Nouvelles techniques génomiques et Le Monde de... Un grand moment de trumpitude !
(Source)
L'édition papier de la chronique de M. Stéphane Foucart dans Le Monde des 25-26 janvier 2026 – « Nouveaux OGM, un air de déjà-vu » – comporte deux pavés : « L'industrie des biotechnologies végétales repose sur une économie singulière, celle de la promesse éternellement renouvelée », et : « Depuis l’adoption des OGM, la dépendance de l’agriculture américaine aux herbicides a explosé ». Donc, ça a foiré, et ça foirera aussi avec les « nouveaux OGM »...
Autopsie d'un grand moment de trumpitude (première partie).
Ce dimanche 26 janvier 2026, c'était au tour de M. Stéphane Foucart de publier sa chronique dans Le Monde. Le sujet était tout trouvé, car la commission Environnement du Parlement Européen devait se prononcer le mercredi 28 janvier sur le texte du projet de règlement sur les nouvelles techniques génomiques issu d'un « trilogue », une concertation entre représentants de la Commission, du Conseil et du Parlement (le dernier texte disponible semble être celui-ci).
Ce fut donc, sur la toile, « L’industrie des OGM repose sur une économie singulière, celle de la promesse éternellement renouvelée » (les guillemets font partie du titre) et, dans l'édition papier, « Nouveaux OGM, un air de déjà-vu).
En chapô dans la version électronique :
« Les avantages vantés par les promoteurs des nouvelles techniques génomiques ressemblent fort à ceux déjà mis en avant il y a trente ans, lors de l’introduction des premiers OGM, observe, dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au "Monde". »
Cela a l'air anodin, contrairement au titre au sous-entendu accusateur ou méprisant. Cela pourrait même être juste si on trouvait des références sérieuses pour la « promesse » ou les « avantages vantés par les promoteurs » d'hier et d'aujourd'hui.
C'est que les techniques en cause ont le même objectif : modifier – à notre avantage – la constitution génétique des plantes que nous cultivons ; et que leur potentiel est fondamentalement inépuisable.
C'est presque anodin... La Commission Européenne « vante »-t-elle des avantages ou décrit-elle simplement le champ d'application lorsqu'elle écrit dans une page décrivant le compromis issu du trilogue :
« Les nouvelles techniques de sélection végétale peuvent contribuer à des systèmes agroalimentaires durables et aider à relever des défis tels que l'insécurité alimentaire mondiale et le changement climatique, en procurant des avantages pour les agriculteurs, les consommateurs et l'environnement. Les nouvelles méthodes pourraient permettre de réduire l'utilisation de pesticides et de mettre au point des végétaux ayant une moindre teneur en allergènes. »
Le potentiel ne peut se réaliser que si les produits de ces techniques sont accueillis favorablement par la société sur la base d'une réglementation qui ne soit pas castratrice et d'une opinion publique qui ne soit pas hostile.
Les instances européennes s'emploient à rectifier, pour les nouvelles techniques génomiques, le cadre réglementaire qui a ostracisé les techniques de transgenèse... M. Stéphane Foucart tente de peser sur l'opinion publique (enfin, celle qui lit Le Monde), la foucartise ou foucartade tournant à la trumpitude...
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Avant-après pour la betterave à sucre. (Source : « Betterave à sucre GM aux USA : l'avenir est-il dans le passé ? »)
Il est question de nouvelles techniques génomiques dans la proposition de règlement européen. La première technique sophistique déployée par M. Stéphane Foucart consiste à les aligner sur les techniques de transgenèse, de première génération (les « OGM ») et leur échec allégué :
« Les promoteurs de ces nouvelles technologies font miroiter une réduction des intrants, de meilleurs rendements, l’adaptation des cultures aux températures élevées, aux sécheresses, aux pathogènes, etc. Mais il y a là comme un air de déjà-vu : à la fin des années 1990, les mêmes arguments, parfois aux mots près, étaient mis en avant par les promoteurs des premières générations d’OGM. »
C'est donc le sophisme du déshonneur par association.
Les OGM (transgéniques) sont actuellement cultivés sur plus de 200 millions d'hectares dans le monde par plus de 17 millions d'agriculteurs. ceux-ci doivent donc leur reconnaître des mérites (sauf à croire qu'ils sont suffisamment stupides ou généreux pour remplir les poches des méchants agrochimistes). C'est, une vérité qui dérange...
L'auteur se rabat donc sur les seuls États-Unis d'Amérique... avec quelques éléments et, surtout, le bon vocabulaire (c'est nous qui graissons ici) :
« Dans un rapport de 2016, l’Académie des sciences américaine reconnaissait n’avoir aucune preuve d’un effet positif sur les rendements à partir des données nationales. »
C'est faux !
Voici un extrait du rapport souvent cité – certes pas par les activistes qui nous induisent en erreur avec des constats portant sur le taux global de croissance du rendement :
« Bien que l'ensemble des données expérimentales indique que les caractères génétiquement modifiés contribuent à l'augmentation réelle des rendements, les données de l'USDA ne montrent pas qu'ils aient considérablement accéléré le rythme de croissance de l'agriculture américaine [en termes de rendements]. »
Un esprit rationnel relèvera que les deux traits principaux qui ont pu accéder au marché – la tolérance au glyphostate (HT) et la résistance à certains insectes (Bt) – n'ont pas pour objectif premier d'améliorer les rendements, mais d'améliorer la gestion des cultures.
Un gain de rendement ne se matérialise donc pas forcément. Il s'est matérialisé dans le cas de la betterave à sucre, le glyphosate ayant remplacé des herbicides qui avaient un effet inhibiteur sur la betterave.
Rendements (1 ton/acre = 2,24 t/ha). Source : « Betterave à sucre GM aux USA : l'avenir est-il dans le passé ? »
M. Stéphane Foucart s'interroge ensuite pompeusement et répond outrageusement :
« Ont-ils permis de réduire l’usage des pesticides ? Les chiffres sont cruels. Depuis l’adoption des OGM, la dépendance de l’agriculture américaine aux herbicides a explosé. [...] »
C'est l'illustration du cum hoc, ergo propter hoc (avec cela, donc à cause de cela).
La « dépendance » aux herbicides est le résultat de choix agronomiques et économiques complexes que nous ne détaillerons pas ici. On pourra lire ou parcourir avec intérêt une étude du service de recherche économique de l'USDA, « Pesticide Use in U.S. Agriculture: 21 Selected Crops, 1960-2008 », de Jorge Fernandez-Cornejo, et al. Ou encore : « Derrière les données : les tendances de l'utilisation des pesticides aux États-Unis », de Brian Boyce.
Ce qui est cruel – pour le lecteur –, c'est de voir une question posée sur les pesticides et une réponse sur les seuls herbicides, à commencer par le glyphosate.
Ben oui ! Le recours au glyphosate a beaucoup augmenté depuis sa mise en marché au milieu des années 1970. Les chiffres produits par Charles (Chuck) Benbrook – un scientist for hire (scientifique à gages) qu'on pourra croire dans le cas présent – sont éloquents.
Le glyphosate est tombé dans le domaine public en 2000 et est devenu nettement moins cher – c'est sans rapport avec les OGM mais cela a contribué à sa popularité. Pas qu'aux États-Unis d'Amérique, de sorte que citer un chiffre – « 136 000 tonnes de glyphosate, soit environ dix fois plus qu’en 1995 » – sans le contextualiser est – disons poliment – contestable.
Les OGM HT ayant pour propriété de résister au glyphosate, il est fort logique que les agriculteurs recourent à une solution de désherbage particulièrement efficace et que les quantités utilisées aient augmenté en conséquence de manière importante.
Il sera du reste difficile de trouver des preuves à l'appui de : « Les promoteurs de ces nouvelles technologies font miroiter une réduction des intrants », s'agissant du glyphosate... Pour nombre d'activistes, les variétés HT ont été un outil déployé par Monsanto pour vendre son herbicide honni... C'est l'illustration du « pile, je gagne, face tu perds »...
Dans les cultures HT, le glyphosate a largement remplacé d'autres herbicides, souvent problématiques contrairement au glyphosate, et aussi d'autres formes de contrôle des adventices comme les façons culturales de pré-semis et le désherbage mécanique. Certes, « les – corrigeons : "des" – anciennes molécules qui reviennent en grâce, pour cause d’apparition de mauvaises herbes résistantes ».
(Source : Jorge Fernandez-Cornejo, et al., « Pesticide Use in U.S. Agriculture: 21 Selected Crops, 1960-2008 », USDA-ARS)
Les cultures HT ont été un formidable moteur du développement des techniques culturales simplifiées et notamment du semis direct (sans labour), qui sont elles-mêmes de formidables progrès agronomiques et environnementaux.
Mais cela n'a malheureusement pas trouvé place dans la chronique de M. Stéphane Foucart.
Les variétés Bt, résistantes à des insectes ravageurs, auraient-elles eu plus de succès ? Répondu aux promesses ? Produit les « avantages vantés par [leurs] promoteurs » ?
« De plus, en dépit du développement des OGM dits "Bt", qui sécrètent une toxine naturelle contre les ravageurs, les usages d'insecticides de synthèse toujours plus puissants n'ont pas faibli. Au contraire. La "charge toxique" de l'agriculture américaine pour les pollinisateurs s'est envolée dans des proportions inimaginables [...] »
À l'évidence, cela ne répond pas à la question. Du reste, quelle est la question ? Réduction du recours aux insecticides, augmentation de la production, de la qualité et de la sécurité du rendement (et de la sérénité du producteur), augmentation et sécurisation du revenu du producteur... le problème est multifactoriel.
Les réponses ne sont pas simples. Parmi les variables il y a notamment la substitution d'anciens insecticides par des nouveaux appliqués à doses plus réduites (dont les néonicotinoïdes), l'émergence de ravageurs précédemment secondaires qui remplissent la niche écologique laissée vacante par le ravageur bloqué par le Bt ou qui prennent de l'importance du fait de la réduction des traitements, etc. Le graphique ci-dessous montre par exemple que la diminution des doses a commencé bien avant l'arrivée et la généralisation des variétés Bt.
(Source : Jorge Fernandez-Cornejo, et al., « Pesticide Use in U.S. Agriculture: 21 Selected Crops, 1960-2008 », USDA-ARS)
Et voici, en images, ce que cela a donné au Bangladesh pour l'aubergine Bt :
(Source : « "Well fed" – bien nourris, un vrai documentaire sur les OGM » – Source primaire)
On imagine, sur la base de ces deux images, les effets sur la santé des producteurs. Une étude socio-économique a montré que l'aubergine Bt a été un « game changer » – voir sur ce site : « Performance socio-économique de la culture de l'aubergine Bt au Bangladesh : ex-tra-or-di-nai-re ». Le tableau ci-dessous est tiré de l'étude.
(Source)
Mais ce ne sont par les États-Unis d'Amérique...
M. Stéphane Foucart préfère renvoyer à « An assessment of acute insecticide toxicity loading (AITL) of chemical pesticides used on agricultural land in the United States » (une évaluation de la charge toxique aiguë des insecticides (AITL) contenus dans les pesticides chimiques utilisés sur les terres agricoles aux États-Unis) de Michael DiBartolomeis, Susan Kegley, Pierre Mineau, Rosemarie Radford, Kendra Klein.
Trois des cinq auteurs relèvent d'entités pour le moins curieuses et obscures. Une autre de Friends of the Earth. Et le dernier est un universitaire lié à la Task Force on Systemic Pesticides (TFSP), une nébuleuse de chercheurs militants qui s'est fixé pour mission d'éradiquer, notamment, les néonicotinoïdes. L'article ne comporte aucune déclaration sur les conflits d'intérêts. Bref, le genre de littérature qui sied à la ligne éditoriale du Monde.
(Source)
Les auteurs ont concocté un « Acute Insecticide Toxicity Loading (AITL) » (charge toxique aiguë d'insecticide) dont la brillante carrière dans la littérature scientifique s'est arrêtée à cet article. Il n'a pas plus eu de succès dans la littérature activiste... mais il a été ressuscité par M. Stéphane Foucart :
« […] selon des travaux publiés en 2019 dans la revue PLoS One, elle [la charge toxique aiguë d'insecticide] a été multipliée par quarante-huit entre 1992 et 2014. »
Comme déjà noté, c'est sans rapport avec la question des progrès apportés par les cultures Bt. Mais cela ne s'arrête pas là :
« Traduction : là où l'agriculture américaine tuait une seule abeille en 1992, elle en tuait près d'une cinquantaine vingt ans plus tard. »
Voilà une « traduction » fort osée et, pour tout dire, scandaleuse.
Il est temps de conclure cette partie pour M. Stéphane Foucart. Le réquisitoire est digne des Torquemada et autres grands noms de la répression :
« Les OGM n'ont pas rendu l'agriculture plus vertueuse ou moins toxique, ils ont contribué à l'extension des parcelles, à l'industrialisation des pratiques, à la réduction de l'emploi agricole, à une dépendance toujours plus forte des exploitations aux firmes semencières et chimiques (souvent les mêmes).
L'industrie des biotechnologies végétales repose donc sur une économie singulière, celle de la promesse éternellement renouvelée. »
Cette description outrageusement outrancière des effets (allégués) des OGM de première génération fait l'impasse sur les produits autres que les HT et les Bt – les produits mis sur le marché tels que le papayer de Hawaï rendu résistant à un virus ; ceux restés dans les cartons du fait d'un activisme aussi borné qu'influent, d'une veulerie politique et d'un rigorisme judiciaire, tels que le Riz Doréou les pommes de terre résistantes au mildiou ; et ceux qui n'ont pas dépassé le stade des ambitions et des rêves de chercheurs tant du privé que du public rendus illusoires et inaccessibles par un environnement socio-politique et économique obstructif.
Elle sert de tremplin pour le dézinguage des NGT.
Mais ce sera pour un autre article.
Le mercredi 29 janvier 2026, la Commission ENVI du Parlement Européen a voté en faveur du texte issu du trilogue par 59 voix pour, 24 contre et deux abstentions. De bon augure pour le vote en plénière.
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