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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pesticides, pollen et allergies : les publications scientifiques fantômes

28 Mars 2026 Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Pesticides, #Santé

Pesticides, pollen et allergies : les publications scientifiques fantômes

 

 

 

 

Je poste des petites notes sur LinkedIn pour renvoyer à mes articles de blog. Et LinkedIn me propose des billets sur des sujets entrant dans ma bulle. Il m'a mis sur la piste d'un billet qui fait un lien entre les pesticides, le pollen et les allergies...

 

 

Le billet – d'un auteur très actif que nous ne citerons pas – est des plus convaincants :

 

« Le pollen n’est pas plus allergène : il est altéré. Et ce sont les pesticides qui l’altèrent.

 

L’explosion des allergies ne vient pas d’un excès de pollen. Elle vient d’un pollen physiquement transformé, chimiquement appauvri, mécaniquement fragilisé. »

 

C'est la thèse. Et elle est très argumentée, à défaut d'avoir été étayée dans un premier temps autrement que par des citations de titres de revues et d'années de citation. Autrement dit : pas étayée.

 

Un commentateur a demandé des sources, et l'auteur en a fourni une petite litanie. Mais...

 

Si vous êtes d'un tempérament sceptique, vous commencez par vous demander : « Comment cela se fait-il ? ». Comment, par exemple, le pollen de bouleau peut-il être altéré par des pesticides, alors que les arbres ne sont pas traités et que, de surcroît, il déboule dans l'atmosphère à une époque où les pulvérisateurs ne sont pas de sortie. Les graminées des prairies et, a fortiori, des friches ne sont pas non plus traitées.

 

La bibliographie devait donc nous fournir des explications.

 

Voici donc :

 

« Plant Physiology (2021) : “Pesticide-induced disruption of exine biosynthesis in anemophilous species.” DOI: 10.1093/plphys/kiab123. (Étude sur l'inhibition des enzymes de polymérisation de la sporopollénine). »

 

C'est venu sans lien (comme pour les autres références). J'ai donc interrogé Google Scholar : aucune publication affichée avec ce titre.

 

J'ai demandé à Grok ce que dit son résumé. Réponse :

 

« Je n’ai pas trouvé de publication scientifique portant exactement ce titre ("Pesticide-induced disruption of exine biosynthesis in anemophilous species"). Il s’agit probablement d’un titre formulé de manière descriptive ou hypothétique, ou bien d’une référence imprécise à des travaux sur les effets des pesticides sur la paroi pollinique (exine) chez les plantes anémophiles (pollinisées par le vent, comme les graminées, le maïs, le bouleau, etc.).

 

Grok poursuit en décrivant des résultats qui ont été exposés dans la littérature scientifique. On a trouvé des effets, certes, mais Grok évoque des épaississements de la paroi pollinique alors que notre auteur qui restera ici anonyme parle d'amincissements permettant la libération de molécules allergènes.

 

Le DOI peut-être ?

 

Google Scholar renvoie vers « Ascorbate–glutathione pathways mediated by cytokinin regulate H2O2 levels in light-controlled rose bud burst » .

 

Caramba ! Vraiment raté !

 

Aurait-on plus de chance avec la référence suivante ?

 

« Allergy (2022) : “Pesticide exposure increases the accessibility of allergenic proteins on pollen surfaces.” DOI: 10.1111/all.14987. (Démonstration de l'exposition accrue des profilines et expansines). »

 

On peut faire court : caramba ! Encore raté !

 

Le DOI renvoie vers « Trajectories of IgE sensitization to allergen molecules from childhood to adulthood and respiratory health in the EGEA cohort ». Il est bien question d'allergènes, mais on est loin de notre sujet.

 

La troisième référence est française :

 

« INRAE Avignon (2022) : "Étude morphologique du pollen sous exposition chronique aux produits phytosanitaires." Rapport technique de l'Unité de Recherche PSH (Plantes et Systèmes de Culture Horticoles). »

 

Google Scholar n'a pas trouvé, et Grok annonce : « […] il n’existe pas de source scientifique portant exactement ce titre[...] ».

 

Ajoutons que les espèces horticoles cultivées anémophiles sont particulièrement rares en production horticole (hors production de semences). De plus, il s'agirait d'une exposition « chronique » du pollen aux pesticides. C'est à vrai dire étrange.

 

Arrêtons-nous là avec les détails.

 

Un autre DOI renvoie à une étude finalndaise sans rapport avec le sujet, et toutes les autres ne pointent vers aucun article.

 

Ajoutons que dans la liste figurent des titres (sans noms d'auteurs...) qui sont aussi manifestment étrangers au sujet. Par exemple : « The impact of altered bio-aerosols on local precipitation regimes and cloud stability » (l'impact des bioaérosols modifiés sur les régimes de précipitations locaux et la stabilité des nuages).

 

Et je m'interroge...

 

Retournant vers le billet, je trouve des liens...

 

Les deux premiers mènent à « Trajectories... » et « Ascorbate... », évoqués ci-dessus, des études sans lien avec le sujet.

 

Le troisième, c'est « Rapport d’activité 2023- Version publique _ Institut Convergences Agriculture Numérique ». Aucun lien...

 

Nous nous épargnerons la suite ici.

 

La suite des commentaires suggère un rétropédalage. Notamment :

 

« Et pour être honnête, il faudrait une étude impossible à réaliser aujourd’hui :

 

[…]

 

Donc :

 

ce n’est pas que “ce n’est pas prouvé”.

C’est que personne n’a encore fait l’étude qui pourrait le prouver.

 

Et ça change tout.

 

 

Post scriptum

 

À l'heure où je poste, le billet de l'auteur dont je tais le nom a été republié 79 fois, principalement par des femmes. Une republication a été agrémentée du commentaire suivant :

 

« Exposé clair et convaincant. Nombreuses références scientifiques récentes de revues sérieuses ayant pignon sur rue => je partage... continuons à croire à un changement des pratiques. [...] »

 

Par un médecin...

 

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H
Edifiant mais non étonnant.
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