La dernière de M. Stéphane Foucart : le gouvernement fait la guerre à la protection de l'environnement et à ses agents !
Le Monde nous aura une fois de plus régalé avec une chronique de M. Stéphane Foucart dans son édition des 19 et 20 avril 2026. Le gouvernement aurait déclaré la guerre...
Ce dimanche 19 avril 2026, c'était au tour de M. Stéphane Foucart de nous instruire sur les malheurs du monde, ou plutôt de la France, dans la chronique hebdomadaire du Monde.
Dans l'édition papier, le titre était forcément raccourci : « Quand l'État s'en prend à ses agents ». En déployé, dans l'édition électronique c'était : « La guerre que le gouvernement livre à la protection de l’environnement ruisselle désormais sur les agents de l’Etat ».
Le sachiez-tu ? Le gouvernement livre une guerre à la protection de l'environnement !
C'est un point de vue et, pourquoi pas, il se défend.
Quoique... Le général en chef qui a recruté Mme Monique Barbut, ancienne présidente du Fonds Mondial pour la Nature - France (WWF-France), au poste de ministre de la Transition Écologique, de la Biodiversité et des Négociations Internationales sur le Climat et la Nature préparait peut-être une drôle de guerre... ou une guerre contre les intérêts économique à coups d'écologie politique décroissante.
C'est là, admettons-le, du persiflage. Le parcours de Mme Monique Barbut est bien plus étoffé et bien plus intéressant, avec notamment une carrière de haut niveau aux Nations Unies.
En réalité, fort timidement, le cas échéant en faisant aller au front des députés ou des sénateurs courageux, le gouvernement s'emploie à détricoter des lois et défaire des mesures qui ont fait la preuve de leur nuisance. Exemple : ces « ZFE », zones à faibles émissions, qui sont une véritable insulte aux citoyens modestes contraints de se déplacer avec des véhicules en (plus ou moins) parfait état de marche mais ne répondant pas aux derniers canons de la propreté à la sortie du pot d'échappement. Autre exemple tout frais : la location des « passoires thermiques ».
Est-ce une guerre ? Mais non ! Une « guerre à outrance », nous dit Le Monde !
On ne se refuse aucune outrance au Monde...
Or donc, selon le chapô,
« Enquête administrative, mutation, licenciement… Après avoir entrepris de détricoter le droit de l’environnement, l’exécutif s’en prend désormais à des responsables d’agences publiques, dont le travail embarrasse certains intérêts, note Stéphane Foucart, journaliste au "Monde", dans sa chronique. »
C'est une chronique, sur deux colonnes dans l'édition papier. La vraie substance est donc limitée, et elle l'est encore plus parce qu'il faut de la place pour les divagations pour bien embobiner le lecteur.
Nous avons donc une « preuve » par trois.
Le cas est maintenant assez bien connu. Sa nomination en janvier 2026 a suscité des contestations dans les sphères syndicales agricoles et politiques, en raison de ce qu'on peut appeler un « casier » politique et militant.
L'auteur de la chronique a bien pris soin de préciser que la Coordination Rurale, qui avait apparemment tiré en premier, était un « syndicat agricole proche de l’extrême droite » – le sophisme du déshonneur par association est bien pratique. Mme Anne Le Strat aurait aussi subi « en début d’année une avalanche d’injures et de menaces de mort » – sur Wikipedia, la référence, c'est... Mediapart du 2 février 2026.
Lors de la séance des questions à l'Assemblée Nationale du 27 janvier 2026, Mme Monique Barbut avait annoncé que :
« [...] le Premier Ministre a, dès hier [lundi 26 janvier 2026] soir, saisi l'Inspection générale de l'administration, le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux, et l'IGEDD [Inspection générale de l'environnement et du développement durable] pour enquêter sur les modalités de son recrutement. »
Quelle formidable audace ! Ce serait du reste une marque de « servilité de l'exécutif [...] inédite, selon une source syndicale ».
Une opinion capillotractée bonne à citer puisqu'elle va dans le sens du propos de notre chroniqueur du Monde :
« Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a prudemment évité de manifester le plus petit soutien à l’intéressée, et a donné gain de cause à ses agresseurs en saisissant trois inspections générales d’une enquête administrative sur les fautes éventuelles ayant permis son recrutement. »
Il faut croire qu'il est dans la fonction du Premier Ministre d'exprimer son soutien à une agente de l'OFB, en l'occurrence de haut rang, et qu'il a donc lamentablement failli à ses devoirs, face à des « agresseurs »... Lesquels ont eu « gain de cause » grâce à une décision de botter en touche.
Ce qui devait arriver, donc, arriva : non lieu !
Les procédures avaient bien sûr été respectées... on n'en attendait pas moins. L'enquête avait soigneusement évité la question plus politique de la pertinence de la nomination, question d'autant plus pertinente que l'OFB est lui-même très contesté.
Mme Monique Barbut a déclaré le 17 avril 2026 :
« Les conclusions administratives nous disent que le dossier a été fait dans les règles. Donc voilà, dont acte : terminé, classé. »
Mais, pour Le Monde de M. Stéphane Foucart, tout ceci est une « [c]apitulation face aux pressions » et, selon l'esprit général de la chronique, un acte de guerre – à outrance – contre une agente de l'État...
Ajoutons ici que Mme Monique Barbut avait déclaré dans une interview à Ouest-France en février 2026 :
« Si la neutralité des fonctionnaires est exigée dans leur travail, rien ne leur interdit d’avoir eu des engagements politiques ou militants par le passé. Ce principe, essentiel, doit être défendu. »
C'est parfaitement exact.
Nous serons plus brefs ici :
« A Rennes, c'est la cheffe de la division Eau à la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) de Bretagne, qui se trouve mutée contre son gré. »
M. Stéphane Foucart a, sans surprise, reçu suffisamment d'informations pour nous livrer des détails de l'affaire et en narrer quelques méandres. Le point chaud :
« […] mi-février, [le patron de la Dreal] écrivait au ministère de l'agriculture, dans un rapport consulté par Le Monde, que "la stratégie très exigeante [de la cheffe de la division Eau en Bretagne] en termes d'objectifs environnementaux" entrave la volonté de trouver des compromis "acceptables par la profession agricole et les autres parties prenantes". Il ajoutait que "la Dreal fait face à des demandes de plus en plus fréquentes des autorités préfectorales d'écarter [l'agente] de certaines réunions". »
« ... un rapport consulté par Le Monde » ? On comprendra qu'il y aura eu, disons, une indiscrétion.
À en croire cet extrait, ainsi que les propos d'une lettre des syndicats en soutien de la cheffe de division (lettre que les syndicats étaient libres de transmettre), la mutation reposait sur des motifs sérieux.
Mais pour Le Monde de M. Stéphane Foucart, selon l'esprit général de la chronique, elle constitue un acte de guerre – à outrance – contre une agente de l'État...
Le moins que l'on puisse dire est que la situation est confuse.
Depuis quelque temps déjà, l'Agence Bio est sur la sellette. Elle est susceptible d'être supprimée, ses activités étant alors reprises par d'autres services de l'État.
Mme Laure Verdeau, directrice de l'Agence, au bénéfice d'un CDI, fait ou ferait l'objet d'une procédure de licenciement. M. Stéphane Foucart écrit :
« […] L'entourage de [Mme Annie Genevard] précise au Monde que Mme Verdeau est licenciée dans le "cadre normal et transparent" de la fin de son mandat à la tête de l'agence; une rupture de contrat à durée indéterminée qui ne semble pas prévue par le droit du travail. »
On partagera sans peine son avis sur la régularité de la procédure.
Mais est-ce encore d'actualité ? Aux dernières nouvelles, l'Agence Bio est toujours là, certes avec des moyens réduits, et Mme Laure Verdeau est toujours en poste.
Difficile de voir ici une guerre – à outrance – du gouvernement contre des agents de l'État dans le cadre d'une guerre que le gouvernement mènerait contre la protection de l'environnement.
Incidemment, dans ce cas particulier, il ne s'agit pas de protection de l'environnement – malgré les discours militants et même officiels – mais de promotion d'un secteur de l'activité économique... et même de dénigrement d'un autre secteur (un aspect que Mme Laure Verdeau a du reste voulu gommer).
En conclusion, le gouvernement se livrerait à la déconstruction du droit de l'environnement et à des « atteintes à l'indépendance des institutions de l'Etat qui permettent – ou veillent ».
Curieuses conceptions... D'une part, les pouvoirs législatif et exécutif ont inscrit dans le marbre – fort imprudemment et avec l'étonnant aval du juge constitutionnel – un principe de « non-régression » de la protection de l'environnement. D'autre part, on se trouve devant une interprétation « rigoriste » de l'indépendance de certaines institutions.
Notons incidemment que le calendrier des travaux de l'ANSES n'est pas « dicté par le politique », et que la mesure prise par décret pour inciter à une priorisation relève du bon sens.
Il y a aussi un passage – quasiment obligé – par le complotisme :
« L'exécutif passe à un niveau de granularité plus fin dans ses interventions, et s'en prend désormais aux agents de l'Etat dont le travail embarrasse certains intérêts. »
Intéressant... Cela revient à donner crédit aux objections et contestations relatives à la nomination de Mme Anne Le Strat...
Et donc, en définitive :
« Non seulement le quinquennat presque écoulé aura contribué à placer l'extrême droite au seuil du pouvoir, mais il aura peu à peu normalisé, sur la question environnementale au moins, tout ce qu'on peut craindre d'une telle perspective. »
Si ce qui serait à craindre est du niveau de ce qui a été décrit, on peut dormir sur nos deux oreilles...
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