nous avons tendance à ne pas remarquer la nuance entre deux termes utilisés dans le domaine alimentaire : « sûr » et « sécurisé ». Dans les démocraties libérales occidentales, ces mots sont souvent interchangeables : nous nous sentons en sécurité (à l’abri du risque de dommage ou de préjudice) lorsqu’il y a de la sécurité, et la sécurité publique dépend du sentiment de sécurité de la population. Notre système alimentaire est perçu comme sûr et sécurisé lorsqu’il y a une abondance d’aliments sains, exempts de tout risque d'atteinte à la santé.
En termes scientifiques, il existe une différence entre ces termes. « Sûr » est un mot émotionnel qui reflète les vulnérabilités d’un individu, son niveau de tolérance au risque et son histoire. Étant un terme absolu, les scientifiques ne parlent jamais de « sûr », préférant travailler sur un processus continu visant à rendre les technologies et les produits plus sûrs (c’est-à-dire moins dangereux). La « sécurité » ne peut être mesurée, contrairement à la « sûreté », qui désigne la réduction des défaillances ou des conséquences imprévues. La sûreté s’applique aux systèmes et aux processus pour garantir une performance optimale. La sécurité alimentaire se mesure à la capacité de protéger la production agricole de manière à répondre aux demandes et aux besoins de la population, compte tenu des défis auxquels une société est confrontée.
La population, c’est-à-dire les consommateurs alimentaires, ne perçoit pas la sécurité des semences et des aliments de cette manière.
Les populations occidentales pensent que la sécurité alimentaire consiste à les protéger contre les effets inconnus des produits chimiques et des modifications génétiques. Le principe de précaution est devenu l’outil permettant de garantir la sécurité alimentaire et de protéger la population. Elle ne fait pas confiance à la sûreté des avancées de la recherche scientifique et a imposé des restrictions à ses innovations. Aujourd’hui, les chercheurs en semences sont loin d’être célébrés en Occident comme des héros nationaux.
En Occident, malheureusement, les défenseurs de la sécurité des semences sont les avocats et les militants des ONG, deux groupes qui partagent la volonté de bloquer la recherche sur les semences et, en fin de compte, la sécurité alimentaire. Ces avocats et militants se présentent eux-mêmes et leur travail comme héroïques.
Mais ce n’est pas seulement leur travail visant à bloquer les semences génétiquement modifiées et les pesticides qui leur donne des raisons de se réjouir. Aux États-Unis, l’État permet aux avocats de contrôler les brevets afin d’empêcher les sélectionneurs d’introduire des biosimilaires lorsque les semences ne sont plus protégées par un brevet. Dans l’Union Européenne, l’État a mis en place un parcours du combattant pour les brevets sur les semences et impose de lourdes exigences de précaution pour maintenir les technologies agricoles sur le marché.
En Chine, le chercheur en variétés et semences est considéré comme un héros national, qui se bat pour mettre au point des technologies garantissant la sécurité alimentaire et le développement du pays. En Occident, les héros nationaux sont les avocats spécialisés dans les recours en dommages-intérêts et les militants anti-technologies semencières qui luttent pour bloquer ces technologies. En quittant le Musée d’Histoire de Hong Kong, je me suis senti de plus en plus inquiet pour l’avenir de la sécurité alimentaire en Occident.
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* David Zaruk est un professeur basé à Bruxelles qui écrit sur les politiques relatives aux risques pour la santé environnementale au sein de la « bulle » européenne.
Source : Defining Seed and Food Security - Seed World
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