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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'eusses-tu cru ? Pas de poulaillers... pas de poules... pas d'œufs...

22 Janvier 2026 Publié dans #Activisme, #critique de l'information, #Politique, #Elevage

L'eusses-tu cru ? Pas de poulaillers... pas de poules... pas d'œufs...

 

 

(Source)

 

 

Les médias ont découvert des rayons de supermarchés vides... pénurie d'œufs... Il y a de quoi pérorer... sauf sur le vrai problème !

 

 

Une pénurie d'œufs...

 

Ah, la bonne nouvelle pour les médias ! Il y a une pénurie d'œufs. Vite un article ! Un petit coup de projecteur sur des rayons vides, quelques explications ou « explications » et un truc plus ou moins capillotracté pour conclure.

 

 

(Source)

 

 

Le problème n'est pas récent. Le 13 novembre 2025, l'UFC-Que Choisir publiait : « La production peine à répondre à l’appétit des Français » en évoquant un problème existant depuis plusieurs mois.

 

Précédemment, le 2 mai 2025, FranceInfo mettait en ligne une séquence de 2 minutes de France 2, « Œufs : la France manque-t-elle de poules ? » Le classique micro tendu à des quidams, entrecoupé par le constat qu'« il faudrait 300 poulaillers de plus, soit un million de poules supplémentaires d'ici cinq ans » et se terminant par un cocorico : la France est le premier producteur d'œufs d'Europe. Bref, tout va bien, ou presque.

 

Mais on s'est réveillé ces derniers jours. Il y a des causes ponctuelles – comme les épidémies de grippe aviaire ou les intempéries qui ont perturbé les livraisons ou encore les galettes ; une cause conjoncturelle – l'abandon progressif de l'élevage en cages qui diminue la capacité de production des poulaillers ; et une cause systémique – l'augmentation de la consommation d'œufs, liée pour partie à l'amincissement des porte-monnaies des consommateurs, qui n'est pas suivie par l'augmentation de la production.

 

 

...structurellement conjoncturelle (ou l'inverse)

 

La communication du Comité National pour la Promotion de l'Œuf (CNPO) est quelque peu brouillée. Dans « Pénurie d'œufs: pourquoi les rayons des supermarchés sont régulièrement vides », BFMTV écrit :

 

« Mais les difficultés pour trouver des œufs remontent à plus longtemps que cela. Voilà déjà plusieurs mois que la filière est en tension et que certaines références manquent à l'appel en supermarché. Depuis le début de l'année 2025 ces problèmes se constatent, et ils se sont accentués à l'automne. Sommes-nous en train de subir une pénurie d'œufs?

 

Nous ne pouvons tout de même pas affirmer cela. En France en 2024, on a produit 15,4 milliards d'œufs, ce qui est considérable. Il n'y a donc pas de pénurie à proprement parler, selon Alice Richard, directrice de l'interprofession des œufs (CNPO), contactée par RMC Conso. »

 

Sur Linternaute, « Pénurie d'oeufs : où en trouver ? Pourquoi les rayons sont-ils vides ? Quand la situation va-t-elle revenir à la normale ? », on est clairement dans le registre de la pénurie :

 

« "Des éleveurs aux conditionneurs, tous les maillons sont mobilisés pour rétablir l’ordre et répondre à la hausse structurelle de la demande, qui représente l’équivalent de l’installation d’un million de poules pondeuses en plus chaque année", assure l’interprofession des œufs, le CNPO. "Cependant, nous avons besoin de soutien. Nous demandons au Gouvernement de simplifier les démarches administratives nécessaires aux installations et aux citoyens d’accepter l’arrivée de nouveaux poulaillers dans les campagnes. Nous avons besoin de ce soutien pour continuer à proposer des Œufs de France aux consommateurs", précise Yves-Marie Beaudet, président du CNPO. »

 

Un appel très clair...

 

 

Au gouvernement on montre ses petits ergots

 

Le Gouvernement ?

 

MmeAnnie Genevard, Ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté Alimentaire, a pris des accents martiaux – superposés à la pointe de franc-comtois – pour annoncer « un objectif clair : un poulailler de plus par département et par an jusqu'en 2030 ».

 

Après avoir vitupéré la surréglementation et annoncé un « régime spécifique pour les éleveurs avec des règles différentes de l'industrie, plus simples et moins contraignantes ».

 

Problème : les décrets d'application de la « loi Duplomb », qui prévoit déjà des simplifications administratives, ne sont toujours pas sortis... Nul doute qu'on n'est pas enthousiaste dans les services, que ce soit parce qu'ils sont maintenant noyautés parles idéologies « vertes » ou parce que cela affecte le gagne-pain et la routine.

 

Problème aussi : il n'y a pas que la production d'œufs (et de volailles de chair) qui est concernée.

 

Et, s'agissant de cet objectif si crânement affiché, les vrais acteurs sont les producteurs, ceux qui prennent des risques économiques.

 

 

(Source)

 

 

Des œufs, oui, des poulaillers, non...

 

Les citoyens ?

 

Mme Lucie Gantier pose la question sans détours : « Est-ce qu'on est prêt aujourd'hui à avoir des nouveaux bâtiments autour de nous ? »

 

 

(Source)

 

 

La réponse est, hélas, connue...

 

Chaque projet de construction, ou presque, une fois avalisé après une procédure laborieuse – la fameuse surréglementation – fait l'objet de contestations pour des motifs divers et variés et sur la base d'arguments tout aussi divers et variés. Tout est mis en œuvre pour dissuader les potentiels porteurs de projet, puis pour faire échouer le projet des plus aventureux et téméraires.

 

Dernier exemple en date : « La construction de quatre poulaillers annulée pour sa proximité avec le rivage », selon France 3 Bretagne. Sauf que cette proximité ne ressort pas vraiment de l'article, qui suggère que la cour administrative d'appel a fait preuve d'une certaine inventivité pour donner raison à une plaignante.

 

« Une seule, Marie-José XXX, avait fait appel : elle possède "une trentaine de chevaux sur un terrain voisin" et sa maison se trouve "à 300 mètres", avait expliqué le jour de l'audience la rapporteure publique, en l'absence de l'intéressée. Le "caractère imposant" et les "nuisances olfactives" de ces poulaillers industriels lui posaient en effet problème, avait résumé la magistrate. »

 

Autre exemple, analysé par Agriculture et Environnement, le tribunal administratif de Dijon a entériné le refus de délivrer un permis de construire du maire de Saint-Brancher (Yonne) fondé sur « le manque d’eau dans la commune » et... et... le « changement climatique ». Il s'agissait là, selon Reporterre, d'un « mégapoulailler » – horresco referens, de 29.700 places – pour l'approvisionnement d'un « méga-abattoir ». Il s'agit donc de production de poulets, mais la problématique est la même.

 

 

(Source)

 

 

Pas que les œufs et les poulets

 

Les poulaillers ne sont pas les seuls installations de production alimentaire – et in fine de souveraineté alimentaire – qui font l'objet de protestations. Le cas du projet d'« usine » à saumons de Port Médoc, à Verdon-sur-Mer (Gironde), illustre le soutien complaisant des médias, ici FranceInfo, qui a eu l'obligeance d'annoncer la tenue d'une manifestation.

 

 

(Source)

 

 

Un projet plus ancien, dans les Côtes-d'Armor (voir par exemple ici) a finalement été abandonné fin octobre 2024, après des années d'efforts et de démarches. Et France 3 Régions avait titré : « Abandon du projet de ferme usine à saumons à Plouisy, dans les Côtes-d'Armor : satisfaction des associations environnementales ». Un cri de victoire ! Le journaliste de notre service public audiovisuel n'a eu d'attention que pour les opposants au projet.

 

Nous continuerons donc à importer la quasi-totalité du saumon que nous consommons...

 

 

Il faut une réponse « holistique »

 

Ces exemples illustrent la complexité de la situation. Le démantèlement de la surréglementation – une Arlésienne que Mme Annie Genevard vient à nouveau d'annoncer – ne suffira pas.

 

Il y a bien des choses à remettre sur le tapis, que ce soit sur le fond ou sur les moyens d'obstruction mis à la disposition des différentes « parties prenantes ».

 

Rappelons que la loi n° 2025-268 du 24 mars 2025 d'orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture prévoit que : « La protection, la valorisation et le développement de l'agriculture et de la pêche sont d'intérêt général majeur en tant qu'ils garantissent la souveraineté alimentaire de la Nation. Ils constituent un intérêt fondamental de la Nation en tant qu'éléments essentiels de son potentiel économique. »

 

 

La profession agricole doit s'y mettre aussi

 

Comme le rapporte Le Figaro, la Coordination Rurale a eu le courage de mettre les pieds dans le plat :

 

« La pénurie actuelle s'explique par des facteurs structurels et économiques. L'arrêt progressif des cages fragilise l'outil de production et impose des investissements lourds. Dans ce contexte, la Coordination Rurale demande un retour aux cages. »

 

Réaction outragée de l'interprofession de l'œuf par la voix de son président Yves-Marie Baudet :

 

« On a tracé une trajectoire visant 90% de production alternative en 2030, on s'y tiendra, il est interdit par la loi de construire de nouveaux bâtiments en cage, c'est le sens de l'histoire, le citoyen le demande […] On a un plan de filière : créer 300 bâtiments d'ici 2030, soit en poules bio, soit en plein air, soit au sol, on s'y tiendra ».

 

Le Figaro relève aussi qu'une initiative a été portée auprès de la Commission Européenne pour interdire les poules en cages...

 

On pensera ce qu'on voudra de la revendication de la CR. Pour ce que « le citoyen […] demande », selon le CNPO, il faut bien voir que c'est aussi et surtout un consommateur qui cherche à acheter des œufs... souvent au prix le plus bas, comme du reste les industriels.

 

S'il y a un « sens de l'histoire », c'est le constat que nous avons de moins en moins les moyens de nos prétentions en matière de bien-pensance ; que nos partenaires économiques sont bien plus réalistes (et risquent d'être bien plus compétitifs sur notre marché s'ils l'investissent) ; et que la stratégie de la « montée en gamme » a été globalement désastreuse.

 

À voir l'ordre des options disponibles, avec le bio en premier, il n'est pas sûr que le CNPO soit sur la bonne trajectoire.

 

Et c'est sans compter les enjeux de santé animale (grippe aviaire notamment) et de sécurité des aliments (salmonelloses...).

 

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D
A noter que la TV espagnole a bien expliqué que l'arrêt des cages allait provoquer une pénurie d’œufs, compensée par des importations, en se basant sur l'expérience suisse.<br /> Dès les années 90 en Suisse, interdictions des œufs en cages, et aujourd'hui, la plupart des œufs destinés à l'industrie est importée. <br /> <br /> Hélas oui, la profession FR reste bloquée sur une certaine idée du sens de l'histoire, n'ayant pas intégré que nous nous appauvrissons.<br /> La CR, malgré ses nombreuses outrances a raison sur ce point.
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