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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Cadmium : Benoît Biteau et Cie veulent interdire le chocolat... oups... les engrais phosphatés

21 Janvier 2026 Publié dans #Politique, #Engrais

Cadmium : Benoît Biteau et Cie veulent interdire le chocolat... oups... les engrais phosphatés

 

 

 

 

Alors que le monde agricole est très remonté – pour ne pas dire plus – et peste notamment contre les « surtranspositions », Benoît Biteau et le groupe des Verts de l'Assemblée Nationale ont déposé une proposition de loi qui revient à interdire en pratique les engrais phosphatés.

C'est une insulte faite aux agriculteurs et aux consommateurs, ainsi qu'à la rationalité.

 

 

Le monde agricole est très remonté, dans un contexte qui n'est pas simple, entre opposition à l'accord commercial UE-Mercosur, la gestion contestée de la dermatose nodulaire contagieuse bovine et les motifs permanents de grogne qui incluent notamment les « surtranspositions » d'un pays qui entend être « le meilleur de la classe » et qui, ce faisant, pénalise ledit monde agricole par des réglementations parfois ubuesques. Sans compter les rivalités syndicales, mais c'est un autre sujet.

 

Notre gouvernement n'a toujours pas pris la mesure de l'ampleur du problème. Ou peut-être l'a-t-il prise mais s'imagine pouvoir ménager la chèvre et le chou avec l'annonce d'une « loi d'urgence »... pour calmer le monde agricole sans (trop) susciter de remous dans celui qui mange à sa fin et dont on dit qu'il aime les agriculteurs mais pas l'agriculture.

 

C'est dans ce contexte que M. Benoît Biteau et 36 cosignataires – sauf erreur tous du groupe « Écologie et Social » – ont déposé, le 23 décembre 2025, une « Proposition de loi visant à protéger l’alimentation des Français et des Françaises des contaminations au cadmium ».

 

La proposition consiste à insérer un nouvel article dans le code rural et de la pêche maritime dont la teneur est la suivante :

 

« Art. L.255 2 1. – L’importation, la détention en vue de la mise sur le marché, la vente, la distribution à titre gratuit, et l’utilisation sur le territoire national d’engrais inorganiques ou organo minéraux phosphatés au sens de l’annexe I du règlement (UE) 2019/1009 du Parlement européen et du Conseil du 5 juin 2019 établissant les règles relatives à la mise à disposition sur le marché des fertilisants UE, modifiant les règlements (CE) n° 1069/2009 et (CE) n° 1107/2009 et abrogeant le règlement (CE) n° 2003/2003, contenant du cadmium, est interdite à compter du 1er janvier 2027. »

 

De quoi s'agit-il sur le plan de la sémantique et de la rhétorique, en particulier contestataires ? D'une surtransposition !

 

Et, à l'évidence, la proposition n'est pas à la hauteur du titre, lequel relève de la publicité mensongère.

 

La lecture de l'exposé des motifs devrait vous donner des frissons et, si vous êtes doués d'un certain sens de la rationalité et de l'humour, vous donner à croire que vous êtes miraculeusement un survivant d'une véritable catastrophe. En ouverture :

 

« Une véritable "bombe sanitaire" ([1]). C’est en ces termes que de nombreux médecins ont lancé l’alerte, en juin 2025, pour qualifier la contamination massive de notre alimentation de base par le cadmium.[...] »

 

C'est exposé est aussi grossièrement malhonnête. Ainsi :

 

« Le cadmium est un métal lourd, utilisé dans les fertilisants organo minéraux phosphatés.[...]

 

À l’instar de l’amiante, allons nous attendre 50 ans, entre le moment [sic] où elle est réellement avérée dangereuse et son interdiction, pour interdire l’épandage de cadmium sur les sols agricoles produisant notre alimentation de base ? [...] »

 

Joseph Goebbels a fait des émules !

 

En effet, le cadmium n'est pas « utilisé » dans certains fertilisants mais se trouve à l'état de traces dans leurs matières premières, ou la plupart d'entre elles. L'expression « interdire l'épandage » renvoie aussi – indûment – à une action délibérée de la part des agriculteurs ; ils épandent pourtant du phosphore, pas du cadmium.

 

On pourrait déployer une litanie de réfutations d'arguments, hautement anxiogènes, qui, curieusement (ou peut-être pas...), ne sont pas sourcés. Ce serait succomber à la loi de Brandolini – la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter du baratin est supérieure d'un ordre de grandeur à celle nécessaire pour le produire.

 

Il y a seulement une deuxième note, à l'appui de : « En France, 79 % des échantillons alimentaires couvrant presque 90 % du régime total des Français ont révélé la présence de cadmium, souligne le Haut Conseil de la santé publique dans un rapport de 2022. »). Merveilleux...

 

Les auteurs de la proposition ont passé sous silence le fait que, selon ledit Haut Conseil, « les crustacés et mollusques ainsi que les abats sont les aliments présentant les plus fortes teneurs en cadmium (170 et 50 µg/kg en moyenne, respectivement) […] » et que « [p]our les denrées d’origine végétale, les teneurs sont moins importantes, mais certaines catégories se distinguent [...] », à commencer par... « [l]e chocolat, avec une teneur moyenne importante (30 µg/kg en moyenne) ».

 

Les auteurs de la proposition ne se sont évidemment pas attaqués au chocolat – et notamment au chocolat « bio » originaire d'Amérique du Sud, particulièrement chargé... de sorte que « protéger l’alimentation des Français et des Françaises des contaminations au cadmium » n'est pas le souci premier des auteurs de la proposition...

 

Passons à l'agronomie – et rappelons incidemment que M. Benoît Biteau se prévaut de la qualité d'ingénieur agronome :

 

« L’usage massif de fertilisants organo minéraux phosphatés doit être remis en question. Cette dépendance du modèle agricole productiviste actuel aux engrais contamine nos corps, ceux de nos enfants, nos sols, notre alimentation et notre eau, et ce pendant des années. Cela constitue en outre un enjeu majeur de souveraineté agricole : réduire la présence de cadmium dans les engrais phosphatés revient à privilégier des solutions agronomiques.

 

Les alternatives existent, il est urgent de les considérer sérieusement. L’agriculture biologique, par exemple, réduit significativement l’exposition au cadmium car elle n’utilise pas de fertilisants organo minéraux phosphatés riches en ce métal lourd, privilégiant des amendements organiques qui retiennent mieux le cadmium dans le sol, réduisant son absorption par les plantes. Des pratiques agronomiques permettent également de limiter les apports récurrents et réguliers de phosphate, et donc par ricochet, réduisent significativement les risques d’apport de cadmium dans les sols. Nous soutenons la nécessité d’un accompagnement renforcé des agriculteurs et agricultrices vers une transformation des pratiques agronomiques afin de réduire les dépendances à de grandes firmes agro industrielles internationales et pour atténuer l’exposition au cadmium de toute la population et protéger en premier lieu leur santé. »

 

Nous ne dirons pas que nous sommes stupéfaits : comme de coutume, l'idéologie l'emporte sur les faits, la petite dose d'anticapitalisme n'étant pas oubliée.

 

Les denrées récoltées exportent du phosphore et les sols doivent donc être réapprovisionnés pour maintenir leur fertilité. Les amendement organiques – si vantés par les idéologues de l'agriculture biologique – ne contiennent que du phosphore qui aura été prélevé en un autre lieu... et qui peut être du phosphore « inorganique » devenu miraculeusement « organique », donc « biologique », par le passage par l'estomac d'un animal.

 

À ce stade, il faut passer aux réalités du monde de la fertilisation. La plupart des minerais contiennent du cadmium. Les auteurs de la proposition écrivent du reste :

 

« La France a recours aux importations à hauteur de 95,1 % pour les minéraux utilisés comme engrais. Ils viennent principalement du Maroc, de Russie et d’Algérie. Or les gisements de phosphorites présentent des teneurs très variables en cadmium : de 20 mg/kg pour les engrais russes à 60 mg/kg pour les engrais marocains. »

 

Les auteurs de la proposition veulent donc interdire, en substance, ces importations... au bas mot, donc, 95,1 % de l'approvisionnement – en fait du réapprovisionnement – des sols français en phosphore !

 

Il existe, certes, plusieurs techniques de décadmiation, certaines déjà industrialisées, d'autres en voie de l’être... mais l'élimination du cadmium n'est pas complète.

 

La proposition a donc pour effet d'écarter aussi les engrais phosphoriques traités industriellement pour réduire leur teneur en phosphore ! Rappel : l'objectif selon la proposition, c'est... zéro cadmium.

 

Rappelons ici qu'il est dans l'intention des autorités européennes de réduire progressivement la teneur en cadmium des engrais et de fixer la limite à 20 mg Cd/kg P₂O₅, un niveau réaliste.

 

Rappelons aussi que l'agriculture biologique ne s'interdit pas de recourir à des phosphates naturels tendres, des roches phosphatées broyées... mais... non traitées chimiquement... donc contenant du cadmium... dans la limite actuelle de 60 mg Cd/kg P₂O₅.

 

Bref, cette proposition est une insulte aux agriculteurs, ainsi qu'aux consommateurs qui dépendent de leur production pour leur alimentation.

 

Il est difficile de parler ici de « surtransposition » – sachant que l'Union Européenne vise la limite de 20 mg Cd/kg P₂O₅ en tenant compte des contraintes industrielles : la proposition est tout simplement irréaliste.

 

C'est donc aussi une insulte à la rationalité.

 

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