Nouvelles techniques génomiques et Le Monde de... Un grand moment de trumpitude ! (Deuxième partie)
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Robot pollinisateur (Source)
Nous avons vu dans la première partie que dans sa chronique du 25 janvier 2026 dans Le Monde, « L’industrie des OGM repose sur une économie singulière, celle de la promesse éternellement renouvelée », M. Stéphane Foucart avait peint un bilan dystopique des OGM de première génération (transgéniques). Sur le mode « ça a foiré... donc ça foirera aussi », il nous prédit une apocalypse pour les produits des nouvelles techniques génomiques, qualifiés de manière dénigrante de « nouveaux OGM ».
Citons...
« Les OGM n'ont pas rendu l'agriculture plus vertueuse ou moins toxique, ils ont contribué à l'extension des parcelles, à l'industrialisation des pratiques, à la réduction de l'emploi agricole, à une dépendance toujours plus forte des exploitations aux firmes semencières et chimiques (souvent les mêmes).
L'industrie des biotechnologies végétales repose donc sur une économie singulière, celle de la promesse éternellement renouvelée. »
Citons encore :
« Certes, le potentiel d'innovation des NGT est très vaste et de nombreux projets sont actuellement en développement. Mais la question n'est pas tant de savoir ce que pourraient faire ces technologies. Elle est de savoir ce que les entreprises qui les développent ont intérêt à leur faire faire. »
Rappelons encore cet élément de la partie introductive :
« Les promoteurs de ces nouvelles technologies font miroiter une réduction des intrants, de meilleurs rendements, l’adaptation des cultures aux températures élevées, aux sécheresses, aux pathogènes, etc. Mais il y a là comme un air de déjà-vu : à la fin des années 1990, les mêmes arguments, parfois aux mots près, étaient mis en avant par les promoteurs des premières générations d’OGM. »
Butinant aux « bonnes » sources, en l'occurrence la petite fabrique de peur et de désinformation anti-OGM Testbiotech (financée à hauteur de 215.000 euros par l'Office allemand pour la Protection de la Nature), M. Stéphane Foucart a obtenu quasi clés en mains une « belle » histoire d'horreurs.
C'est : « Manipulated flowering in NGT plants: A crack in ecosystems – CRISPR technology enables comprehensive changes in flowering plants with cascading effects » (floraison manipulée chez les plantes NGT : une faille dans les écosystèmes – La technologie CRISPR permet d'apporter des modifications globales aux plantes à fleurs, avec des effets en cascade – le texte allemand ajoute : « pour l'environnement »).
Le récit prend appui sur « Engineering crop flower morphology facilitates robotization of cross-pollination and speed breeding » (l'ingénierie de la morphologie des fleurs des cultures facilite la robotisation de la pollinisation croisée et l'accélération de la sélection végétale) de Yue Xie1 et al., publié dans Cell.
Oups ! Ami lecteur, amies lectrices, il va falloir patienter un peu. Voici le résumé de l'article :
« Points forts
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La modification des gènes du modèle ABC permet de créer des fleurs mâles-stériles à stigmate exsert [dépassant en longueur ou en hauteur les parties voisines] chez la tomate et le soja.
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Des robots alimentés par l'IA automatisent la pollinisation croisée et rationalisent la sélection hybride robotisée.
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L'intégration de la biotechnologie à des robots basés sur l'IA permet de lever les obstacles à la sélection rapide des cultures.
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La stratégie de co-conception des espèces cultivées et des robots offre des solutions pour une agriculture de précision durable.
Résumé [découpé]
L'intelligence artificielle (IA) et les robots offrent de vastes possibilités pour passer à une agriculture de précision afin d'améliorer les rendements des cultures, de réduire les coûts et de promouvoir des pratiques durables. Cependant, de nombreuses caractéristiques des espèces cultivées entravent l'application des robots basés sur l'IA. L'un des obstacles est la morphologie des fleurs, dont les stigmates sont enfoncés, ce qui rend difficile l'émasculation et la pollinisation lors de la sélection hybride.
Nous avons développé une stratégie de co-conception des espèces cultivées et des robots pour les tomates en combinant l'édition du génome avec des robots basés sur l'intelligence artificielle (GEAIR). Nous avons généré des lignées mâles-stériles portant des fleurs à stigmates exserts, puis nous avons entraîné un robot mobile à reconnaître automatiquement ces stigmates et à les polliniser.
Le GEAIR permet une reproduction [breeding] hybride F1 automatisée avec une efficacité comparable à la pollinisation manuelle et facilite la reproduction [breeding] rapide de tomates résistantes au stress et savoureuses lorsqu'il est combiné à une domestication de novo dans des conditions de reproduction [breeding] rapide.
L'édition génétique multiplexe du soja a reproduit le phénotype mâle-stérile à stigmates exserts, ouvrant potentiellement la voie à la reproduction [breeding] hybride robotisée.
Nous démontrons le potentiel du GEAIR pour améliorer l'efficacité et réduire les coûts grâce à une reproduction [breeding] automatisée et plus rapide de cultures résistantes au climat. »
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Ce résumé, très dithyrambique, n'est pas facile à traduire et à comprendre du fait de l'emploi de « breeding » dans des sens qui paraissent différents. Une explication, qui a aussi ses limites, est fournie dans un article de Biotech Today.
Dans le cas de la tomate, il s'agit essentiellement de production de semences hybrides F1.
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(Source)
À l'heure actuelle, cette production est manuelle : les étamines (les organes mâles de la fleur) des fleurs qui produiront les fruits et les graines (semences) sont enlevées à la pince, à la fois pour empêcher l'autofécondation et pour libérer le pistil et le stigmate (éléments de la partie femelle) ; du pollen du parent mâle est ensuite déposé sur le stigmate.
Selon Biotech Today, cette activité représente plus de 25 % du coût de production des semences en Chine. Pour la petite histoire, on dit que ces semences valent plus cher que l'or. La production de fleurs mâles-stériles élimine une partie du travail et du coût.
En plus, un robot entraîné pour repérer les fleurs prêtes à être fécondées déposera le pollen sur les stigmates et éliminera donc une opération manuelle supplémentaire, tout en étant capable de travailler 24/7.
Est-ce une voie d'avenir ? L'avenir nous le dira...
Le système a aussi été appliqué par les chercheurs au soja. Mais soyons plus sceptiques : la production de semences de soja se pratique en plein champ, et à une autre échelle.
Oups ! Elle est à trois branches.
D'une part, d'autres travaillent aussi sur la modification de l'architecture florale des plantes cultivées. Comme c'est surprenant ! Un couple associant la stérilité mâle et un restaurateur de fertilité pour la production de semences hybrides est de longue date un objectif des sélectionneurs. Et M. Stéphane Foucart de préciser que :
« TestBiotech a identifié une centaine de travaux sur leur potentiel de modification de la floraison des plantes cultivées. De même que plusieurs brevets déposés par Monsanto (Bayer), Pairwise, Pioneer (Corteva) ou encore Syngenta (ChemChina), revendiquant des techniques d'édition génomique destinées à altérer la floraison ou les organes reproducteurs d'une longue liste de cultures (maïs, coton, soja, etc.). [...] »
On nous refait donc le coup des méchantes multinationales qui veulent dominer le monde... Testbiotech prévient dans son « rapport » :
« Poussées par l'appât du gain, les entreprises tenteront d'entrer sur le marché le plus rapidement possible. Cela augmentera le rythme et l'ampleur des lancements, ainsi que la pression sur les écosystèmes. »
Toutefois, pour « entrer sur le marché », il faut des produits vendables, susceptibles d'intéresser et donc d'être profitables pour les agriculteurs et les filières d'aval, y compris le cas échéant les consommateurs. Mais l'activisme ne se soucie pas de telles trivialités.
Comme il peut allégrement négliger l'important apport de la recherche publique et académique – que nous rapportons sur ce blog à partir des articles de l'ISAAA – et des petites et moyennes entreprises (pour autant qu'une réglementation ultra-sécuritaire et ruineuse ne les exclue du marché).
Si vous voulez savoir ce que Monsanto veut faire protéger, c'est ici. Accrochez-vous et gardez du paracétamol à disposition... Mais vendons la mèche : cette demande de brevet ne porte pas spécifiquement sur la modification de la biologie florale !
Quant à la pression sur les écosystèmes, c'est à voir...
Ah non ! C'est tout vu. M. Stéphane Foucart écrit :
« Or, comme le rappelle l'organisation allemande, le transfert de tels traits vers des plantes sauvages pourrait avoir des effets considérables sur les insectes pollinisateurs – ou ce qu'il en reste. »
On nous refait ici le coup des semences « Terminator » faussement qualifiées de stériles (elles étaient censées germer et produire des plantes produisant des graines qui, elles, étaient « stériles », incapables de germer. À l'instar de bien d'autres activistes, Vandana Shiva avait en effet propagé l'idée que l'on pouvait, en quelque sorte, hériter de la stérilité de son père :
« La propagation progressive de la stérilité chez les plantes à graines entraînerait une catastrophe mondiale qui pourrait finir par anéantir les formes de vie supérieures, y compris les humains, de la planète. »
Source : Stolen harvest: the hijacking of the global food supply
Donc, ici, foi de Testbiotech et de Stéphane Foucart, un trait hautement préjudiciable à la fertilité pourrait se répandre, non seulement au sein de l'espèce cultivée modifiée, mais encore « vers des plantes sauvages »...
« Pour répondre à l'écroulement des populations d'insectes pollinisateurs, il devient envisageable, grâce aux NGT, d'imaginer le remplacement des abeilles et des papillons par de la robotique et de l'intelligence artificielle. »
C'est faire trop d'honneur aux NGT ! Pas besoin de modifier la morphologie florale chez de nombreuses espèces.
Et M. Stéphane Foucart se réveilla en sursaut :
« Nul ne sait si une telle dystopie verra le jour, mais il est désormais acquis qu'elle relève de l'ordre des choses possibles. »
Oui, on peut par exemple imaginer – répétons : imaginer – que les 170-190 millions d'amandiers de Californie soient pollinisés par une armée de robots plutôt que par les abeilles de 2,7 millions de ruches... dans le cas des variétés autostériles prélevant du pollen sur un arbre et le transportant vers un autre...
Il y a là une sorte de méthode Trump : raconter un bobard percutant et, peu après, le renier ou le ramener à de plus justes proportions.
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