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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pénurie d'engrais : alarmisme ou menace réelle ?

8 Avril 2026 Publié dans #Engrais, #Economie, #Politique

Pénurie d'engrais : alarmisme ou menace réelle ?

 

Willi l'agriculteur*

 

 

 

 

Ces derniers jours, plusieurs amis et connaissances m'ont interrogé sur cette éventuelle pénurie d'engrais qui se profilerait et m'ont demandé si cela représentait un réel danger pour nous.

 

Pour le dire d'emblée : à mon avis, il n'est actuellement pas possible de se prononcer de manière sérieuse à ce sujet. Ce qu'il est toutefois possible de faire, c'est d'envisager des scénarios qui pourraient se produire.

 

Quels sont les faits actuels ?

 

  • Le détroit d'Ormuz est fermé à la quasi-totalité des navires. L'exportation d'engrais (et d'autres produits) vers le marché mondial est donc interrompue. Il n'est pas possible de vérifier de manière fiable dans quelle mesure les navires à destination de la Chine sont autorisés à passer.

     

  • Selon une étude de la Deutsche Welle, environ 1,33 million de tonnes d'engrais sont transportées chaque mois par cette voie. Les pays d'origine sont indiqués dans cet article.

 

  • L'Inde est particulièrement menacée, car elle importe jusqu'à deux tiers de ses engrais azotés et une grande partie de ses engrais à base d'urée des pays du Golfe. La période des semailles pendant la mousson approche à grands pas ; une pénurie d'engrais entraînerait une forte hausse des coûts de production du riz, du blé et d'autres denrées alimentaires de base, dont dépendent 1,45 milliard de personnes dans ce pays.

 

  • Le Brésil est l'un des plus grands exportateurs agricoles au monde. Environ 40 % de ses besoins en engrais azotés sont couverts par des importations d'urée en provenance de la région du Golfe. Si des pénuries à long terme devaient survenir, cela mettrait en péril les récoltes de soja et de maïs à un moment où les stocks sont déjà limités.

 

  • Pour l'Europe, cette pénurie ne devrait pas encore avoir d'impact pour l'instant, car la fertilisation de printemps a déjà été partiellement effectuée ou les engrais nécessaires sont déjà en stock. En raison de la hausse des prix, on veillera toutefois encore plus qu'auparavant à fertiliser le moins possible tout en obtenant un rendement à peu près normal. La production de blé panifiable n'est pas judicieuse (selon les recommandations officielles !) compte tenu des prix actuels des engrais.

 

Que pourrait-il se passer : le détroit d'Ormuz reste bloqué pendant encore 30 jours. Il faudra probablement encore 20 à 30 jours pour que les navires chargés qui se trouvent sur place atteignent leur destination. Il y aura donc dans tous les cas une pénurie physique qui fera fortement grimper les prix. Comme des sites de production d’engrais auraient également été détruits (je ne dispose toutefois d’aucune source fiable à ce sujet), il y aura des pénuries mondiales pendant une longue période, même après la réouverture du détroit d’Ormuz. Les engrais seront déchargés là où le prix le plus élevé est payé et où le transport vers le client final (le diesel a lui aussi renchéri) reste rentable. Des interventions étatiques pourraient faire en sorte que le fonctionnement normal du marché soit suspendu et que les gouvernements constituent des réserves nationales.

 

Comme je l’ai dit, il s’agit d’un (!) scénario possible, c’est-à-dire d’une hypothèse.

 

On m’a également demandé si les denrées alimentaires allaient devenir plus chères. La réponse à cette question est clairement « oui ». Cela ne se produira pas non plus à court terme. Il est toutefois logique que les producteurs doivent exiger des prix plus élevés pour leurs produits lorsque leurs coûts augmentent. Cela vaut bien sûr aussi pour l’agriculture. Selon mes prévisions, la hausse des prix à la production ne sera toutefois réaliste que lorsque la pénurie alimentaire aura également atteint le marché mondial.

 

Ce qu’il ne faut pas exclure : que le commerce alimentaire de détail, anticipant la hausse des coûts, augmente dès maintenant les prix à la consommation et donc sa marge. Nous constatons d’ailleurs cette forme de parasitisme notamment dans les stations-service.

 

_______________

 

 

* Source : Düngermangel: Panikmache oder reale Bedrohung? - Bauer Willi

 

 

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