Overblog Tous les blogs Top blogs Technologie & Science Tous les blogs Technologie & Science
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Nouvelles techniques génomiques » – un entretien scientifique

9 Mars 2026 Publié dans #amélioration des plantes, #NGT, #CRISPR, #Union Européenne

« Nouvelles techniques génomiques » – un entretien scientifique

 

Willi l'agriculteur*

 

 

 

 

L'entretien suivant a été réalisé par M. Ludger Wess avec le professeur Andreas Weber de l'Université de Düsseldorf. Cet article a d'abord été publié dans le magazine « Cicero ». Je [Willi l'griculteur] suis très reconnaissant de pouvoir également le publier dans sa version originale sur mon site.

 

https://www.cicero.de/wirtschaft/neuregelung-der-neuen-genomischen-techniken-in-der-pflanzenzucht-durch-die-eu-die-neuen-regeln-konnten-eine-welle-von-innovationen-auslosen

 

 

Entretien avec le professeur Andreas Weber sur la nouvelle réglementation de l'UE relative aux nouvelles techniques génomiques dans l'amélioration des plantes

 

Lorsque la directive européenne sur les OGM a été adoptée il y a plus de 20 ans, les technologies de sélection telles que l'édition génétique n'existaient pas encore. Ces nouvelles technologies génomiques, appelées NGT, peuvent induire de manière très élégante des modifications dans une plante qui ne se distinguent pas d'une modification naturelle et ne présentent donc aucun risque particulier. Mais en juillet 2018, la Cour de Justice de l'Union Européenne a jugé que ces plantes relevaient également de la législation en vigueur sur le génie génétique, même si aucun nouveau gène n'était introduit et même si la même modification aurait pu se produire accidentellement dans la nature ou par sélection traditionnelle. Cet arrêt a entraîné une interdiction de facto de ces plantes. Il est alors devenu clair qu'il fallait adapter les règles obsolètes de l'UE en matière de génie génétique aux dernières évolutions. Après de longues hésitations, de nombreux avis, débats et dialogues, la Commission a présenté en 2023 une proposition de nouveau règlement. Il s'en est suivi une nouvelle série de discussions dans le cadre du trilogue entre la Commission, le Parlement Européen et le Conseil, jusqu'à ce qu'un accord fût trouvé en décembre [2025]. Les nouvelles règles n'ont pas encore été adoptées ; elles doivent encore être approuvées par le Parlement Européen.

 

Nous avons discuté du compromis prévu avec le professeur Andreas Weber, physiologiste végétal et biochimiste, qui dirige l'Institut de Biochimie Végétale de l'Université Heinrich Heine de Düsseldorf et est porte-parole du Cluster d'Excellence pour les Sciences Végétales (CEPLAS).

 

 

Cicero : Êtes-vous favorable à la nouvelle réglementation telle qu'elle vient d'être négociée dans le cadre du trilogue ?

 

M. Weber : D'une manière générale, c'est un pas dans la bonne direction. Compte tenu du changement climatique et de la pression exercée par les nouveaux parasites et maladies des plantes, le processus de sélection classique prend beaucoup trop de temps pour de nombreuses cultures. De plus, jusqu'à présent, seules les grandes entreprises pouvaient utiliser les nouvelles technologies de sélection, car les procédures d'autorisation sont beaucoup trop lourdes pour les PME. Cela a accéléré le processus de concentration dans le domaine du développement des semences. De plus, en raison des exigences élevées, les nouvelles techniques n'étaient pas rentables pour les variétés qui n'ont qu'une importance régionale. Les nouvelles règles pourraient désormais déclencher une vague d'innovations chez les nombreuses petites et moyennes entreprises semencières, et nous verrons certainement bientôt apparaître de nouvelles variétés présentant des caractéristiques intéressantes pour des cultures autres que le maïs et le soja. Les nouvelles règles sont également les bienvenues en termes de durabilité et d'objectifs de protection de l'environnement, car l'édition génétique permet de développer rapidement des variétés résistantes aux champignons ou aux virus, de sorte que nous devrons utiliser moins de fongicides ou, dans le cas des maladies virales, moins d'insecticides contre les vecteurs qui transmettent ces virus. Des variétés consommant moins d'eau sont également possibles. Tout cela présente des avantages évidents.

 

Je considère également comme positif le fait de renoncer à l'obligation d'étiquetage pour les variétés NGT1 tout au long de la chaîne de valeur jusqu'aux rayons des supermarchés. Les semences seront étiquetées à l'intention des agriculteurs et des sélectionneurs, mais ni les surfaces cultivées ni les produits finaux ne devront être étiquetés, précisément parce que les variétés NGT1 ne présentent aucune différence par rapport aux variétés sélectionnées de manière classique.

 

 

Qu'est-ce qui vous semble critiquable ?

 

Je regrette la limitation arbitraire à l'insertion ou à la modification d'un maximum de 20 loci. Cela n'a aucun sens sur le plan biologique. Si l'on tient absolument à introduire une limitation qui n'est toutefois pas nécessaire d'un point de vue scientifique, il faudrait la lier à la taille du génome. Pour les espèces importantes, nous avons des différences d'ordre de grandeur d'un facteur dix. La restriction devrait donc être liée à la taille du génome.

 

 

L'exclusion des plantes résistantes à des herbicides et à des insectes est-elle judicieuse ? La résistance à des insectes est justement une caractéristique répandue dans le monde végétal !

 

Je ne comprends ni l'un ni l'autre. Les plantes Clearfield résistantes à un herbicide de BASF, par exemple, sont issues d'une mutation naturelle. Elles peuvent donc continuer à être autorisées et commercialisées sans règles particulières, mais si je créais une telle mutation à l'aide d'une nouvelle technique, elle serait classée dans la catégorie NGT2 et soumise aux mêmes règles que les variétés produites à l'aide du génie génétique classique. C'est absurde. Il en va de même pour la résistance à des insectes. Nous avons déjà des plantes qui présentent une certaine résistance à des insectes grâce à des composants secondaires qui, soit dit en passant, sont bénéfiques pour la santé. Si j'augmente maintenant la production de ces composants par une simple mutation afin d'améliorer le goût ou la valeur nutritionnelle de la plante, cela relève-t-il alors de la catégorie NGT2 et est-ce donc tabou, simplement parce que cela a pour effet secondaire d'augmenter la résistance à des insectes ? Tout cela me semble peu réfléchi. Dans une optique de durabilité et de lutte contre la disparition des insectes, une plus grande résistance à des insectes serait avantageuse, voire indispensable, car elle réduirait l'utilisation d'insecticides et épargnerait ainsi les insectes utiles ou non concernés. Mais ici, on a sans doute tenu compte des sensibilités anti-Monsanto des ONG de protection de l'environnement afin de faire avancer les choses.

 

 

Les détracteurs voient désormais l'agriculture biologique en danger, car les nouvelles variétés pourraient « se croiser » et « contaminer » les variétés biologiques par la pollinisation.

 

Le mot « contaminer » est à lui seul totalement déplacé. Toute nouvelle variété présentant une nouvelle caractéristique peut se croiser, qu'elle soit issue d'une sélection conventionnelle ou d'une NGT. Si on applique cette norme absolue, il faudrait alors établir une zone de quarantaine autour de chaque exploitation biologique, dans laquelle aucune culture conventionnelle ne serait autorisée. En effet, à strictement parler, les semences biologiques que de nombreuses exploitations biologiques produisent elles-mêmes à partir de variétés fixées pourraient être « contaminées » par le simple fait que le pollen des exploitations conventionnelles voisines pollinise les plantes biologiques. Cela n'a rien à voir avec la réalité.

 

 

Selon vous, que signifie cette nouvelle réglementation pour l'agriculture biologique ?

 

Je ne pense pas que l'agriculture biologique soit menacée par les nouvelles règles, mais plutôt qu'elle passe à côté de formidables opportunités en s'en tenant à des règles axées sur les processus plutôt qu'en appliquant des critères de durabilité. Les variétés NGT pourraient être utiles à l'agriculture biologique dans de nombreux cas. Citons par exemple les variétés résistantes à des cryptogames, qui permettraient de renoncer aux préparations à base de cuivre, controversées, dans la culture de la vigne ou de la pomme de terre.

 

 

Beaucoup invoquent encore des risques inconnus – qu'en est-il exactement ?

 

La recherche ne voit pas de risques plus importants que dans la sélection conventionnelle. Après tout, il y a toujours un examen de la variété. Bien sûr, en théorie, des gènes peuvent être activés, ce qui pourrait entraîner une concentration accrue de certaines substances nocives pour la santé, mais tout cela est bien connu et testé avant la mise sur le marché. D'ailleurs, ce risque existe toujours, même dans la sélection conventionnelle. Pensez aux cas de jardiniers amateurs qui ont accidentellement cultivé des courgettes contenant des substances amères toxiques, qui les ont ensuite rendus gravement malades. À ma connaissance, il y a même eu un décès.

 

 

Existe-t-il, comme l'affirme l'ONG anti-OGM Testbiotech, des « zones particulièrement protégées » dans le génome des plantes, auxquelles les NGT permettent désormais d'accéder de force ?

 

Il s'agit là d'un travail de M. Detlef Weigel, directeur de l'Institut Max Planck de Biologie du Développement à Tübingen. Il a découvert dans la plante Arabidopsis des zones où les mutations sont moins fréquentes que dans d'autres. Cependant, l'article ne mentionne pas de « zones particulièrement protégées ». Le fait que l'on observe moins de mutations dans certaines zones du génome que dans d'autres s'explique également par le fait qu'il existe une pression de sélection plus forte pour une réparation efficace dans les régions essentielles, c'est-à-dire que la sélection contre les mutations est plus efficace dans ces zones. Il existe toujours des différences dans l'accessibilité des gènes dans le génome. Les zones qui sont, par exemple, densément compactées par la chromatine sont donc difficilement accessibles aux mutagènes. Même les NGT ne peuvent pas pénétrer dans ces zones. Cela n'est donc pas différent des mutations naturelles.

 

 

La législation actuelle souffrait du fait qu'elle faisait obstacle à de nouvelles méthodes que personne ne pouvait prévoir. Dans quelle mesure la législation est-elle ouverte à d'autres nouvelles méthodes ?

 

Les NGT concernent les « modifications du génome » et la législation ne se concentre pas sur des méthodes spécifiques, ce qui signifie que les nouvelles méthodes futures devraient également être couvertes.

 

 

Qu'en est-il des brevets ?

 

D'un point de vue scientifique, je ne peux pas apporter grand-chose au débat sur les brevets. Mais je constate que ce sont toujours les multinationales qui sont au centre des discussions. Or, en limitant la brevetabilité, on prive également les petites entreprises de la possibilité de protéger leurs idées. De même, les universités et les instituts de recherche indépendants devraient avoir la possibilité de protéger leur propriété intellectuelle, notamment afin de refinancer les fonds publics destinés à la promotion de la recherche.

 

 

Au Royaume-Uni, la réglementation relative aux plantes NGT est beaucoup plus libérale, tandis qu'en Suisse, les anciennes règles en matière de génie génétique continuent de s'appliquer. Qu'est-ce que cela signifie pour l'importation et l'exportation de semences NGT ? À quoi les agriculteurs et les producteurs de semences de ces pays doivent-ils s'attendre ?

 

Cette réglementation asymétrique entraîne un blocage du commerce des semences et empêche les producteurs de semences de la Suisse d'accéder aux semences internationales pour poursuivre leur développement dans le cadre du privilège des obtenteurs. La réglementation actuelle entraîne une segmentation des lignées de sélection : les entreprises doivent séparer leurs pipelines. Une variété optimisée pour le marché anglais à l'aide d'une NGT est « empoisonnée » pour le marché suisse (et actuellement aussi pour le marché européen). Les entreprises britanniques ont une longueur d'avance en matière d'innovation dans le domaine des essais en plein champ. Les entreprises suisses risquent de perdre leur avance si elles ne peuvent mener des essais NGT que dans des conteneurs hautement sécurisés. Les agriculteurs suisses doivent veiller scrupuleusement à ne pas acheter de semences provenant de sources susceptibles de contenir des croisements NGT. Un semis involontaire de semences NGT (légales au Royaume-Uni) pourrait entraîner la perte de la certification biologique ou des sanctions en Suisse. Comme l'Angleterre n'étiquette pas les semences NGT, les agriculteurs doivent se fier à la documentation des distributeurs de semences au lieu de simplement regarder l'emballage.

 

 

À propos de la recherche en génie génétique : avons-nous également besoin d'une déréglementation dans ce domaine ?

 

Absolument. Il faut réduire considérablement la bureaucratie. Dans le domaine de la recherche, nous sommes confrontés au problème suivant : nous disposons d'une législation fédérale [en Allemagne] tout à fait libérale, mais celle-ci est appliquée de manière très différente d'une région à l'autre, car la surveillance relève de la compétence des Länder ou est exercée par les communes. Nous produisons des montagnes de dossiers de plusieurs mètres de haut contenant des protocoles et des enregistrements que personne ne consulte d'ailleurs jamais. Et il y a encore plus d'absurdités : à Düsseldorf, par exemple, je dois suivre tous les cinq ans une formation d'une journée sur le génie génétique, sanctionnée par un examen, comme si tout cela était nouveau pour moi. Un autre exemple est celui de l'élimination des déchets. Les bactéries E. coli provenant de laboratoires de niveau 1 pourraient tout à fait être éliminées avec les déchets normaux. Mais elles sont considérées comme des OGM dangereux et doivent être autoclavées, ce qui coûte cher en énergie et en temps de travail et, à l'échelle nationale, se chiffre en millions. Nous avons également des exigences de construction absurdes. Dans nos serres, par exemple, il ne doit y avoir aucun siphon de sol. En cas de dégât des eaux, des appareils d'une valeur de plusieurs dizaines de milliers d'euros seraient immédiatement détruits, car l'eau stagne. Ou encore la condensation des appareils : elle doit être pompée afin qu'aucun matériau contenant des OGM (par exemple du pollen ou des graines) ne soit transporté dans les égouts. Si une pompe tombe en panne, l'eau reflue dans les appareils et nous subissons un dommage total.

 

 

Cela renchérit considérablement la recherche, bien sûr. Êtes-vous désavantagés par rapport à vos collègues étrangers ?

 

Oui, mais le plus gros problème est que les essais en plein champ nous sont pratiquement interdits. Pour être tout à fait clair, je considère cela comme une restriction de la liberté de recherche. Et même si nous étions autorisés à les faire, des manifestants se présenteraient immédiatement dans les champs pour arracher les plantes. Je ne comprends pas non plus que la responsabilité, et donc les coûts liés à la protection d'un champ d'essai, incombent aux chercheurs ou aux institutions universitaires. C'est comme si, lors d'une manifestation, on demandait aux riverains de veiller eux-mêmes à ce qu'il n'y ait pas de dégâts matériels.

 

Cela a d'ailleurs des conséquences très concrètes. En Allemagne, nous pouvons imaginer et publier beaucoup de choses, mais nous ne pouvons pas tester si cela fonctionne dans la pratique. Ces dernières années, des groupes de chercheurs allemands, dont le mien, ont montré comment le génie génétique et la biologie synthétique peuvent augmenter l'efficacité carbone et azote des plantes en C3, parfois jusqu'à 150 %. De plus, cela réduit les besoins énergétiques des plantes.

 

 

Ces plantes représentent 90 % des plantes terrestres et donc nos principales cultures. Cela aurait donc une grande importance pour l'alimentation mondiale et les besoins en terres agricoles, dans un contexte de croissance démographique mondiale. Et qu'est-il advenu de ces projets ?

 

Comme je l'ai dit, nous n'avions aucun moyen d'étudier cela en plein champ. Ce sont des groupes de recherche américains qui l'ont fait sur le tabac et les pommes de terre, et des chercheurs chinois sur le riz. Ils continuent aujourd'hui à développer cette technologie.

 

 

Quelle est la cause du problème ?

 

Notre problème est qu'en Europe, nous ne prenons pas de décisions fondées sur des preuves, mais que nous suivons une croyance ou une idéologie.

 

________________

 

 

* Source : "Neue genomische Techniken" - ein wissenschaftliches Interview - Bauer Willi

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article