Overblog Tous les blogs Top blogs Technologie & Science Tous les blogs Technologie & Science
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Importation de fruits, pesticides et Mercosur : un pitoyable enfumage démagogique

5 Janvier 2026 Publié dans #Politique, #Mercosur, #Pesticides, #Santé

Importation de fruits, pesticides et Mercosur : un pitoyable enfumage démagogique

 

 

(Source)

 

 

Le dimanche 4 janvier 2026, à l'heure de la messe, le Premier Ministre a fait une annonce qui, non seulement ne convaincra personne, mais encore et surtout alimentera la défiance envers les pesticides et leur gestion dans le cadre de l'Union Européenne. L'Amérique du Sud est spécialement mentionnée.

 

 

(Source)

 

 

Ce lundi 5 janvier 2026, le Premier Ministre Sébastien Lecornu reçoit les syndicats agricoles sur fond de grogne contre la signature de l'accord Union Européenne-Mercosur et, pour certains d'entre eux, contre la gestion des cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) bovine – sans compter la compétition pour la suprématie syndicale qui se joue dans le Sud-Ouest de la France.

 

Le dimanche 4 janvier 2026, M. Sébastien Lecornu a trouvé urgent de communiquer sur une intention gouvernementale qui relève du Concours Lépine de l'inflation législative et réglementaire :

 

« Un arrêté sera pris dans les prochains jours, à l’initiative de la Ministre de l’agriculture @AnnieGenevard, pour suspendre l’importation de produits contenant des résidus de substances interdites en Europe : mancozèbe, glufosinate, thiophanate-méthyl et carbendazime.

 

Avocats, mangues, goyaves, agrumes, raisins et pommes d’Amérique du Sud ou d’ailleurs ne pourront plus entrer sur le territoire national.

 

Des contrôles renforcés seront réalisés par une brigade spécialisée pour garantir le respect de nos normes sanitaires.

 

Une première étape pour protéger nos filières et nos consommateurs et lutter contre la concurrence déloyale, véritable enjeu de justice et d’équité pour nos agriculteurs. »

 

 

À voir la chronologie des posts sur X, il est permis de se demander si l'initiative n'aurait pas germé dans la tête d'un homme pendant qu'il se rasait, ou se livrait à une autre occupation ne demandant pas une utilisation excessive du cerveau.

 

 

(Source)

 

 

Mme Annie Genevard a donc écrit, en gros une heure après, un texte légèrement différent – ou plutôt notablement quant au champ d'application de la mesure proposée – avec une mise en route relevant du mouvement de menton et une conclusion, de la déclaration de guerre :

 

« J'ai pris la décision de suspendre l’entrée sur notre territoire des denrées alimentaires contenant des résidus de plusieurs substances interdites en Europe.

 

On ne peut pas accepter que des substances bannies chez nous réapparaissent indirectement par le biais des importations. C'est du bon sens.

 

D'où qu'ils viennent dans le monde, les produits importés doivent respecter nos normes. La France montre l'exemple en Europe en prenant cet arrêté d'une ampleur inédite qui concerne plus d'une dizaine de produits alimentaires.

 

Melons, pommes, abricots, cerises, fraises, raisins, pommes de terre : ils ne seront commercialisés en France que s'ils ne présentent aucun résidu de ces substances interdites chez nous. Équité et justice pour nos agriculteurs. Légitime protection pour notre agriculture.

 

D'autres produits d'Amérique du Sud comme les avocats, la goyave ou certains agrumes venant d'ailleurs ne pourront venir que s'ils respectent nos normes.

 

Protéger nos agriculteurs, garantir la sécurité sanitaire des Français et lutter fermement contre toute forme de concurrence déloyale en faisant respecter nos règles : c’est une exigence non négociable.

À la Commission européenne de le généraliser. S'il faut le refaire, nous le referons. »

 

La FNSEA – elle aussi contrainte de réagir par le détour des citations par le blocage des réponses au post de la ministre – se réjouit...

 

« Madame la Ministre,

Cette demande, nous la portons depuis longtemps.

À la Commission européenne de s’en saisir désormais : nous ne relâcherons pas la pression.

 

Nous serons intransigeants pour que la force de contrôle soit au rendez-vous. Sans cela, rien de concret.

 

Et s’il le faut, nos FDSEA accompagneront les contrôleurs pour les aider dans leur mission. »

 

C'est évidemment une réaction complaisante et opportuniste. La FNSEA n'est pas dupe sur le sens et la portée réels de l'annonce.

 

Nous n'entrerons pas ici dans la question de savoir si la suspension annoncée est possible au regard du droit national, européen et international (règles de l'OMC).

 

On peut en revanche avoir de solides doutes sur la faisabilité pratique. Si l'arrêté passe la rampe, les mangues avion atterriront peut-être encore davantage à Amsterdam-Schiphol plutôt que Roissy. On voit mal la France entraver le commerce intre-communautaire...

 

Tout cela ne mettra pas fin à la querelle contre l'accord avec le Mercosur, le contentieux portant sur des denrées bien plus importantes, notamment la viande bovine.

 

Et cela créera des points de friction avec des pays en-dehors du Mercosur, comme le Chili (avec lequel l'Union Européenne a un accord commercial intérimaire) pour les pommes, et une série d'autres États pour des fruits exotiques ou encore des fruits de contre-saison.

 

Sans compter Uncle Sam, ou plutôt Uncle Donald, si attentif aux intérêts de ses multinationales...

 

Mais ce n'est là qu'un aspect sans doute mineur par rapport aux écluses qui ont été ouvertes à la démagogie protectionniste, anti-pesticides et anti-européenne.

 

Selon M. Sébastien Le cornu, cet arrêté serait « [u]ne première étape pour protéger nos filières et nos consommateurs et lutter contre la concurrence déloyale, véritable enjeu de justice et d’équité pour nos agriculteurs. »

 

On peut, bien sûr, s'esclaffer devant des propos aussi martiaux à propos d'une « suspension » – et non d'une interdiction – de l'importation de produits majoritairement exotiques, non produits en France. Mais cette phrase est chargée de concepts qui ne manqueront pas d'être exploités.

 

Comment réagiront les différentes filières pour faire valoir l' « enjeu de justice et d'équité » face à d'autres importations en provenance de pays tiers – le bœuf brésilien devenu emblématique, par exemple, ou les œufs et les poulets d'Ukraine ? L'argument s'applique aussi aux pays de l'Union Européenne bénéficiant d'une « concurrence déloyale » instaurée par nos propres autorités stupides et veules – le sucre, les noisettes, etc. produits en recourant à l'acétamipride, par exemple ?

 

Bien sûr, ce discours est transposable à d'autres secteurs de l'activité économique. Par exemple aux marins pêcheurs.

 

Mme Annie Genevard abonde et fait même dans la provocation. Une « exigence non négociable » ?

 

La protection des consommateurs – « la sécurité sanitaire des Français » selon les termes de Mme Annie Genevard – est aussi invoquée.

 

C'est un grand cadeau fait aux marchands de peur – à ceux qui ont pour objectif de faire prospérer leur fonds de commerce, ou insidieusement d'autres activités comme le montre le cas récent de la cabale contre l'hexane.

 

C'est aussi une mise en cause de l'architecture – fondée sur la science et les preuves – de la sécurité sanitaire des aliments, laquelle est organisée essentiellement sur une base communautaire dans l'Union Européenne. Pour faire court, l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) et l'Agence Européenne des Produits Chimiques (ECHA) ne font pas le job. Encore moins la Commission Européenne (en fait sous le contrôle pointilleux des États membres dont... la France).

 

 

Le mancozèbe, par exemple, a été retiré par un règlement d'exécution du 14 décembre 2020 sur la base d'arguments que d'autres autorités, attentives risques plutôt qu'au danger, trouveront sans doute discutables.

 

L'Autorité « a notamment conclu que le mancozèbe était classé comme substance toxique pour la reproduction de catégorie 1B et que les nouveaux critères permettant de mettre en évidence des effets perturbateurs endocriniens étaient remplis pour l’être humain, et très probablement pour les organismes non ciblés. » La catégorie 1B, c'est... « suspecté ».

 

La limite maximale de résidus (LMR) est par exemple fixée à 7 milligrammes par kilogramme pour l'avocat, 5 pour les agrumes. Inchangé depuis au moins 2016.

 

Mais la « sécurité sanitaire des Français » n'est sans doute pas assurée à en croire notre gouvernement...

 

Notons cependant que le mancozèbe n'est pas un produit systémique et qu'il reste donc à la surface... s'il reste des résidus.

 

Du temps où il était autorisé en France, le délai avant récolte (fixé en principe de manière à ce que la LMR soit respectée) était par exemple de 30 jours pour la cerise, 28 jours pour la vigne et 3 jours pour les cucurbitacées à peau non comestible... et la tomate.

 

 

Mme Annie Genevard termine même son post par une véritable provocation : « À la Commission européenne de le généraliser. S'il faut le refaire, nous le referons. »

 

Il n'est peut-être pas pertinent de conclure sur une note d'optimisme tant est gros le pavé qui a été jeté dans la mare. Mais « ...nous le referons » ?

 

Ce n'est pas encore fait !

 

 

 

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Dans cette même logique, il faudrait interdire les importations de produits OGM et ses dérivés.<br /> Nous arriverons assez vite au niveau économique de la Corée du nord.
Répondre
F
“Des résidus” cela signifie une quantité potentiellement infime, inférieure à la LMR. La moindre trace… c’est grotesque.<br /> <br /> Cela revient à prétendre interdire aux pays producteurs d’utiliser ces produits s’ils veulent exporter vers la France. C’est du néocolonialisme pur et simple.
Répondre