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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Schizophrénie made in Mercosur

2 Mars 2026 Publié dans #Mercosur

Schizophrénie made in Mercosur

 

Michel Demon, sur LinkedIn*

 

 

 

 

L’affaire est bouclée, l’accord avec le Mercosur est validé, les options sont désormais bien faibles pour changer l’avenir, qu’il soit positif ou négatif. La logique voudrait qu’on s’interroge sur les moyens de s’adapter à cette nouvelle donne, et pour la plupart, déjà comprendre où se situent les principaux risques (faibles à l’échelle de l’UE, mais plus lourds à l’échelle de certaines filières françaises). On devrait fourmiller d’idées, plus ou moins applicables, qui témoigneraient d’une volonté de réagir.

 

Mais non, le haut de l’affiche est gangrené par un mélange de schizophrénie et de Maccarthysme.

 

 

Schizophrénie

 

Le Mercosur est désormais le creuset de tous les maux agricoles et agroalimentaires : Attila va déferler sur l’Europe et détruire son plus beau fleuron : La France ! Et pourquoi pas Ma France !

 

Triple mensonge :

 

  • Le poulet et le bœuf sud-américain entrent depuis longtemps dans le marché européen ;

     

  • Les principaux pays qui alimentent la France sont la Pologne et l’Allemagne pour les bas morceaux de bœufs et le steak haché (9 % de la consommation), l’Irlande et l’Italie pour l’aloyau (7 %), les Pays-Bas et les pays tiers pour le ré-export et l’aloyau (6 %) - Pologne, Belgique, Pays-Bas et Allemagne représentent 80 % de nos importations de volailles ;

     

  • La France n’est pas (plus) le fleuron de l’UE, sauf dans nos têtes.

 

 

Origine des importations de volaille en France

 

 

La réalité est plus prosaïque, 1/3 des volumes supplémentaires issus du Mercosur nous concerneront directement ; notre faible compétitivité et la recherche de débouchés pour les autres EM alimenteront l’effet domino.

 

Après des années de déni, l’agitation gagne : créer des barrières par la production dans les Hauts-de-France, développer de nouvelles unités de production (dans le sillage de l’œuf), appels au patriotisme français, promesse de simplifications administratives pour la construction… D’une posture de rentiers inactifs financés par la dette publique nous serions en passe de devenir subitement des conquérants de l’investissement, de la compétitivité.

 

https://agriculture.gouv.fr/le-gouvernement-annonce-une-serie-de-mesures-fortes-en-faveur-du-monde-agricole-un-engagement-porte

 

 

Maccarthisme

 

Cette schizophrénie nous conduit à une politique de chasse aux sorcières, digne de la grande époque du maccarthisme aux USA (en pleine recrudescence actuellement). Bigard SOCOPA à destination de la RHD, Métro, Sysco pour l’alimentation des cantines et restaurants, Mc Donald’s et Burger King bien sûr sont au banc des accusés pour jouer le jeu des importations.

 

Dernièrement, Henaff subit le déferlement médiatique pour sa langue de bœuf sauce Madère, et galère pour rétablir son image écornée pour 2 % de ses approvisionnements, Idem pour Galliance avec 6 % d’import (dont 1 point du Mercosur) fustigée sur les réseaux sociaux. Le Syndicat National de la Restauration Collective s’est même fendu d’un communiqué de presse.

 

https://www.linkedin.com/posts/restaurationcollective_restaurationcollective-fermefrance-activity-7417223100636766209-cs4x

 

Dans cette ambiance, les chiffres sont toujours choisis avec soin, se centrer sur la viande fraîche permet d’afficher des taux d’appro nationaux proche de 100 %, cibler un produit permet de dénoncer une provenance, la guerre est dans la communication pour sauver son image RSE ou pour fusiller telle ou telle entreprise.

 

Si on peut souhaiter un renforcement des labels régionaux pour renforcer l’approvisionnement local dans ses cahiers des charges, cette chasse aux sorcières n’a pas lieu d’être alors que moins de 10 % des clients s’intéressent à l’origine des viandes en RHD.

 

 

Et maintenant ?

 

Il faut reprendre ses esprits, retrouver un peu de cohérence, et s’attaquer résolument aux solutions pertinentes : aider à gagner de la compétitivité pour l’Etat, favoriser intelligemment l’approvisionnement national pour les collectivités et autres services publics, investir, innover, construire une offre attractive pour les entreprises, un peu de patriotisme (tout de même) au niveau de la distribution et pas seulement sur les créneaux faciles.

 

Pour cela, il est nécessaire de s’affranchir du climat délétère qui s’installe, regarder les données avec objectivité et sans parti pris, mobiliser ses ressources pour dégager des trajectoires prometteuses pour l’avenir. En tout cas, c’est mon choix.

 

Michel DEMON

 

________________

 

J’identifie les signaux faibles et les paradoxes comportementaux. J’accompagne l’intégration de ces insights complexes dans votre prospective stratégique, fort de 15 ans d’expertise au service des filières agricoles.

 

Source : https://www.linkedin.com/pulse/schizophrenie-made-mercosur-michel-demon-5phae/

 

 

 

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