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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Récit d'une nuit d'éleveuse

15 Février 2026 Publié dans #Divers, #Elevage

Récit d'une nuit d'éleveuse

 

Anne-Cécile Suzanne, sur LinkedIn*

 

 

 

 

Il est 4 heures du matin et je prends cette photo. Comme tous les agriculteurs, vigoureux, malades, blessés, comme toutes les agricultrices enceintes, même à 4 heures du matin, je dois à mes vaches de me lever pour les aider, si jamais il y a nécessité. Même enceinte de 8 mois, même comme ça.

 

Ici, la mère était en péril tout comme le veau, qui était à l’envers, la tête dans le pis comme on dit. Tous deux seraient morts sans intervention. Alors je suis intervenue. Alors j’ai remis ce veau en place, et maintenant j’attends que la vache pousse, histoire de me reposer un peu, avant de me remettre à l’aider.

 

Ce n’est pas une anomalie, un acte de bravoure, c’est une normalité pour le monde agricole. Même enceinte de 8 mois, même malade, même blessé, même fatigué.

 

On me répondra que je peux appeler un vétérinaire à chaque fois. Cela coûtera 25.000€ à la ferme, si je cumule les naissances ayant lieu en ce printemps, juste pour les naissances. Sans compter les soins, les autres interventions. Bien plus que mes indemnités maternité, soyons clairs. Et pour les agriculteurs en longue maladie, c’est évidemment pire. On coule une ferme à être malade et seul à la tête de son exploitation.

 

On me répondra qu’il me faut un remplaçant. Je peux vous assurer que je préférerais être dans mon lit en cet instant. Mon ventre tire, mes bras aussi, j’ai mérité de dormir. Mais les remplaçants la nuit, ça n’existe pas, à l’inverse des agriculteurs debout, à veiller.

 

Ce que me répond le ministère, la MSA, est que les femmes, les hommes, en arrêt, n’ont pas le droit de travailler. Si nous avons un accident, si cette vache m’avait bousculée, le droit social ne m’aurait pas protégée. On laisse des milliers de femmes et d’hommes sans protection sociale chaque année, parce qu’ils continuent à travailler, parce qu’ils n’ont pas le choix, alors même qu’ils ne devraient pas.

 

Ce n’est pas normal. Alors j’en ai parlé, à Agnès Pannier Runacher, puis à Annie Genevard. On me répond que c’est difficile de changer les choses. Pourtant, la mesure est prête, il suffit de verser une indemnité maladie ou maternité même lorsque l’agriculteur refuse son arrêt. Cela lui permettra de recevoir un revenu (même faible) et d’être protégé en travaillant. C’est tout. Une micro-mesure, qui ne ruinera pas l’État, car seule la prise en charge des éventuels accidents viendrait en coût supplémentaire. Mais ce n’est pas possible, dit-on.

 

Alors même que je me suis vue décerner le Prix Femmes. Agricultures. Territoires, des mots d’Annie Genevard. Alors même que son plan pour les femmes et l’agriculture devrait être annoncé sous peu, et que cette mesure n’y figure pas, malgré mon combat, en ce 4 heures du matin, assise à côté de ma vache, j’ai envie d’y croire. Cette mesure doit être ajoutée au plan qui sera annoncé, c’est une question de dignité humaine et d’attractivité de l’agriculture française.

 

Et vous, vous y croyez ?

 

____________

 

Consultante, chez Kea & Partners – Chaînes de valeur alimentaires Agricultrice en polyculture-élevage dans l'Orne – Auteur de Les Sillons que l'on trace, Fayard (2024).

 

Source : https://www.linkedin.com/feed/update/activity:7428004068964417536/

 

 

Et voilà l’issue heureuse !

 

 

Ma note : Voici deux commentaires :

 

Aurélie Sonneville, ingénieur en agriculture

 

« La MSA et la gestion des femmes enceinte, il y a encore tant à faire. Pour ma part, j ai demandé à me faire remplacer pour mes interventions phyto. La MSA m'a refusé de m'accompagner financièrement car j'étais trop double active et même au service de remplacement on m a dit "Ah bah, pour les interventions phyto on n a pas de remplacant". C omment font les femmes enceintes, les hommes qui tombent malades? À part compter sur ta famille ou tes voisins, pour le reste pas la peine. Et quand je vois la difficulté que j'ai à toucher la PREPARE pour mon temps partiel... la MSA qui demande tous les 6 mois de me justifier et qui attend avec impatience mon compte de résultat pour tout reprendre. Franchement il vaut mieux être une femme au RSA chez la MSA qu'une femme qui travaille. »

 

 

Céline Lefort, enseignante techniques commerciales - marketing – Ministère de l’Agriculture

 

« 🖋️Le 25 novembre 1972, l'éleveuse termine la traite matinale, réalise les soins aux veaux et s'occupe ensuite du petit élevage porcin. A 11 heures, elle rentre à la maison et s'allonge. "Des crampes" dit-elle à son père âgé de 71 ans. Il prend son vélo et se rend à la ferme voisine où réside le maire du village pour téléphoner au médecin. Puis, toujours à vélo s'en va chercher mon père qui termine son semis de blé dans le champs le plus éloigné de la ferme. Le médecin, avant même de venir, a fait appel à l'ambulance qui arrive en même temps que mon père.

 

Départ pour Saint-Brieuc, pas de quatre-voies à l'époque... Arrivée à 13h15 et je pointe mon nez à 14h28.

 

"Que vous êtes douillette" lui dit la sage-femme revêche 🤣🤣🤣.

 

Merci Maman ❤️⭐ que j'aime❤️. 🖋️Le premier congé maternité n'arrivera qu'en 1986 ou 87, une première loi en faveur des agricultrices mais aussi des femmes artisanes ou de profession libérale... Une loi qui a vu le jour sous l'impulsion d'Anne-Marie Crolais, alors présidente de la FDSEA22, jeune agricultrice des Côtes d'Armor. La force est en vous Anne-Cécile Suzanne, comme elle l'est chez toutes les agricultrices ❤️.

 

Protégez vous et "Vive la Vie" comme dirait Erik Orsenna. »

 

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