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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Bientôt plus de pommes de terre allemandes ? Un expert évalue l'avenir des agriculteurs

12 Mai 2026 Publié dans #Agronomie, #Economie, #Pesticides

Bientôt plus de pommes de terre allemandes ? Un expert évalue l'avenir des agriculteurs

 

Anne Klös, Agrarheute*

 

© Landpixel

La diminution du nombre des autorisations de produits phytosanitaires complique la culture de la pomme de terre.

 

 

La culture de la pomme de terre est en difficulté. Elle souffre surtout des cicadelles et du mildiou. Un expert explique où se situent les problèmes et ce qu'il faut faire pour que la production puisse se poursuivre en Allemagne.

 

 

La hausse des coûts, l'apparition de nouveaux ravageurs et la perte de produits phytosanitaires importants mettent de plus en plus sous pression la culture de la pomme de terre en Allemagne. La culture locale de la pomme de terre est-elle menacée à long terme ou le secteur peut-il s'imposer ? M. Olaf Feuerborn, président de l'Union de l'Économie Allemande de la Pomme de Terre (UNIKA), analyse les défis actuels et explique quelles orientations doivent être prises dès maintenant pour que la culture ait encore un avenir.

 

 

Les agriculteurs produisant des pommes de terre ont besoin d’aide

 

La culture de la pomme de terre sera-t-elle encore possible en Allemagne dans dix ans ou ne consommerons-nous plus que des produits importés ?

 

Non, elle sera certainement encore possible. Je pense que nous sommes à la hauteur des défis. Pour cela, nous avons besoin de quelques aides que nous devons mettre en place. Nous devons bien sûr veiller à maîtriser les coûts et à ce que la culture ne devienne pas trop coûteuse pour les agriculteurs. Ils doivent également pouvoir évaluer les risques liés à la culture pour pouvoir en tirer un revenu. Telles sont les conditions préalables.

 

Vous parlez d’aides pour la culture de la pomme de terre. De quoi s’agit-il ?

 

Nous avons besoin de substances actives phytosanitaires. Nous avons un problème de cicadelles en Allemagne. Les cicadelles transmettent des agents pathogènes bactériens. Pour résoudre ce problème, il nous manque des substances actives insecticides contre les cicadelles. Par le passé, de nombreuses substances actives ont été perdues, alors que nous en aurions aujourd’hui un besoin urgent. Cela ne concerne toutefois pas seulement les insectes, mais aussi des maladies comme le mildiou.

 

 

Les producteurs de pommes de terre souffrent particulièrement de ces menaces

 

Quels sont, selon vous, les agents pathogènes qui constituent actuellement la plus grande menace pour la culture ?

 

Pour l'instant, la cicadelle est le plus gros problème. Les agents pathogènes transmis lors de la succion peuvent entraîner le flétrissement bactérien des tubercules de pomme de terre. Ces dernières années, nous avons pu constater de manière impressionnante les pertes de rendement et de qualité causées par ces maladies.

 

Quand et comment les effets des maladies sont-ils visibles ?

 

Visuellement, ces maladies sont à peine perceptibles sur la pomme de terre. Seul un œil averti peut identifier les pommes de terre infectées. C'est ce qui rend si difficile la commercialisation d'un lot. Souvent, l'infestation n'est détectée qu'au moment de la transformation. Même une infestation de 10 % peut entraîner la perte totale du lot. Le problème est qu’il est impossible de séparer les tubercules sains des tubercules malades au cours du processus de transformation. L’infestation n’est souvent détectée que lorsque le lot arrive dans l’usine de frites ou de chips, ou dans la casserole.

 

De quelles solutions les agriculteurs disposent-ils actuellement ?

 

À l'heure actuelle, aucun produit phytosanitaire n'est officiellement homologué dans la culture de la pomme de terre pour lutter contre les cicadelles Pentastiridius leporinus. Il s'agit pourtant d'une mesure urgente et nécessaire pour préserver la culture de la pomme de terre. C'est pourquoi nous recourons actuellement à des « autorisations d'urgence », qui permettent aux agriculteurs, pendant une période limitée, d'utiliser les moyens appropriés pour endiguer les cicadelles. Des autorisations régulières sont absolument indispensables. Il existe par ailleurs des approches visant à limiter l'infestation par les cicadelles grâce à la rotation des cultures ou au recours à certaines cultures intermédiaires, mais comme je l'ai dit, nous n'en sommes qu'au début et malheureusement, la cicadelle se propage très rapidement.

 

La surveillance des cicadelles permet-elle d'évaluer correctement l'intensité de l'infestation ?

 

Ces dernières années, nous avons mené des programmes de surveillance à l'échelle nationale, dans le cadre desquels nous contrôlons régulièrement la présence de cicadelles dans les champs. Nous avons constaté que, même si nous avons capturé peu de cicadelles dans les champs, l'infestation était néanmoins importante, ce qui explique en partie pourquoi la cicadelle représente un danger si grand.

 

Les filets de protection pour les champs constituent-ils une option pour l'agriculture biologique ?

 

Les nymphes se nourrissent pendant plusieurs mois des parties souterraines des plantes, ce qui leur permet d'absorber et de transmettre à nouveau des agents pathogènes. À cela s'ajoute le fait qu'il s'agit d'une mesure très coûteuse. Après la récolte des pommes de terre, les nymphes restent dans le sol et ne se transforment en adultes qu'au printemps suivant. Les nymphes restent mobiles pendant l'hiver et migrent vers des couches plus profondes du sol. Il faut en tenir compte si l'on envisage de recouvrir les champs de filets.

 

 

De moins en moins de fongicides pour les pommes de terre allemandes : un expert évalue la situation

 

Ces dernières années, certaines substances actives fongicides ont également été retirées du marché. Comment évaluez-vous ce problème ?

 

Le mildiou reste un problème, même s’il n’a pas été particulièrement grave en 2025. En 2024, la pression était forte en raison des précipitations pendant la période de végétation. Dans le sud-ouest et l'ouest de l'Allemagne notamment, nous avons eu d'énormes difficultés à maîtriser le mildiou avec les fongicides encore disponibles. C'est également un problème pour l'avenir. Plus on nous retire de substances actives, plus le problème s'aggrave, car le mildiou développe des résistances. Il est donc important pour la culture que de nouvelles substances actives, voire de nouveaux groupes de substances actives, viennent s'ajouter.

 

Quelle est l'importance de la suppression du mancozèbe ?

 

Le mancozèbe avait une fonction protectrice contre le mildiou lorsqu'il était utilisé régulièrement. La lutte contre la maladie sans cette substance active va devenir très délicate à l'avenir, lorsque nous aurons des années à mildiou.

 

Quel rôle joue la sélection variétale face à la cicadelle dans la culture de la pomme de terre ?

 

Nous n'en sommes qu'au tout début, car nous devons d'abord déterminer, parmi les variétés existantes, quelles plantes sont relativement résistantes. Au cours des quatre dernières années, nous avons déjà trouvé des variétés plus tolérantes, mais nous avons ensuite connu des revers, car les rendements, stables pendant deux ans, ont ensuite chuté. Lorsque nous intégrons ces variétés dans le programme de sélection, il faut encore compter 10 à 15, voire 20 ans avant d’aboutir à un résultat positif. Si nous disposions de nouvelles techniques de sélection, nous pourrions réagir plus rapidement.

 

Peut-on éviter le mildiou grâce à des mesures préventives et à la protection intégrée des cultures ?

 

Non, mais nous faisons tout notre possible pour maîtriser l’infestation en nous appuyant sur notre expérience en matière de rotation des cultures, de méthodes de culture et de variétés. Les variétés issues de l’agriculture biologique, qui sont plus résistantes, peuvent notamment nous aider dans ce domaine. Nous avons toutefois également besoin de produits phytosanitaires pour pouvoir intervenir en cas d’urgence.

 

Dans quels domaines la sélection variétale joue-t-elle déjà un rôle plus important ?

 

En ce qui concerne les infestations de pucerons et les infections virales qui y sont associées, nous sommes déjà en mesure de catégoriser précisément le virus. La sélection pour la résistance est déjà bien plus avancée dans ce domaine. Dans le domaine du mildiou également, nous disposons de variétés moins sensibles. Sans substances actives phytosanitaires, cela soulève vraiment la question suivante chez les agriculteurs de certaines régions, comme le sud-ouest de l'Allemagne : « Est-ce que je prends le risque ou non ? »

 

 

Les nouvelles méthodes de sélection sauveront-elles la culture de la pomme de terre en Allemagne ?

 

Que pensez-vous des nouvelles méthodes de sélection ?

 

Ce serait d’une grande aide. Face aux crises mondiales, au changement climatique et aux incertitudes géopolitiques, nous sommes confrontés à la tâche d’assurer la sécurité alimentaire et la compétitivité. Nous devons toutefois tenir compte des conséquences : en Europe, nous disposons d’un paysage diversifié de sélectionneurs de taille moyenne et d’un large éventail de variétés. Dans le cadre de la nouvelle réglementation, il est impératif de veiller à ce que tout soit mis en œuvre pour préserver cette diversité et éviter toute dépendance.

 

Quels seraient les avantages des nouvelles techniques de sélection telles que les ciseaux génétiques CRISPR/CAS ?

 

Grâce aux ciseaux génétiques, nous sommes nettement plus rapides en matière d'amélioration des plantes. Cela permettrait également à notre paysage de sélectionneurs, composé de petites et moyennes entreprises, de continuer à participer à la sélection. La préservation de ce paysage de sélectionneurs à taille humaine est extrêmement importante.

 

Que doivent apporter la sélection et l'industrie au cours des dix prochaines années pour que vous puissiez affirmer que la culture de la pomme de terre en Allemagne est assurée ?

 

En matière de sélection, nous visons des variétés résistantes. Nous avons un besoin urgent de nouvelles techniques de sélection pour aller plus vite. Quant à l'industrie, je le dis très clairement : nous avons besoin de substances actives phytosanitaires. Des insecticides, mais aussi des fongicides à action systémique, afin de pouvoir intervenir à un stade précoce si nécessaire et d'assurer la sécurité de la production. On ne peut pas s'en passer.

 

Que conseilleriez-vous aux jeunes agriculteurs qui souhaitent se lancer dans la culture de la pomme de terre ?

 

Un jeune agriculteur doit toujours prendre des risques. S’il le fait en toute connaissance de cause, s’il respecte les techniques de culture et s’il sollicite des conseils, c’est toujours une opportunité. Il devrait également s’efforcer de toujours respecter une bonne rotation des cultures. Si la culture de la pomme de terre s’intègre bien dans l’exploitation, c’est aussi un moyen de gagner de l’argent.

 

Quelles décisions politiques de ces dernières années ont le plus compliqué la culture de la pomme de terre ?

 

Ce sont les substances actives phytosanitaires qui ont été retirées. D'une part, la perte des néonicotinoïdes et des fongicides destinés à lutter contre le mildiou, comme le mancozèbe. Si nous disposions encore des substances actives néonicotinoïdes, je suis convaincu que nous n’aurions pas connu ces graves problèmes avec les cicadelles dans la mesure où nous les connaissons actuellement.

 

Si vous étiez ministre fédéral de l'Agriculture le temps d'une journée, quelles seraient vos trois mesures d'urgence en faveur de la culture de la pomme de terre ?

 

Je veillerais immédiatement à ce que nous obtenions, dans les plus brefs délais, l'autorisation pour les produits phytosanitaires dont l'homologation est en cours. Ensuite, dans le cadre de la politique agricole commune – là où cela s'avère pertinent –, je créerais la possibilité de recourir à la jachère pour lutter contre la cicadelle. La troisième mesure serait une campagne publicitaire en faveur de la pomme de terre, afin d'inciter les consommateurs à choisir des pommes de terre allemandes.

 

________________

 

Anne Klös est rédactrice cross-média spécialisée dans les cultures arables.

 

Source : Bald keine deutschen Kartoffeln mehr? Experte schätzt Zukunft für Landwirte ein | agrarheute.com

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