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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Science & Vie et les nouvelles techniques génomiques

17 Janvier 2026 Publié dans #critique de l'information

Science & Vie et les nouvelles techniques génomiques

 

Information scientifique ou panurgique ?

 

 

Il y a un mois, l'Académie d'Agriculture de France attribuait le Prix de l’Information Scientifique 2025 à M. Hugo Leroux pour son article « Nouveaux OGM, bientôt dans nos assiettes ? » publié dans Science & Vie. Elle a salué « la présentation équilibrée et précise des enjeux scientifiques, réglementaires et éthiques liés aux NGT (Nouvelles Techniques Génomiques) ». Depuis lors, il y a eu un hors-série sur « Génétique – les Nouveaux Outils »... un désastre...

 

 

Il était pas mal, ce « Nouveaux OGM, bientôt dans nos assiettes ? » de M. Hugo Leroux, publié dans le Science & Vie d'août 2025. Le titre était certes putaclic et le chapô, racoleur comme il le faut dans une société qui, hélas, ne cultive plus guère l'optimisme et compte tenu du contexte politique :

 

« Les nouvelles techniques génomiques (NTG) attendent le feu vert de la Commission européenne pour pouvoir intégrer nos exploitations agricoles.

 

Élaborées grâce à l'outil Crispr-Cas9, elles offrent des modifications plus subtiles de l'ADN des plantes en plus de l'introduction de gènes étrangers. Une promesse d'innocuité et de sécurité qui ne convainc pas tous les scientifiques… »

 

Ce n'est pas tous les jours qu'une revue donne une place de choix à M. Pierre Barret, chercheur à l'INRA Clermont-Auvergne-Rhône-Alpes, M.  François Parcy, directeur de recherche à l'Université de Grenoble et auteur d'un formidable « Les clés du champ: Comment domestiquer les plantes » et Mme  Agnès Ricroch, chercheuse en génétique évolutive à AgroParisTech... et à des propos positifs sur les perspectives d'avenir offertes par les outils génétiques les plus récents pour l'agriculture, l'alimentation, l'environnement, etc.

 

Il a certes fallu évoquer les objections, récriminations et craintes des opposants indurés et des sceptiques, mais cela s'est fait en quelque sorte en douceur. Un paragraphe résume bien l'approche qui a été prise :

 

« Dans une lettre ouverte publiée en janvier 2024, 37 Prix Nobel et 1 500 chercheurs exhortaient le Parlement européen à encourager leur développement, notamment pour rendre l'agriculture plus durable. À l'opposé, dans une tribune rédigée en décembre 2022, 100 scientifiques appelaient à leur interdiction, “tant que les preuves n'auront pas été réunies établissant l'innocuité des effets directs et indirects”. »

 

Donc : 1.500 contre 100...

 

Le jury de l'Académie d'Agriculture de France « a salué "la présentation équilibrée et précise des enjeux scientifiques, réglementaires et éthiques liés aux NGT (Nouvelles Techniques Génomiques)" », selon un billet sur LinkedIn.

 

On ne peut que souscrire à cette opinion et féliciter M. Hugo Leroux pour son article et son prix.

 

Il semble cependant que cet équilibre n'ait pas été du goût de tout le monde, ayant péché contre une règle du post-modernisme qui veut que toutes les opinions se valent et qu'il convient par conséquent, le cas échéant, d'offrir « 5 minutes à Hitler et 5 minutes aux Juifs ».

 

Science & Vie est revenu sur la question dans son numéro hors-série de janvier 2026, « Génétique – les Nouveaux Outils », avec « NTG, des OGM 2.0 ? ».

 

C'est un désastre !

 

Et c'est à se demander si ce n'était pas un exercice contraint, imposé à M. Hugo Leroux.

 

En chapô :

 

« Les nouvelles techniques génomiques (NTG) promettent des plantes plus résistantes et adaptées au climat. Mais elles soulèvent des questions sur les brevets et le modèle agricole de demain. »

 

Ce qui devrait être un élément positif, encourageant, est rapidement bémolisé :

 

« Pour les promoteurs de ces techniques, les NTG permettraient, d'accélérer la sélection végétale, en créant plus rapidement des plantes résistantes aux maladies, adaptées au stress climatique ou plus nutritives. "Les OGM vantaient les mêmes promesses : éradiquer la faim dans le monde, éliminer herbicides et pesticides... Or, chacun peut remarquer le bilan actuel", observe la chercheuse [Dominique Desclaux, chercheuse en agronomie et génétique à l'INRAE].

 

Un argument parfaitement foireux ! Parce que les « OGM de première génération » (les transgéniques) n'ont pas été à la hauteur des « promesses », les produits des NGT ne peuvent que subir le même sort !

 

Citons encore Mme Isabelle Goldringer, qui a eu droit à un pavé :

 

« On ne peut pas réduire une exploitation agricole à une somme de gènes qu'il faut optimiser Une résistance durable, aux maladies ou aux aléas climatiques, ça passe d'abord par la diversité biologique et paysagère. »

 

Et donc, les NTG...

 

Il y a aussi un couplet sur les brevets et les conséquences. Mme Dominique Desclaux s'en fait l'experte :

 

« C'est la porte ouverte à un imbroglio juridique. Des semences paysannes ou traditionnelles qui contiendraient une séquence génétique 'semblable' à celle obtenue par NTG pourraient-elles être poursuivies pour contrefaçon ? »

 

Et :

 

« En 2018, six multinationales se [...] partageaient [le marché des semences] : Monsanto, Bayer, BASF, Syngenta, Dow et Dupont. Depuis, Bayer a racheté Monsanto et Dow et DuPont ont fusionné. »

 

Et pour conclure, Mme Isabelle Goldringer :

 

« La vraie question est celle du modèle agricole que nous voulons. »

 

Quo vadis, INRAE ?

 

Science & Vie conclut pour sa part :

 

« À l'heure où l'UE doit trancher, ce choix déterminera si les NTG serviront à renforcer le modèle dominant d'agriculture intensive en monoculture... ou à encourager des systèmes plus diversifiés et résilients. »

 

Un sophisme du faux dilemme complètement foireux...

 

Il fut un temps où la presse de vulgarisation scientifique et technique, dont un Science & Vie plus que centenaire (le premier numéro est sorti le 1er avril 1913), contribuait à forger un esprit d'ouverture aux progrès et au génie inventif de l'Homme.

 

Il y a des sujets pour lesquels l'angle choisi par Science & Vie n'est pas le courage d'éclairer, mais la lâcheté devant une opinion « publique » forgée par des militants et... renforcée par ses publications.

 

Le premier article – primé par l'Académie d'Agriculture de France – a fait exception. L'article du hors-série est un marqueur du désastre.

 

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