Qu'y a-t-il de plus ignoble que l'instrumentalisation de la mort d'une enfant (2)
(Source)
Notre billet précédent a été consacré au coup de gueule de Mme Géraldine Woessner face à une aguiche pour le « Sur le Front » consacré à une « Enquête sur la terre qui nous nourrit ». L'aguiche met en scène Hugo Clément s'entretenant avec Mme Laure Marivain, mère de la petite Emmy décédée d'un cancer qui serait dû à son exposition in utero aux pesticides imprégnant les fleurs que manipulaient sa mère. Hugo Clément a « répondu ».
Rappelons l'introduction du post de Mme Géraldine Woessner :
« Qu'y a-t-il de plus ignoble que l'instrumentalisation de la mort d'une enfant, et du désespoir de parents, pour promouvoir son business et son agenda politique ? »
Pour ma part, une réponse pourrait être : l'instrumentalisation mise en scène par celui dont on cause...
Sa « réponse » fait – évidemment – une impasse totale sur sa motivation. C'est tout à fait compréhensible. Mais elle se construit sur un superbe homme de paille :
« Dans ce tweet ignoble, Geraldine Woessner nous reproche de diffuser le témoignage de la mère d’une enfant décédée du cancer, en l’accusant de mentir sur le lien entre la maladie et les pesticides (utilisés sur les fleurs). »
Non, ce qui est dénoncé, c'est l'« instrumentalisation » – la manière dont le « témoignage » est construit – avec une mère éplorée quasiment au bord des larmes – et la teneur de l'entretien construit sur des questions orientées – l'« agenda politique ».
Non, Mme Géraldine Woessner n'a pas accusé la mère de l'enfant de mentir.
Le trumpisme est d'autant plus grossier que le lien (allégué) de cause à effet entre les pesticides a été évoqué par... Hugo Clément soi-même !
(Source)
Il insiste, alors que Mme Géraldine Woessner avait, elle, insisté sur l'impossibilité (sauf exception) d'établir un tel lien dans un cas particulier, et même général dans le cas des cancers pédiatriques :
« Pourtant, en 2023, le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides a reconnu ce lien entre l’exposition d’Emmy in utero et sa leucémie. »
Le problème, ici, est que l'activisme se fonde sur une « information » de seconde main, du Monde (de M. Stéphane Mandard), tellement relayée qu'elle est devenue vérité. La commission d'experts du Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) a-t-elle vraiment admis « le lien de causalité entre la pathologie [d’Emmy] et son exposition aux pesticides durant la période prénatale » ? Ou est-ce l'interprétation d'une des parties prenantes ? Question intéressante mais, encore une fois, la réponse est claire : établir un lien de causalité est impossible.
(Source)
Hugo Clément insiste :
« Selon Géraldine Woessner, cette mère qui a perdu sa fille ne devrait pas avoir droit à la parole à la télévision, sous prétexte qu’il n’est jamais possible de prouver à 100% le lien entre un cancer et un facteur environnemental. »
Nous insisterons ici sur « ne devrait pas avoir droit... » Mme Géraldine Woessner s'érigeant en censeur et arbitre des élégances dans les médias... C'est risible.
Ça l'est d'autant plus que vient maintenant une théorie du complot :
« Cela revient à réduire au silence les victimes, pour protéger les industriels de l’agrochimie. »
La chute est encore plus intéressante : ce qui nous est signifié, c'est que, ces gens-là, l'ARCOM, ils n'en ont « rien à péter », comme dirait une maintenant célèbre députée écolo.
« Nous continuerons à donner la parole aux victimes des pesticides, qu’elles soient fleuristes, agriculteurs ou riverains. Vous pouvez signalez autant que vous voulez à l’Arcom, votre censure ne fonctionnera pas. »
Il est temps que l'ARCOM s'empare du problème de sa propre initiative.
Post scriptum
Parmi les nombreuses interventions, il y a celle du Dr Jérôme Barrière, oncologue :
« L’émotion ne doit pas tenir lieu de démonstration scientifique.
Le décès d’une enfant est un drame absolu.
Mais utiliser un cas individuel pour faire croire qu’il serait scientifiquement établi que « les fleurs" ou "les pesticides sur les fleurs" causent, à eux seuls, un cancer chez les enfants relève d’un raccourci trompeur.
En médecine, un cas ne prouve pas une causalité générale.
Et le fait qu’un fonds d’indemnisation reconnaisse une situation au bénéfice d’une victime ne constitue pas, en soi, une validation scientifique définitive du lien causal. Dans ce type de dispositif, la logique est celle de la réparation et du bénéfice du doute, pas celle de la preuve épidémiologique au sens strict.
À ma connaissance, il n’existe pas de publication montrant, chez les fleuristes en tant que profession, un sur-risque statistiquement démontré de cancer.
A fortiori chez les enfants des fleuristes…
En revanche, oui, plusieurs travaux montrent autre chose, qu’il faut dire précisément :
👉des résidus multiples de pesticides sur certaines fleurs coupées ;
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5086682/
👉une contamination des mains des fleuristes ;
👉parfois la présence de traces urinaires témoignant d’une exposition professionnelle ;
☝️donc un sujet réel de santé au travail, qui justifie information, protection et prévention.
https://mdpi.com/1660-4601/14/5/526
Mais entre exposition mesurée et sur-risque de cancer démontré, il y a une différence fondamentale!
Confondre les deux, c’est quitter le terrain de la science pour entrer dans celui de la mise en scène militante.
Comme oncologue, je me méfie de ces mécanismes répétitifs : partir d’un exemple humain bouleversant, suggérer une causalité globale, puis présenter comme acquis ce qui reste en réalité discuté, incomplet ou non démontré. On a déjà connu ça avec l’acetamipride et la prise de parole d’une militante qui accusait les pesticides d’être la cause de son cancer… alors que des publications passées de sa part montraient qu’elle était fumeuse.
On n’aide ni les patients ni le débat public en remplaçant la rigueur par l’émotion.
La bonne position est plus exigeante :
1/ reconnaître un problème possible d’exposition professionnelle ;
2/ renforcer la prévention chez les fleuristes ;
3/ poursuivre les travaux toxicologiques et épidémiologiques ;
⚠️mais refuser d’affirmer plus que ce que les données permettent réellement de conclure.
La science n’a pas pour rôle de nier les drames.
Elle a pour rôle d’empêcher qu’on s’en serve pour dire plus que ce qu’elle [dit].
Et ça à un moment donné il faudrait que M @hugoclement le comprenne. »
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