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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Affronter nos peurs et trouver l'espoir : comment nous redéfinissons la biotechnologie au Bangladesh

26 Mars 2026 Publié dans #OGM, #Bangladesh, #Communication

Affronter nos peurs et trouver l'espoir : comment nous redéfinissons la biotechnologie au Bangladesh

 

Arif Hossain, Alliance Cornell pour la Science*

 

 

 

 

Chaque fois que je parle de biotechnologie agricole au Bangladesh, je commence par une vérité simple : ici, la sécurité alimentaire est un combat quotidien.

 

Nous sommes une Nation de plus de 175 millions d'habitants vivant sur un territoire de la taille de l'État de New York [ou de la Nouvelle-Aquitaine et de l'Occitanie réunies]. Les chocs climatiques, les ravageurs et la hausse des coûts des intrants menacent nos petits exploitants agricoles, qui sont le pilier de notre système alimentaire. Et pourtant, pendant de nombreuses années, la peur et la désinformation ont fait obstacle à la mise en place de solutions pratiques.

 

Lorsque j'ai fondé Farming Future Bangladesh (FFB), ma mission était claire : combattre la peur avec des preuves, amplifier la science et donner aux communautés les moyens de choisir l'innovation en toute confiance.

 

 

 

 

De vrais défis, de vraies innovations

 

Le Bangladesh est confronté à des défis incessants : une forte pression des ravageurs sur les aubergines, un climat propice au mildiou des pommes de terre et des carences nutritionnelles liées à nos aliments de base. Ainsi, lorsque des scientifiques du secteur public se sont associés à Cornell et à l'USAID pour développer les premières cultures biotechnologiques du Bangladesh, cela a été perçu comme une avancée majeure.

 

Et les résultats ont été impressionnants :

 

  • L'aubergine Bt est désormais cultivée par plus de 65.000 agriculteurs, qui font état de rendements plus élevés, d'une multiplication par six de leurs revenus et d'une réduction considérable de l'utilisation de pesticides.

     

  • Le Riz Doré, modifié génétiquement pour contenir du bêta-carotène, offre un nouveau moyen de lutter contre la carence en vitamine A.

     

  • Les pommes de terre résistantes au mildiou grâce au gène 3R ont obtenu des résultats spectaculaires lors des essais, formant littéralement des « îlots verts » de plantes saines entourés de champs conventionnels malades.

     

  • Le cotonnier Bt génétiquement modifié, dont l'essai a été approuvé, est prometteur pour notre importante industrie textile.

 

Ces innovations ne proviennent pas d'entreprises, mais d'institutions publiques au service des agriculteurs. Mais malgré leurs avantages, la méfiance persiste.

 

 

Le choc qui a changé ma stratégie

 

En 2019, nous avons mené une étude nationale sur la perception des OGM. Les résultats m'ont stupéfié :

 

73 % des Bangladais n'avaient jamais entendu parler des OGM.

 

Comment aborder la « controverse » autour d'un sujet dont les gens ignorent l'existence ?

 

Et parmi la minorité qui en avait entendu parler, les réactions n'étaient pas simples. Les gens s'inquiétaient des risques pour la santé, des impacts environnementaux, des motivations politiques et de la transparence du gouvernement. J'ai pris conscience de quelque chose d'important :

 

Ce n'était pas de l'ignorance. C'était de la confusion. Et la confusion laisse place à la désinformation.

 

J'ai donc complètement repensé notre approche.

 

 

Élaborer notre stratégie d'impact 3D

 

Nous avons développé ce que j'appelle la stratégie d'impact 3D, un modèle reposant sur trois piliers :

 

 

1. Partager des preuves claires

 

Les informations doivent être accessibles, locales et pertinentes.

 

Nous avons donc emmené des journalistes, des décideurs politiques, des donateurs et des jeunes directement dans les champs des agriculteurs. Ils ont entendu directement des agriculteurs dire des choses comme :

 

« Avant, je pulvérisais des pesticides 80 à 100 fois par saison. Maintenant, je ne traite presque plus du tout. » Aucun article scientifique ne peut égaler le pouvoir de la voix d'un agriculteur.

 

 

2. Engager des messagers influents

 

Il m'est impossible d'atteindre 175 millions de personnes à moi seul. Mais il n'est pas impossible d'atteindre des groupes influents, qui à leur tour atteignent leurs propres communautés.

 

Nous avons donc travaillé avec :

 

  • des journalistes ;

  • des scientifiques ;

  • des nutritionnistes ;

  • des agents de vulgarisation ;

  • des leaders de la jeunesse ;

  • des groupes de femmes ;

  • et, surtout, des chefs religieux.

 

Ces groupes façonnent l'opinion publique d'une manière que les scientifiques seuls ne peuvent pas faire.

 

 

3. Autonomiser les communautés

 

Le savoir ne doit pas être transmis de manière descendante.

 

Nous avons formé des étudiants dans 17 universités, soutenu des campagnes pour la jeunesse et accordé des bourses à des journalistes pour qu'ils enquêtent sur les questions liées aux biotechnologies. Nous avons veillé à ce que la prochaine génération dispose des outils nécessaires pour communiquer de manière responsable sur la science.

 

 

Nos alliés les plus inattendus : les chefs religieux

 

L'une des leçons les plus transformatrices de mon parcours a été de réaliser à quel point les imams et les chefs religieux ont une influence sur la confiance du public. Un scientifique peut expliquer l'expression génétique, mais un imam peut expliquer des valeurs : sécurité, gestion responsable, bien-être communautaire.

 

Nous avons aidé plus de 500 chefs religieux qui parlent désormais de science, d'agriculture et d'innovation d'une manière qui trouve un écho profond auprès des gens ordinaires. Un sermon peut toucher des centaines, voire des milliers d'auditeurs.

 

 

Toucher les gens là où ils se trouvent

 

Pour toucher un plus grand nombre de personnes, nous sommes allés au-delà des visites sur le terrain et des ateliers :

 

  • J'ai animé une émission-débat hebdomadaire de 108 épisodes pendant la Covid-19.

     

  • Nous avons créé une émission de radio hebdomadaire qui a suscité plus de 3.500 réactions d'auditeurs.

     

  • Nous avons lancé des campagnes sociales dans les médias en bengali et en anglais.

     

  • Nous avons créé la première alliance politique en faveur des OGM dans le pays, mettant en relation des institutions qui n'avaient jamais communiqué entre elles auparavant.

 

Ces efforts ne visaient pas à « vendre » la technologie. Ils visaient à faire en sorte que les gens se sentent écoutés, respectés et informés.

 

 

Pourquoi nous construisons un mouvement du Sud global

 

En discutant avec mes collègues d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, une tendance s'est clairement dégagée : nos défis sont communs.

 

  • Désinformation ;

  • Vulnérabilité climatique ;

  • Carences nutritionnelles ;

  • Obstacles réglementaires ;

  • Méfiance envers les institutions.

 

En collaboration avec l'Alliance pour la Science, nous avons donc contribué au lancement du Global South Hub Asia afin de mettre en commun nos expériences et d'être plus forts ensemble. La science ne devrait pas être isolée par les frontières, pas plus que la confiance.

 

 

L'espoir est plus fort que la peur

 

S'il y a une chose que j'ai apprise dans mon travail, c'est que la peur se nourrit du silence, mais que l'espoir se nourrit de la conversation.

 

Chaque fois qu'un agriculteur me dit :

« Cette semence a changé ma vie »,

je me rappelle pourquoi ce travail est important.

 

Chaque fois qu'un jeune me dit :

« Je ne savais pas que la communication scientifique pouvait prendre cette forme »,

je vois la prochaine génération prendre le relais.

 

Et chaque fois qu'un chef religieux me dit :

« Laissez-moi expliquer cela à ma communauté »,

je sais que nous parlons enfin un langage auquel les gens font confiance.

 

La biotechnologie ne concerne pas seulement les cultures.

Elle concerne la dignité, la santé, les moyens de subsistance et le simple espoir humain d'un avenir meilleur.

 

Et cet espoir, ancré dans la science et renforcé par la confiance, est ce qui me motive à m'engager chaque jour dans ce travail.

 

_______________

 

Md Arif Hossain est membre de l'Alliance pour la Science et directeur exécutif de Farming Future Bangladesh.

 

Source : Facing our fears and finding hope: How we are reframing biotechnology in Bangladesh - Alliance for Science

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