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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le maïs en Afrique du Sud : un entretien avec M. Motlatsi Musi

26 Avril 2026 Publié dans #Afrique, #OGM

Le maïs en Afrique du Sud : un entretien avec M. Motlatsi Musi

 

Ruramiso Mashumba, Réseau Mondial d'Agriculteurs*

 

 

 

 

L'Afrique du Sud s'est imposée comme le leader continental de la production de maïs, nourrissant non seulement sa propre population, mais servant également de source alimentaire vitale pour toute l'Afrique. Cette remarquable réussite est le fruit d'une combinaison de pratiques agricoles avancées, de l'adoption de technologies et du dévouement des agriculteurs qui se sont adaptés aux opportunités et aux défis au fil des décennies. Aujourd'hui, nous nous entretenons avec M. Motlatsi Musi, un agriculteur commercial expérimenté qui partage ses connaissances acquises au cours de plus de 50 ans dans le secteur agricole.

 

 

Pratiques de culture du maïs en Afrique du Sud

 

Les producteurs de maïs sud-africains ont accès à diverses options de cultivars adaptées à différents besoins et conditions agricoles. Selon M. Musi :

 

« Nous disposons de multiples cultivars, allant des variétés conventionnelles aux OGM résistants à des parasites et aux options tolérantes à un herbicide. Notre période de semis standard s'étend d'octobre au 15-20 décembre, ce qui représente les dates limites optimales pour le semis conventionnel. Cependant, nous disposons également de ce que nous appelons des cultivars "turbo" qui peuvent être semés après la date limite, même en janvier, offrant ainsi une certaine flexibilité aux agriculteurs qui sont confrontés à des retards ou qui souhaitent échelonner leurs semis. »

 

Cette diversité d'options reflète le secteur sophistiqué de la création variétale en Afrique du Sud et la réactivité de l'industrie agricole aux besoins des agriculteurs. La possibilité de prolonger la période de semis grâce à des cultivars spécialisés aide les agriculteurs à gérer les risques et à optimiser leurs calendriers de production.

 

M Musi joue un rôle crucial dans le soutien à la communauté agricole au sens large grâce à ses conseils techniques et au partage de ses connaissances. Son travail met en évidence la nature collaborative de l'agriculture sud-africaine, où les agriculteurs expérimentés aident les autres à prendre des décisions complexes et à relever des défis.

 

M. Musi souligne cette approche collaborative.

 

Cette déclaration souligne une réalité cruciale : si les méthodes agricoles peuvent varier en fonction des traditions, des ressources ou des préférences, le changement climatique affecte tous les agriculteurs de la même manière et nécessite une adaptation collective et un soutien mutuel.

 

 

Évolution de l'agriculture

 

La carrière de M. Musi couvre une période de transformation spectaculaire de l'agriculture sud-africaine. Ayant commencé l'agriculture commerciale en 1968, il a été témoin de l'évolution des pratiques agricoles, passant de l'agriculture « biologique » [sans intrants de synthèse] à l'agriculture conventionnelle, et puis finalement à l'adoption de cultures génétiquement modifiées.

 

M. Musi se souvient :

 

« Je me consacre à l'agriculture commerciale depuis 1968. Au cours de ces décennies, j'ai vu l'Afrique du Sud passer de l'agriculture "biologique" aux méthodes conventionnelles, puis à la technologie des OGM. Chaque changement a apporté de nouvelles opportunités et de nouveaux défis. »

 

Cette perspective historique est inestimable, car elle montre comment l'agriculture sud-africaine s'est continuellement adaptée pour intégrer de nouvelles technologies et méthodologies tout en s'appuyant sur les connaissances agricoles traditionnelles. La volonté d'adopter l'innovation a été essentielle à la productivité et à la résilience durables du secteur.

 

Le défi posé par la chenille légionnaire d'automne et la réponse de la biotechnologie

 

L'un des défis les plus importants auxquels M. Musi a été confronté au cours de sa longue carrière est apparu relativement récemment, avec l'invasion de la chenille légionnaire d'automne (Spodoptera frugiperda), un ravageur dévastateur qui a causé d'importants dégâts aux cultures dans toute l'Afrique.

 

 

Expérience personnelle avec la technologie Bt

 

M. Musi explique :

 

« Ma première rencontre avec la chenille légionnaire a eu lieu pendant la saison des semailles 2015-2016. Heureusement, à cette époque, nous avions accès à des variétés génétiquement modifiées pour résister à des ravageurs grâce à la technologie Bt. Cette technologie a parfaitement fonctionné, sans causer aucun dommage à mon maïs. Je suis basé à Johannesburg Sud, dans la province de Gauteng, et le maïs Bt s'est avéré être une mesure de protection cruciale »,

 

La technologie BT (Bacillus thuringiensis) intègre des gènes qui permettent aux plantes de produire des protéines toxiques pour certains insectes, mais inoffensives pour les humains et les autres organismes. Cette technologie s'est avérée particulièrement efficace contre les ravageurs lépidoptères tels que la chenille légionnaire d'automne.

 

 

Impact régional et réponse du gouvernement

 

L'impact de la chenille légionnaire s'est étendu au-delà des exploitations agricoles individuelles pour toucher des provinces entières.

 

M. Musi relève :

 

« La chenille légionnaire d'automne a causé de graves destructions aux cultures de maïs dans la province du Limpopo pendant la saison 2017-2018. Les dégâts ont été si importants qu'ils ont incité le gouvernement à intervenir. Par la suite, le ministère de l'Agriculture a introduit des semences résistantes à des ravageurs et abordables, destinées spécifiquement aux agriculteurs de subsistance. Ces semences sont désormais disponibles en petits paquets dans les coopératives agricoles, ce qui rend cette technologie accessible aux agriculteurs disposant de ressources limitées. »

 

Cette réponse gouvernementale illustre un aspect crucial du développement agricole : veiller à ce que les solutions technologiques soient accessibles à tous les agriculteurs, et pas seulement aux grandes exploitations commerciales. En mettant à disposition des semences résistantes à des parasites en quantités plus petites et à des prix abordables par l'intermédiaire de réseaux coopératifs, le ministère de l'Agriculture a contribué à protéger la sécurité alimentaire tant au niveau de l'agriculture commerciale que de l'agriculture de subsistance.

 

 

Conclusion

 

L'expérience de M. Motlatsi Musi résume bien l'histoire de l'agriculture sud-africaine moderne : un secteur qui a réussi à trouver un équilibre entre les connaissances traditionnelles et l'innovation technologique, à maintenir sa productivité malgré les défis émergents tels que le changement climatique et les nouveaux ravageurs, et à favoriser une approche collaborative de l'agriculture qui profite aux exploitations de toutes tailles.

 

Le succès de la production sud-africaine de maïs dans l'alimentation du continent repose sur plusieurs piliers : l'accès à des technologies semencières diversifiées et avancées, des stratégies de plantation flexibles qui s'adaptent à des conditions variées, des réseaux de partage des connaissances entre agriculteurs, un soutien gouvernemental réactif et, surtout, le dévouement et la capacité d'adaptation d'agriculteurs comme M. Musi, qui combinent des décennies d'expérience et une ouverture à l'innovation.

 

Alors que le changement climatique continue de poser de nouveaux défis et que les technologies agricoles continuent d'évoluer, les enseignements tirés de l'expérience de M. Musi deviennent de plus en plus pertinents : pour réussir dans l'agriculture, il faut à la fois une expertise individuelle et une collaboration communautaire, à la fois le respect des méthodes traditionnelles et la volonté d'adopter des innovations éprouvées, à la fois des connaissances locales et une conscience mondiale.

 

La position de l'Afrique du Sud en tant que fournisseur de maïs pour le continent africain n'est pas seulement le résultat de conditions ou de ressources favorables, mais aussi le fruit de décennies de développement agricole, du dévouement des agriculteurs, de l'adoption de technologies et de politiques de soutien qui, ensemble, ont créé un secteur agricole résilient et productif, capable de répondre aux besoins du continent en matière de sécurité alimentaire.

 

 

À propos du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network) – Afrique

 

Le Réseau Mondial d'Agriculteurs met en relation des agriculteurs du monde entier afin qu'ils partagent leurs connaissances, leurs expériences et leurs idées sur l'agriculture durable, l'innovation technologique et la sécurité alimentaire. Grâce à des conversations comme celle-ci avec M. Motlatsi Musi, le réseau amplifie la voix des agriculteurs et contribue au dialogue mondial sur le développement agricole et la production alimentaire.

 

Mme Ruramiso Mashumba occupe le poste de responsable régionale pour l'Afrique au sein du GFN.

 

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Ruramiso Mashumba

 

Ruramiso Mashumba occupe le poste de responsable régionale pour l'Afrique au sein du GFN. Ruramiso est une jeune agricultrice originaire de Marondera, au Zimbabwe, et fondatrice de Mnandi Africa, une organisation qui aide les femmes rurales à lutter contre la pauvreté et la malnutrition. Elle prépare actuellement un MBA en alimentation et agriculture durables. Cette agricultrice pionnière a reçu plusieurs distinctions et remporté de nombreux succès qui témoignent de son travail exceptionnel dans le secteur agricole zimbabwéen. Ruramiso a été récompensée par le prix Kleckner 2020 du GFN.

 

Source : Maize in South Africa: A conversation with Motlatsi Musi – Global Farmer Network

 

 

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