« Semaine pour les alternatives aux pesticides » : la Fondation (ex Nicolas Hulot) pour la Nature et l'Homme (FNH) ne recule devant aucun grossier mensonge
C'est la « Semaine pour les alternatives aux pesticides » – et de la promotion du « bio ». C'est évidemment mené et sponsorisé par des entreprises – capitalistiques et associatives – qui y trouvent intérêt, pour vendre, ou pour se faire connaître et susciter des dons. Parmi les « partenaires », cependant... l'Office Français de la Biodiversité (OFB) !
Tous les moyens sont bons, y compris les plus déloyaux. La Fondation (ex Nicolas Hulot) pour la Nature et l'Homme (FNH)... Un décryptage.
La Fondation (ex Nicolas Hulot) pour la Nature et l'Homme (FNH) a publié un billet sur LinkedIn qui mérite d'être cité dans son intégralité car il définit la démarche entreprise pour nous « éclairer » :
« Pesticides et agriculture : au-delà des idées reçues. 🚜
Dans le débat public, la question des #pesticides est souvent polarisée par deux injonctions contradictoires : l'urgence écologique d'un côté, et la viabilité économique de notre modèle agricole de l'autre.
On entend souvent que l'abandon des pesticides mènerait à une impasse alimentaire ou financière. Mais que disent vraiment les faits ? 📊
À l'occasion de la Semaine pour les Alternatives aux Pesticides, nous souhaitons apporter de la clarté.
Nous avons conçu une consultation pédagogique pour vous permettre de faire le point :
✅ 7 questions clés pour confronter les idées reçues.
✅ Des éclairages concrets sur les impacts environnementaux et économiques.
✅ Des pistes de solutions pour une transition juste.
La connaissance est le premier pas vers l'engagement. Êtes-vous certain de maîtriser tous les enjeux ?
👉 Participez au test et affinez vos arguments : https://lnkd.in/eExfD8a6
Ensemble, sortons des postures pour construire un modèle agricole résilient. 🌿 »
Comme je ne suis pas sûr de tout savoir – surtout pas sur les salades que raconte la FNH – je suis donc allé sur la page et j'ai fait le test. J'y étais vigoureusement invité par la page d'accueil :
« On entend souvent que sans pesticides, l’agriculture serait dans l’incapacité de nourrir l’humanité. Ou que les agriculteurs ne s’en sortiraient pas financièrement…
Mais qu’en est-il vraiment ? Parce qu’il est parfois difficile de démêler le vrai du faux, on a compilé pour vous 7 grandes questions clés.
Prenez 3 minutes pour tester vos connaissances »
Première question :
« On entend souvent que sans produits chimiques (pesticides, engrais), on produit beaucoup moins, mais est-ce vraiment le cas ? »
L'obsédé textuel est surpris par les réponses proposées, qui ne reprennent pas les éléments de la question. Et le choix est entre une agriculture conventionnelle « plus productive » et une agriculture biologique « beaucoup plus productive », ainsi qu'une réponse qui ne fait aucun sens (ni l'une ni l'autre ne seraient productives...).
Rassurez-vous : quoi que vous choisissiez, vous atterrissez sur la même réponse censée vous éclairer.
Prenez une grande inspiration, soulagez votre vessie (ou faites-le dans l'ordre inverse), accrochez-vous à votre siège...
« L’agriculture biologique est la plus productive.
En 2006, l’université d’Essex (UK) a étudié les rendements agricoles de 57 pays à travers le monde, situés sous des climats non tempérés (en Amérique latine, Asie et Afrique). Au total, les chercheurs ont comparé les résultats entre agriculture biologique et agriculture conventionnelle sur plus de 37 millions d’hectares . Leur conclusion est sans appel : sous des climats non tempérés (qui représentent presque les trois quarts de la planète), les rendements de l’agriculture biologique sont largement supérieurs, allant parfois jusqu’au double du conventionnel (+ 80 % supérieurs en moyenne). »
Prétendre que l'agriculture biologique est la plus productive, dans un contexte français où la différence de rendement par rapport à l'agriculture conventionnelle est un fait notoirement connu... il fallait oser !
Même l'Agence Bio l'admet, certes du bout des lèvres, dans son dernier « En finir avec les idées fausses sur le bio » (Les Éditions de l'Atelier – les Éditions Ouvrières, 2025).
Académie d'Agriculture de France (Source)
La réponse implique aussi que les quelque 90 % des agriculteurs qui utilisent des intrants de synthèse seraient idiots...
Proférer cette énormité sur la base d'une seule étude scientifique – alors qu'il y en a de nombreuses autres, y compris de chercheurs militants, qui constatent ou concèdent un écart en faveur du « conventionnel »... il fallait oser !
Il fallait aussi oser se référer à des situations en dehors de la France métropolitaine, dans des zones climatiques non pertinentes pour celle-ci.
Et le comble, c'est que l'article en question ne porte pas sur l'agriculture biologique, outre qu'il est bien moins toniturant que ne le prétend la FNH.
Il fallait bien sûr charcher l'article. C'est , « Resource-Conserving Agriculture Increases Yields in Developing Countries » (l'agriculture qui conserve les ressources augmente les rendements dans les pays en développement) de J. N. Pretty, A. D. Noble, D. Bossio, J. Dixon, R. E. Hine, F. W. T. Penning de Vries et J. I. L. Morison
Incidemment, les auteurs de cette étude, vieille de vingt ans, n'étaient pas tous affiliés à l'Université de l'Essex.
Incidemment aussi, cet article n'est pas inintéressant – bien au contraire – s'agissant des pesticides (voire figure ci-dessus) :
« Le secteur A comprend 10 projets dans lesquels l'utilisation de pesticides a augmenté. Ceux-ci concernent principalement des systèmes de culture sans labour et d'agriculture de conservation, où la réduction du travail du sol présente des avantages pour la santé des sols et diminue la pollution hors site ainsi que les coûts liés aux inondations. Ces systèmes nécessitent généralement un recours accru aux herbicides pour lutter contre les mauvaises herbes (37), bien qu'il existe des exemples de systèmes biologiques sans labour (38). Les 5 cas du secteur C montrent une baisse de 4,2 % (±5,0) des rendements, accompagnée d'une diminution de 93,3 % (±6,7) de l'utilisation de pesticides. La plupart des cas se situent toutefois dans la catégorie D, où l'utilisation de pesticides a diminué de 70,8 % (±3,9) et les rendements ont augmenté de 41,6 % (±10,5). Si la réduction de l'utilisation des pesticides est prévisible, les agriculteurs remplaçant les pesticides par de l'information, les causes de l'augmentation des rendements induite par la lutte intégrée contre les ravageurs sont complexes. Il est probable que les agriculteurs qui reçoivent une formation sur le terrain de bonne qualité améliorent non seulement leurs compétences en matière de lutte contre les ravageurs, mais deviennent également plus efficaces dans d'autres pratiques de gestion agronomique et écologique. Ils sont également susceptibles d'investir les économies réalisées sur les pesticides dans d'autres intrants, tels que des semences et des engrais de meilleure qualité. Cette analyse indique un potentiel considérable pour éviter les coûts environnementaux. »
Génial ! On fait jouer sans vergogne l'argument d'autorit » :
« Selon les experts de l’ONU, quelle serait la solution pour nourrir 10 milliards d’êtres humains en 2050 ? »
Génial aussi les réponses proposées !
Vous l'aurez compris, « parier » – qui n'a pas la même connotation que « miser » – n'est pas le bon choix... Et la technologie, que l'on aura pris soins d'amalgamer aux pesticides, pfff !
Et donc :
« Pour nourrir 10 milliards d’être humains, il faut miser sur l’agriculture biologique !
L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dans une étude datant de 2017, a confirmé que l’agriculture biologique pouvait largement nourrir 9 milliards d’individus, et même atteindre potentiellement les 12 milliards. La condition pour y parvenir : réduire le gaspillage alimentaire et limiter la consommation de produits d’origine animale. »
Problème de taille : il n'y a pas d'étude ou de rapport de la FAO disant cela !
La source la plus probable est « Strategies for feeding the world more sustainably with organic agriculture » (stratégies pour nourrir la population mondiale de manière plus durable grâce à l'agriculture biologique) d'Adrian Muller, Christian Schader, Nadia El-Hage Scialabba, Judith Brüggemann, Anne Isensee, Karl-Heinz Erb, Pete Smith, Peter Klocke, Florian Leiber, Matthias Stolze & Urs Niggli.
Huit auteurs sont du FiBL (Institut de Recherche de l'Agriculture Biologique) et une auteure de la FAO, en charge, devinez... Aucun d'eux n'a de conflits d'intérêts financiers...
Les auteurs sont en revanche affligés de conflits d'intérêts intellectuels : leurs affiliations professionnelles doit les inciter à présenter l'agriculture biologique sous son meilleur jour. Pourtant, l'article n'est pas aussi tonitruant que ne l'écrit la FNH. En voici un extrait du résumé :
« Nous montrons ici qu'une conversion totale à l'agriculture biologique nécessite davantage de terres que l'agriculture conventionnelle, mais qu'elle permet de réduire les excédents d'azote et l'utilisation de pesticides. Toutefois, en combinaison avec des diminutions du gaspillage alimentaire et des aliments pour animaux produits sur des terres arables et entrant en concurrence avec les denrées alimentaires, ainsi qu'avec la baisse correspondante de la production et de la consommation de produits d'origine animale, l'utilisation des terres dans le cadre de l'agriculture biologique reste inférieure à celle du scénario de référence. »
Abscons ? Avec beaucoup de « si », l'agriculture biologique pourrait tirer son épingle du jeu...
Mais, bien sûr, avec les mêmes « si », une agriculture ne s'imposant pas les contraintes du cahier des charges du bio ferait mieux.
Les questions suivantes sont :
« Quelles maladies sont officiellement reconnues comme "maladies professionnelles" à cause des pesticides ? »
« Qui sont les premières victimes des pesticides ? »
« Qui paie majoritairement pour éliminer les pesticides présents dans les nappes phréatiques et les rivières ? »
« Quelle agriculture est la plus impactée par le changement climatique ? »
« Les sols sont un réservoir de biodiversité : mais savez-vous quel pourcentage de ce vivant, se trouvant sous nos pieds, est directement impacté par les pesticides ? »
Entrer dans les réponses et leurs embrouilles nous mènerait trop loin. Mais prenons encore l'avant-dernière question. Ici aussi les réponses proposées sont biaisées.
On ne peut pas lutter contre les aléas – à distinguer du changement – climatique ? Faut-il croire qu'il y a un problème de compréhension des réalités à la FNH, ou s'agit-il d'un cynisme assumé ?
Quoi qu'il en soit, la réponse est prévisible :
« L’agriculture conventionnelle.
C’est un fait, le dérèglement climatique fragilise l’agriculture et ceux qui en vivent.
Standardisée et extrêmement dépendante des énergies fossiles, l’agriculture conventionnelle est de loin la moins résiliente. Pourtant des solutions scientifiquement prouvées et déjà mises en place existent : agriculture biologique, plantation de haie, agroforesterie, ferme à taille humaine, non-labour, élevage herbager etc… . »
On peut hésiter entre le fou-rire et la consternation...
Après avoir laissé vos coordonnées... Après quoi vous recevrez un courriel avec les instructions pour le téléchargement... histoire pour la FNH de récupérer une nouvelle adresse pour envoyer sa propagande...
C'est donc « À l'occasion de la Semaine pour les Alternatives aux Pesticides » selon le billet sur LinkedIn.
Et si vous êtes arrivé au bout du test – le cas échéant en repartant de zéro car le bidule est très impatient, chaque reprise ayant pour immense bénéfice d'incrémenter le compteur de vues –, vous êtes invité à faire un don et de contribuer au développement de ses trois actions... pour la promotion du bio dans les cantines, les supermarchés et la politique.
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