Nous devons mettre fin à la guerre non tarifaire contre l'agriculture et l'innovation
Gerrid Gust, Réseau Mondial d'Agriculteurs*
Le Canada est engagé dans une guerre commerciale sur deux fronts.
La première guerre commerciale retient toute l'attention : la détermination sans faille du président Donald Trump à imposer des droits de douane sur les produits destinés aux États-Unis, notre plus grand partenaire commercial. Et ce, malgré une décision judiciaire majeure rendue le mois dernier qui semble limiter son pouvoir exécutif.
La deuxième guerre commerciale est peut-être plus importante et plus durable pour moi en tant qu'agriculteur : la lutte de l'Union Européenne contre l'innovation, la suppression d'outils et la création d'un mauvais précédent.
En tant que producteur de lentilles rouges, de pois jaunes, de blé et de canola ici au Canada, je m'inquiète des deux conflits. Cependant, le second me préoccupe davantage, car il pourrait déformer l'avenir du commerce et de la technologie bien au-delà de la fin de la présidence de Trump.
Le Canada dépend des exportations agricoles. Elles représentent 67 milliards de dollars par an. Notre capacité à vendre nos récoltes et nos produits alimentaires à l'étranger est essentielle à l'ensemble de notre économie.
La planète dépend également de nous. Le Canada est le premier exportateur de canola (environ 60 % du commerce mondial), de lentilles (40 à 50 %), de pois secs (35 %) et d'autres produits, notamment l'avoine, le lin et la moutarde. Nous sommes également l'un des principaux fournisseurs de blé et de soja. Ces aliments et ingrédients sont essentiels à la sécurité alimentaire mondiale. Pour citer Norman Borlaug : « Si vous désirez la paix, cultivez la justice, mais cultivez en même temps les champs pour produire plus de pain, sinon il n'y aura pas de paix. »
Pourtant, nous sommes freinés par les réglementations de l'UE qui traitent la science avec scepticisme. Un nouveau rapport du Conseil des Céréales du Canada le dit clairement : « Une grande partie du commerce agroalimentaire reste précaire en raison de l'application imprévisible de barrières non tarifaires. »
Ces barrières non tarifaires sont des obstacles bureaucratiques à la libre circulation des biens et des services à travers les frontières. Leurs défenseurs affirment qu'elles sont nécessaires pour la sécurité et l'environnement, mais dans la plupart des cas, ces réglementations ne sont guère plus que des outils de protectionnisme à l'ancienne, un moyen de limiter l'accès au marché, mais en dehors des restrictions douanières traditionnelles et souvent en opposition directe avec les données scientifiques solides.
Leur effet le plus néfaste est de limiter l'innovation, ce qui rend plus difficile pour les agriculteurs du Canada et d'ailleurs de produire des aliments de manière durable.
Les agriculteurs dépendent de l'innovation. Nous avons besoin de cultures de pointe afin de pouvoir produire plus de nourriture sur moins de terres à une époque où le climat est soumis à des contraintes. Les nouvelles techniques d'amélioration des plantes nous permettent déjà de relever les défis de notre époque. Elles augmentent nos rendements, nous aident à lutter contre les mauvaises herbes, les maladies et les insectes, tout en améliorant notre résilience face aux sécheresses, aux gelées et autres phénomènes. Elles sont un cadeau qui profite autant aux agriculteurs qu'aux consommateurs.
Elles reposent également sur une approche sensée de l'évaluation des risques. En tant qu'agriculteur, je ne peux utiliser aucun produit sans qu'il ait fait l'objet d'un examen scientifique et d'une autorisation réglementaire.
Tout ce que je produis est sans danger. Si ce n'était pas le cas, je refuserais de le produire. Ma famille vit sur ces terres depuis cinq générations. Nous en sommes les gardiens. Nous mangeons les aliments que nous produisons et que nos voisins produisent. Je ne mettrais jamais notre santé en danger.
De nombreuses barrières non tarifaires concernent la protection des cultures. Pourtant, l'interdiction de ces outils n'a aucun sens d'un point de vue scientifique. Ceux que nous utilisons sont rigoureusement contrôlés. L'alternative consiste à labourer davantage, ce qui déchirerait le sol, favoriserait l'érosion comme dans les années 30 et nous obligerait à consommer plus de carburant dans nos tracteurs.
Pire encore, un travail du sol plus intensif entraînerait une perte d'humidité. Les précipitations sont déjà la ressource qui limite le plus nos rendements dans les plaines arides du Canada. Les produits phytosanitaires nous aident à la conserver, à tel point que nous devrions peut-être les rebaptiser « produits de conservation de l'eau ».
Mais le problème des barrières non tarifaires est plus grave encore. Lorsque l'UE et d'autres marchés clés imposent des réglementations qui ignorent la science, elles sèment la confusion chez les agriculteurs qui doivent prendre des décisions sur le choix des cultures, ainsi que chez les chercheurs qui cherchent à améliorer la production alimentaire grâce au développement de variétés issues de l'édition génétique et d'autres techniques de sélection du XXIe siècle.
Les barrières non tarifaires nuisent à la production alimentaire et à l'environnement aujourd'hui et rejettent les avancées de demain.
Le Conseil des Grains du Canada [Commission Canadienne des Grains] recommande la diplomatie, notamment la création d'une « coalition de pays partageant les mêmes idées afin de préserver la réglementation fondée sur la science et les risques ».
C'est un bon début. Mettons fin à ce conflit commercial avant qu'il ne se transforme en une guerre sans fin contre l'innovation.
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* Gerrid Gust
Gerrid Gust et sa famille produisent du canola, des lentilles, du lin et des céréales, notamment du blé dur et du blé tendre blanc, dans les Prairies canadiennes.
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