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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

De l'énergie provenant des champs ou produite dans les champs ?

31 Mai 2026 Publié dans #Energie, #Willi l'Agriculteur

De l'énergie provenant des champs ou produite dans les champs ?

 

Willi l'agriculteur*

 

 

 

 

Chaque fois que j'évoque sur les réseaux « sociaux » le fait que nous, agriculteurs, pouvons tirer de l'énergie de nos champs, certaines personnes font valoir qu'avec le photovoltaïque, on peut « récolter » cent fois plus d'énergie qu'avec la culture du maïs, du colza ou de la betterave sucrière. J'ai réfléchi à cette question.

 

L'argument « Je récolte plus avec le photovoltaïque (PV) qu'avec un champ de maïs » est un exemple classique de comparaison entre des pommes et des poires. D'un point de vue purement physique, il est vrai que le rendement énergétique par unité de surface des cellules photovoltaïques est bien supérieur à la teneur énergétique de la biomasse qui pousse sur la même surface. L'affirmation selon laquelle le PV serait donc supérieur est « intrinsèquement fausse », car elle ignore les fonctions différentes de l'agriculture et du secteur énergétique.

 

Pourquoi la comparaison est boiteuse :

 

 

Différentes formes d'énergie

 

Le photovoltaïque fournit de l'électricité (travail physique de haute qualité), tandis que le maïs fournit de l'énergie chimiquement liée.

 

Le maïs est stockable : l’énergie contenue dans le maïs peut être conservée pendant des mois sous forme d’ensilage et transformée en électricité ou utilisée pour l’alimentation animale exactement au moment où elle est nécessaire.

 

Le photovoltaïque est éphémère : sans batteries extrêmement coûteuses ou infrastructure hydrogène, l’électricité solaire disparaît dès que le soleil se couche. Un hectare de maïs offre donc une « sécurité d'approvisionnement » que l'électricité solaire seule ne peut pas assurer

 

 

Sécurité d'approvisionnement

 

On ne peut pas manger de l'électricité. Un hectare de maïs ne sert pas seulement à la production d'énergie (biogaz), mais fait partie de la chaîne alimentaire : il fournit des aliments pour l'élevage. Il fournit des matières premières pour l'industrie (amidon, bioplastiques) et pour le biogaz.

 

Si nous évaluions chaque surface uniquement en fonction de son rendement en kilowattheures, nous devrions logiquement cesser complètement la culture de légumes ou de céréales, car ceux-ci sont encore plus « inefficaces » sur le plan énergétique que le maïs. Cela mettrait toutefois en péril la sécurité alimentaire mondiale.

 

 

Performance du système écologique et cycle

 

Un champ de maïs est un système biologique : pendant sa croissance, le maïs fixe activement le dioxyde de carbone et libère de l’oxygène. Une installation solaire produit certes de l’électricité sans CO₂, mais ne participe pas activement aux échanges gazeux biologiques.

 

Les résidus de récolte restent souvent dans le champ et contribuent à la vie du sol. Sous les modules photovoltaïques, le microclimat subit des changements considérables (manque de lumière, modification de la répartition de l’eau), ce qui affecte la fertilité des sols à long terme.

 

 

Niveau de transformation et valeur ajoutée

 

L’argument de la « récolte plus importante » ne prend en compte que le rendement final. Il ignore la chaîne de valeur. Pour produire de l'énergie à partir du maïs, il faut des agriculteurs, des entrepreneurs agricoles, des exploitants d'installations de biogaz et du personnel de maintenance. Cela crée des emplois régionaux et de la valeur ajoutée dans les zones rurales.

 

Une installation photovoltaïque en plein air est largement automatisée après son installation et ne nécessite pratiquement aucune main-d'œuvre sur place. « Récolter plus » ne signifie donc pas nécessairement « plus d'avantages pour la région ».

 

 

Conclusion : la solution réside dans le « et », pas dans le « ou »

 

Ce raisonnement est erroné, car il privilégie une efficacité unidimensionnelle (kWh/ha) au détriment d’une utilisation multidimensionnelle (alimentation, fourrage, énergie, écologie des sols).

 

L’agrophotovoltaïsme est une approche moderne qui résout ce conflit. Dans ce système, les panneaux solaires sont installés à une hauteur suffisante pour permettre de continuer à semer et à récolter en dessous. Ainsi, il n’est plus nécessaire de choisir quel argument est le plus « erroné » : on utilise simplement la surface à double usage.

 

Et que pensez-vous de l’agri-PV ? Est-ce une solution viable ?

 

________________

 

 

* Source : Energie vom Acker oder auf dem Acker? - Bauer Willi

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