Eau potable, fluopyram, Générations Futures et les médias complaisants : les demi-vérités sont de vrais mensonges
Le tableau est tiré de La Voix du Nord (Source)
Le « 83 000 personnes alimentées par une eau non conforme au fluopyram, un fongicide dangereux, dans les Hauts-de-France » du 28 janvier 2026 – « corrigé » en « 79 250... » est une illustration de la manipulation de l'opinion. Certes, Générations Futures se doit d'alimenter son fonds de commerce – et ceux de ses généreux donateurs du biobusiness. Mais on a aussi une illustration de la faillite de nos médias et de certaines de nos institutions.
Il y a de l'encombrement sur le marché de la pétoche !
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Le 22 janvier 2026, les médias bruissaient sur la sinistre musique d'une manip du Groupement des Agriculteurs Biologiques du Loir-et-Cher, fondée sur l'analyse de la présence de prosulfocarbe dans... 15 prélèvements de produits de jardins de particuliers. Dans Le Monde – du télégraphiste Stéphane Mandard –, c'était fortissimo : « "On a donné des pommes empoisonnées à nos enfants pendant des années" : un pesticide très volatil contamine des jardins de particuliers ». Par contraste, quelle sobriété de Générations Futures : « Prosulfocarbe : un herbicide volatil qui contamine les jardins de particuliers », ravi de publier un « rapport ».
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Le 25 janvier 2026, Le Monde – de M. Stéphane Foucart – nous entretenait du désastre passé et présent des OGM de première génération et de l'apocalypse à venir avec les « nouveaux OGM », avec « L’industrie des OGM repose sur une économie singulière, celle de la promesse éternellement renouvelée ». La première partie de notre analyse est ici.
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Le 29 janvier 2026, Le Parisien, par exemple, titrait sur la base d'une dépêche d'une Agence France Presse fort complaisante – étonnant, non ? – « Des ONG alertent sur les cocktails de pesticides toxiques répandus dans les pommes en Europe ». Une opération d'intoxication médiatique de Pesticide Action Network (PAN) Europe fondée sur l'analyse d'une soixantaine de pommes achetées dans treize pays européens (cinq en France...).
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Le 29 janvier également, Le Monde – de Mmes Stéphane Horel et Raphaëlle Aubert – nous entretenait d'une autre catastrophe à venir sur la base d'une étude délirante commandée par la Commission Européenne : « Les PFAS pourraient fortement contaminer plus de 75 millions d’Européens et coûter jusqu’à 1 700 milliards d’euros à l’UE ». C'est à l'horizon 2050 ; et, selon le texte, « les résultats varient entre 330 milliards et 1 700 milliards d’euros, d’ici à 2050 ». Le Monde... un journal de référence...
Venons-en au sujet de cet article : le 28 janvier 2026, Générations Futures a publié : « 83 000 personnes alimentées par une eau non conforme au fluopyram, un fongicide dangereux, dans les Hauts-de-France ».
Les médias se sont précipités, une mauvaise nouvelle factuelle (même alléguée) étant une bonne nouvelle médiatique.
L'Agence Régionale Hauts-de-France a réagi le jour même par un communiqué au titre neutre, pas du tout aguicheur, « Des traces de Fluopyram retrouvées dans l'eau du robinet de 26 communes des départements du Nord et du Pas-de-Calais ».
Il s'avère que l'un des captages pointé par Générations Futures n'alimente plus la population. L'association soutenue financièrement par le biobusiness et bénéficiant d'une subvention de l'Office Français de la Biodiversité (!) a donc corrigé son titre en « 79 250... ». Et ajouté une explication en introduction à un texte resté substantiellement inchangé.
Persiflons : 83.000 était visiblement un chiffre arrondi... le nouveau chiffre a l'air d'être précis à la dizaine près ; il a pourtant été obtenu en retranchant un chiffre précis d'un chiffre arrondi...
Et, pendant qu'on y est, « une eau non conforme au fluopyram », c'est du charabia.
L'ARS a aussi expliqué :
« Même si l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) n'a pas encore défini la valeur sanitaire maximale du Fluopyram (c'est-à-dire le seuil à partir duquel une eau contenant cette substance ne pourrait plus être consommée), il a été demandé, par précaution, aux organismes responsables de la distribution de l’eau de réaliser les travaux nécessaires pour abaisser la concentration sous la limite de qualité de 0,1 microgramme par litre. Ce travail est en cours.
[…]
Les autorités n’ont prononcé aucune restriction de consommation et informent les habitants des communes qu’ils peuvent continuer à boire l’eau du robinet. »
Ce n'est pas un monument de communication positive. C'est du reste précédé d'une affirmation avec une concessive inopportune, même si l'autorisation en cours expire au 30 juin 2026 (c'est nous qui soulignons) :
« Ce pesticide, toujours autorisé au niveau européen, est recherché dans l'eau de consommation depuis 2025. »
Mais le message final devrait être clair : il n'y a pas de problème particulier.
Sans surprise, cette information n'a pas trouvé place dans le communiqué de Générations Futures : elle casse, pour ainsi dire, la barraque.
Et les médias qui se sont précipitamment fait le relais du message anxiogène se sont aussi gardés de la relayer... on ne va tout de même pas claironner qu'on a réagi imprudemment et qu'on s'est pris les pieds dans le tapis. Le régional de l'étape, La Voix du Nord, le fait mezza voce :
« Si Générations futures n’hésite pas à le qualifier de "dangereux", "l’impact du fluopyram pour la santé n’est pas établi, selon l’ARS. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) n’a pas encore défini de valeur maximale ni de valeur sanitaire transitoire. » Une évaluation de l’Agence européenne des aliments de 2013 ne montrait pas de potentiel génotoxique, tératogène ou neurotoxique.
[…]
Tant que ce risque n’est pas établi et que les habitants n’ont pas reçu une information leur interdisant de consommer l’eau, celle-ci peut être consommée, estime l’ARS.
Une position qui interroge Générations futures qui rappelle que la direction générale de la Santé recommande par précaution de restreindre sa consommation d’eau en l’absence de valeur. [...] »
Bref, les messages des instances officielles ne sauraient prévaloir sur ceux d'une entité dont le fonds de commerce implique de les contester. C'est « une minute pour Hitler, une minute pour les Juifs ».
(Source)
La norme de qualité de 0,1 µg/L pour chaque pesticide (0,03 µg/L pour l'aldrine, la dieldrine, l'heptachlore, etc. et 0,5 µg/L pour la somme des pesticides et métabolites) a été introduite par la directive 80/778/CEE du Conseil du 15 juillet 1980 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine.
Cette valeur n'est pas une norme sanitaire, une limite fondée sur des données toxicologiques ou sanitaires directes, mais une référence pour la qualité de l'eau, que l'on voulait irréprochable. Elle correspondait dans les années 1980 à la limite de détection fiable pour la plupart des pesticides dans l'eau.
Pour le volet sanitaire, on utilise une « valeur sanitaire maximale » ou « Vmax » Ainsi, pour le glyphosate, c'est 900 µg/L (9.000 fois plus élevée que la norme de qualité de 0,1 µg/L). Celle-ci est calculée à partir de la dose journalière admissible en veillant à ce que la contribution de l'eau potable à l'exposition totale ne contribue pas à un dépassement de la DJA.
Comme nous l'avons vu ci-dessus, il n'y a pas de valeur sanitaire maximale pour le fluopyram. On peut raisonnablement supposer qu'elle n'a pas été jugée nécessaire.
Que représentent les 1,245 µg/L d'Inchy-en-Artois, la plus haute valeur relevée dans le tableau de La Voix du Nord ?
La dose journalière admissible est de 0,012 mg/kg poids corporel. Cela correspond à 0,72 mg (ou 720 µg) pour une petite personne de 60 kg.
Il faudrait donc que cette personne ingurgite... 578 litres (720/1,245) pour qu'elle atteigne sa dose journalière admissible.
Si on se fonde sur la valeur de 1,778 µg/L évoquée par Générations Futures, on reste encore très largement au-dessus des capacités humaines, avec 405 litres.
On comprend donc sans peine la position des autorités...
Notez bien que l'ARS aurait pu produire une information de ce type pour muscler son communiqué de presse.
Analyser en détail le communiqué de presse de Générations Futures serait fastidieux et se heurterait à la loi de Brandolini selon laquelle l'énergie nécessaire pour réfuter une ânerie serait un ordre de grandeur supérieure à celle qu'il a fallu pour la créer.Voici cependant quelques éléments.
Selon le titre, le fluopyram serait « un fongicide dangereux ». La référence au « danger » – plutôt qu'aux « risques » – est un stratagème courant des fabricants de peur. Tout comme, du reste, les références à la norme de qualité plutôt qu'aux indicateurs réellement pertinents.
Selon le texte, le fluopyram serait « problématique ». S'il n'est pas classé dangereux aujourd'hui par l'Agence Européenne des Produits Chimiques, il
« fait l’objet de discussions et controverses et une proposition de l’Autriche de le classer en tant que suspecté cancérigène (catégorie 2) est actuellement à l’étude ».
Le lien fait sérieux... mais il ne permet pas d'en savoir davantage. La proposition ne semble pas avoir avancé depuis près d'un an. Selon la « PPDB: Pesticide Properties DataBase » de l'Université du Hertfordshire, le fluopyram serait « connu comme ne posant pas un problème » de cancérogénicité. Un rapport de la Commission Européenne de 2019 (accessible à partir d'ici) n'évoque aucun problème de santé humaine.
Et puis l'Autriche... très sensible aux manœuvres de Global 2000, succursale des Friends of the Earth...
Mais il n'est pas impossible que le fluopyram soit vraiment cancérigène... à des doses de cheval de l'ordre de la centaine de milligrammes par kilogramme de poids corporel chez le rat et la souris.
En tout cas, un classement en « cancérogène suspecté » sonnerait le glas du fluopyram dans une Europe Petit Poulet (Chicken Little).
Mais Générations Futures a un autre atout dans la manche : le fluopyram appartient à la famille des fongicides SDHI, inhibiteurs de la succinate déshydrogénase...
« qui préoccupe particulièrement les scientifiques en raison de leur mode d’action. [...], ils inhibent la respiration cellulaire des champignons, ce pourquoi ils sont conçus, mais aussi celle des vers de terre ou des humains. Dès 2018 un collectif de chercheurs, spécialistes de la respiration cellulaire, a donné l’alerte sur cette famille de fongicides, ce mécanisme d’action pouvant être responsable chez l’homme de maladies neurologiques ou de cancers. »
La langue française est intraitable : c'est « les » ou « des » scientifiques. En l'occurrence, il fallait écrire « des », mais comme c'est de la littérature activiste, « les » faisait l'affaire...
Il s'agit en l'occurrence d'une – seule – équipe autour de Paule Bénit et Pierre Rustin. Ceux-ci avaient fait grand bruit à partir d'octobre 2017, ouvrant notamment un site web au militantisme exhubérant, invectivant l'ANSES, mobilisant l'OPECST avec une audition « mémorable » – lire « lamentable » –, tout cela pour finir au milieu de nulle part.
La première référence est un... preprint de cette équipe sur BioRxiv de mars 2018. Il n'est jamais devenu un article publié dans une revue, même pas prédatrice. Ce qui est rapporté pour les vers de terre et les humains semble spéculatif, au mieux le résultat d'une manip sur un coin de paillasse.
Et la deuxième référence est une tribune, essentiellement de la même équipe, dans une revue scientifique de premier plan... nous avons nommé... Libération.
Voici le morceau de bravoure dans son intégralité :
« En 2023, l’Anses a revu à la baisse les valeurs toxicologiques de référence de plusieurs SDHI, dont le fluopyram, à l’issue d’une expertise collective particulièrement controversée. Dans un avis “divergent” non endossé par l’Anses, 3 chercheurs recommandent d’établir une dose journalière admissible pour le fluopyram beaucoup plus basse, en appliquant une marge de sécurité plus importante que celle utilisée par l’Anses. La mauvaise qualité des études de cancérogénicité disponibles dans le dossier, reconnue par l’Anses, justifie selon eux de prendre des précautions supplémentaires. »
Quand c'est flou, il y a un loup... Sauf erreur, les références toxicologiques n'ont pas été modifiées pour le fluopyram.
Mais, bien évidemment, l'avis de trois chercheurs dissidents ne peut que prévaloir selon une littérature qui, de manière routinière, jette la suspicion sur les organismes officiels quand leur position dérange. Parmi les « dissidents », Sylvie Bortoli et Laurence Huc, co-signataires de preprint susmentionné... Laurence Huc est aussi une des figures de proue des Scientifiques en Rébellion.
Cette expertise collective illustre de manière caricaturale les limites de l'exercice – à l'instar, par exemple du groupe de travail du CIRC qui a classé le glyphosate en cancérogène probable : convoquez des militants au sein de l'équipe, et dites adieu à la rationalité.
Notons encore que la référence pour le caractère controversé de l'expertise est un article du Monde, « Pesticides SDHI : l’Anses n’identifie pas de risques au terme d’une expertise controversée », d'un Stéphane Foucart ici bien inspiré.
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Les nitrates... air connu. Les perchlorates sont un « souvenir » de la Première Guerre Mondiale (les munitions non explosées relâchant des produits de dégradation des explosifs).
Le TFA – acide trifluoro-acétique – est censé être un métabolite des produits de protection des plantes fluorés, dont le fluopyram. Le mettre sur le billot, c'est décapiter d'un coup toute la famille (cela a été fait au Danemark).
On comprend donc aisément que le TFA soit l'objet de toutes les attentions.
Un « appel urgent à interdire le fongicide fluopyram du fait de ses émissions de TFA » signé par Mme Maria Pelletier, présidente de Générations Futures, pour le compte de 29 ONG, a ainsi été envoyé à la Commission Européenne le 31 janvier 2025.
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Curieusement, cet appel n'a pas été évoqué dans le communiqué de presse de Générations Futures. Mais,
« Générations Futures va également faire une nouvelle demande auprès de l’Anses pour ré-évaluer les autorisations des produits à base de fluopyram afin de prendre en compte ces non-conformités constatées, et d’évaluer les risques de contamination liées au TFA. »
Curieusement ? Peut-être pas : cela ne fait pas avancer un objectif franco-français. Laissons la parole à Mme Pauline Servan :
« Alors que les discussions au sein du Groupe National Captage (GNC) sont au point mort et que le Premier Ministre Sébastien Lecornu a annoncé un moratoire sur toutes les questions relatives à l’eau, les parlementaires auront la possibilité, le 12 février prochain, de voter pour une proposition de loi visant à protéger les captages. Nous appelons tous les députés à prendre leur responsabilité et voter en faveur d’une loi qui permettra de prévenir toute nouvelle pollution et ainsi de limiter les coûts, qu’ils soient sanitaires ou économiques, liés à la pollution de l’eau. »
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