Célébrons 250 ans de liberté américaine, née dans les fermes américaines
Mark Wagoner, Réseau Mondial d'Agriculteurs*
C'est un article difficile à placer au vu de la situation actuelle. Le camouflet que vient d'infliger la Cour Suprême au Président Donald Trump au sujet des droits de douane et les critiques que ne manqueront pas de susciter son discours sur l'état de l'Union ce soir me donnent l'occasion de présenter une partie de l'histoire états-unienne.
Nos pères fondateurs étaient des agriculteurs, ou fermiers, fondateurs.
Avant de bâtir notre pays, ils ont travaillé la terre et, ce faisant, ils ont cultivé les habitudes qui ont rendu possible la liberté américaine.
« Ceux qui travaillent la terre sont le peuple élu de Dieu », a écrit Thomas Jefferson, l'auteur de la Déclaration d'Indépendance, dont le 250e anniversaire aura lieu dans six mois.
Les Américains se préparent déjà pour le 4 juillet 2026 avec des événements, des vidéos narratives et l'inévitable commission gouvernementale. Le président Trump a promis « une fête d'anniversaire comme vous n'en avez jamais vue auparavant ». Il a appelé à l'organisation d'une « Grande Foire américaine » qui débutera dans l'Iowa, proposera des programmes dans tout le pays, puis culminera sur le National Mall à Washington, D.C.
Alors que nous célébrons cet anniversaire, rappelons-nous à quel point les agriculteurs y ont contribué.
Notre plus grand agriculteur fondateur était George Washington, dont j'ai parlé il y a plusieurs années, après une visite de sa maison historique de Mount Vernon, qui était en fait une ferme.
Washington n'a pas signé la Déclaration d'Indépendance. Le 4 juillet 1776, il était général et préparait ses troupes à défendre New York contre les Britanniques.
Dans ce que nous appelons aujourd'hui l'Independence Hall à Philadelphie, 56 hommes courageux ont apposé leur signature au bas de la Déclaration d'Indépendance. Près de la moitié d'entre eux étaient des agriculteurs, ou « planteurs », pour employer un terme courant à l'époque.
Ces Américains ont engagé « leur vie, leur fortune et leur honneur sacré » dans cette cause, sachant pertinemment que cela faisait d'eux des traîtres aux yeux du gouvernement britannique.
« We must indeed all hang together, or most assuredly we shall all hang separately »**, a déclaré Benjamin Franklin, l'un des 56 signataires.
Franklin s'intéressait à l'agriculture et a même mené quelques expériences. À l'instar des agriculteurs régénératifs d'aujourd'hui, il s'intéressait particulièrement à la restauration de la fertilité des sols appauvris.
Il serait toutefois erroné de le qualifier d'agriculteur. À une époque où la plupart des Américains travaillaient dans la production alimentaire, il était principalement imprimeur. Il ne cultivait pas la terre et n'élevait pas de bétail.
De plus, nous avons le choix entre de nombreux autres agriculteurs fondateurs.
Parmi eux, Samuel Huntington, du Connecticut. Il a commencé sa vie dans une ferme d'un peu plus de 40 hectares. Il est finalement devenu avocat et homme politique, mais il n'a jamais oublié ses racines et a toujours conservé sa propriété rurale.
Un autre signataire, John Hart, du New Jersey, a été agriculteur toute sa vie. Sa famille exploitait plus de 120 hectares, produisant du blé et du maïs, ainsi que du bétail à viande et laitier. Beaucoup de ses contemporains considéraient qu'il incarnait le mieux l'esprit américain d'autonomie gouvernementale issu de la propriété foncière.
Le principal auteur de la Déclaration d'Indépendance était bien sûr Jefferson. Nous avons tendance à le considérer comme un patriote et un président. Mais il était également planteur et supervisait une ferme d'environ 2.000 hectares.
En octobre, j'ai visité Monticello, la maison de Jefferson en Virginie. J'ai été surpris de découvrir qu'elle était située au sommet d'une colline. J'ai appris que son nom, en italien, signifie « petite montagne ». La vue sur les environs est magnifique.
Comme beaucoup de sudistes, Jefferson cultivait beaucoup de tabac. Dans les années 1790, il s'est tourné vers le blé, car celui-ci était meilleur pour le sol. Il appréciait également le fait que cette culture pouvait nourrir la population.
Il ne reste plus beaucoup de terres agricoles à voir du côté de l'ancienne demeure de Jefferson. Contrairement à Mount Vernon, dont le patrimoine agricole est mis en valeur, ce qui se rapproche le plus d'un champ cultivé à Monticello est un jardin. En se promenant sur le site, on ne se douterait pas nécessairement qu'il s'agissait autrefois d'une ferme.
À l'exception d'une chose : les quartiers d'habitation et les ateliers des esclaves de Jefferson.
Monticello était une plantation esclavagiste. Jefferson a réduit en esclavage des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants. Ils étaient les principaux travailleurs de la ferme.
Cela rend l'héritage de Jefferson difficile et compliqué. Je vois cela de deux manières.
D'une part, nos pères fondateurs comprenaient à la fois les grands hommes qui ont signé la Déclaration d'Indépendance et toute une génération d'Américains dont les noms ne sont pas restés dans l'histoire. Cela inclut les hommes et les femmes de la Nouvelle-Angleterre qui ont librement donné leur travail pour cultiver la terre. Cela inclut également les esclaves dont le travail forcé a apporté la prospérité aux planteurs du Sud. Chacun d'entre eux, blanc ou noir, homme ou femme, riche ou pauvre, fait partie de l'histoire américaine.
Deuxièmement, Jefferson possédait peut-être des esclaves, mais il condamnait également l'esclavage. Il en a vu l'horreur de ses propres yeux. Il l'a qualifié de « dépravation morale » et de « tache hideuse ». Et bien sûr, il a écrit les mots qui ont plus que tout autre dans l'histoire mondiale contribué à faire progresser la liberté : « tous les hommes sont créés égaux ».
Traitez-le d'hypocrite. Traitez-le de héros. Peut-être était-il les deux. Une chose me semble vraie : la liberté américaine est née dans les fermes américaines.
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* Mark Wagoner
Mark Wagoner est un agriculteur familial de troisième génération du sud-est de l'État de Washington. Il produit des semences de luzerne pour quatre grandes sociétés de semences. La pollinisation est assurée par l'abeille alcaline, une abeille indigène nichant au sol, et par l'abeille coupeuse de feuilles. Mark travaille avec la National Alfalfa and Forage Alliance et l'Environmental Protection Agency (EPA) pour s'assurer que des insecticides sûrs et efficaces sont disponibles pour être utilisés pendant le vol des abeilles.
Mark est membre bénévole de nombreux conseils traitant des questions relatives à l'eau et à l'utilisation des terres. Il a été nommé au comité Walla Walla Valley 2050 du département de l'Écologie de l'État de Washington, un groupe de planification visant à améliorer la disponibilité de l'eau dans la vallée. Il travaille avec diligence à l'élaboration et à la mise en œuvre de stratégies de coexistence pour la production de luzerne conventionnelle, biologique et génétiquement améliorée. Il a été membre bénévole du conseil d'administration du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network).
* Source : Celebrating 250 years of American Freedom, Born on American Farms – Global Farmer Network
** « Nous devons tous, en effet, nous serrer les coudes, sinon nous serons tous, assurément, pendus séparément » ou plus librement – pour rendre l'usage de « hang » en double – « Nous devons tous, en effet, tirer sur la même corde, sinon nous pendrons tous, assurément, chacun au bout d'une corde ».
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