La très problématique rétractation d'un article sur la sécurité sanitaire du glyphosate (première partie)
Notre voyage du Monde (de M. Stéphane Foucart) à la notice de rétractation
(Source)
Ils sont nombreux à avoir sauté de joie à l'annonce de la rétractation de « Safety Evaluation and Risk Assessment of the Herbicide Roundup and Its Active Ingredient, Glyphosate, for Humans » (évaluation de la sécurité et analyse des risques liés à l'herbicide Roundup et à son ingrédient actif, le glyphosate, pour les êtres humains) de Gary M. Williams, Robert Kroes et Ian C. Munro (avril 2000) par la revue Regulatory Toxicology and Pharmacology.
En bref, il y aurait des doutes sur la paternité de l'article – pour les activistes, y compris des médias, l'article aurait été une œuvre de ghostwriting.
À la lecture des motifs de la décision prise par un (seul) co-rédacteur en chef, une conclusion s'impose : scandaleux. Même si des questions peuvent se poser au sujet de la paternité l'article rétracté.
Ils sont nombreux à avoir sauté de joie... La décence m'aura interdit d'utiliser une expression plus imagée.
Comme souvent, c'est par Le Monde qu'arrivent ces « bonnes » nouvelles en France. Le Monde Planète, naturellement. Et, évidemment, Le Monde Planète de M. Stéphane Foucart.
C'est donc : « Glyphosate : l’une des plus influentes études garantes de la sûreté de l’herbicide rétractée, vingt-cinq ans après sa publication ». Et dans le journal papier : « Cancer : une étude majeure sur l'innocuité du glyphosate rétractée ».
Arrêtons-nous sur ces titres en ces temps de polémique sur une possible, illusoire et incongrue « labellisation » des médias.
Dans les deux cas, les titres incitent à croire que la sûreté du glyphosate est maintenant mise en cause, que ce soit généralement ou du point de vue de la seule cancérogénicité.
On dit « bravo l'artiste » ! Mais il n'est hélas pas le seul. L'AFP, par exemple, a aussi fait très fort.
Pour nous convaincre, Le Monde rapporte que l'article de Williams, Kroes et Munro aurait été cité une quarantaine de fois dans le rapport d'expertise européen de 2015 qui, après bien des péripéties avait mené à la réhomologation du glyphosate pour cinq ans.
Nous n'avons pas pu vérifier sur l'ensemble de la documentation, gigantesque. GMWatch renvoie à un addendum posté par l'eurodéputé Bart Staes dans lequel la référence bibliographique de Williams et al. apparaît effectivement 36 fois. Par exemple :
« Comme l'indique le tableau B.6.4-29, des résultats positifs et négatifs ont été rapportés pour le glyphosate et les GBF dans les neuf essais in vitro sur les effets chromosomiques publiés après la revue de Williams et al. (2000, ASB2012-12053). »
L'exemple n'a pas été pris au hasard (bien que nous n'ayons pas cherché toutes les occurrences). Il montre que le simple nombre de citations ne suffit pas pour faire de Williams, Kroes et Munro « une étude majeure » ou « l’une des plus influentes études garantes de la sûreté de l’herbicide ». Mais dans un article de journal à destination de lecteurs non ou peu informés...
On dit bravo à l'auteur (et à bien d'autres qui ont répandu la fake), car il est parfaitement notoire pour les acteurs des controverses sur le glyphosate que les travaux des organismes compétents de l'Union Européenne se sont fondés sur tous les documents disponibles à l'époque considérée.
Certes, une décennie s'est maintenant écoulée depuis la scandaleuse décision du Centre International de Recherche sur le Cancer de classer le glyphosate en « probablement cancérogène » qui a mis le feux aux poudres ; et huit années depuis l'irruption des « Monsanto Papers » dans le paysage de l'activisme. Mais les activistes – et les journalistes militants – ont bonne mémoire.
Williams, Kroes et Munro a joué, au mieux, un rôle mineur, sinon insignifiant.
Étant entendu, de surcroît, qu'il s'agissait d'une revue de la (d'une certaine) littérature – dont on peut certes discuter de la qualité, mais avec des arguments pertinents, pas du bavardage médisant.
Dans une FAQ, l'Institut Fédéral d'Évaluation des Risques de l'Allemagne (BfR) – État membre rapporteur pour la décision de réhomologation finalement intervenue en novembre 2017 – a notamment écrit le 12 novembre 2015 :
« Sur quelles sources le BfR s'est-il fondé pour évaluer les effets du glyphosate sur la santé ?
Outre les études et documents originaux soumis par les demandeurs conformément aux dispositions légales, le BfR a également utilisé toutes les études publiées disponibles ainsi que d'autres sources dans ses évaluations scientifiques. En outre, les documents reçus en réponse à un appel public lancé par l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) afin de mettre à disposition des documents et des données pour l'évaluation du glyphosate ont été utilisés dans le processus d'évaluation du BfR. »
L'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) s'était également prononcée :
« L'article de Williams et al. reconnaît que Monsanto a facilité le travail des auteurs en leur fournissant des études originales non publiées. Cela signifie que les experts des États membres et de l'EFSA n'avaient aucune illusion quant aux liens entre les auteurs de l'étude et les entreprises qui ont financé ou facilité leur travail lorsqu'ils ont procédé à l'évaluation des risques. [...] Les articles de synthèse en question ne représentaient que deux des quelque 700 références scientifiques dans le domaine de la toxicologie des mammifères prises en compte par l'EFSA dans l'évaluation du glyphosate. »
Selon le chapô,
« Une étude de 2000 qui concluait à la sûreté du célèbre herbicide, largement citée depuis lors, vient d’être officiellement désavouée par la revue qui l’avait publiée. Les scientifiques signataires sont suspectés d’avoir endossé un texte préparé par des cadres de Monsanto. »
Oui, vous avez bien lu : « Les scientifiques signataires sont suspectés... » ! Un article scientifique a été rétracté sur la base d'une... suspicion !
L'annonce de la rétractation est ici.
C'est clair :
« Cet article a été retiré à la demande du (co-)rédacteur en chef, le professeur Martin van den Berg, Ph.D. »
On trouvera son CV ici. Et pour en savoir plus sur son positionnement, a priori non militant, voir ici.
Rien dans la notice ne laisse entendre ou supposer que la décision a été collégiale.
En résumé :
« Des inquiétudes ont été soulevées concernant la paternité de cet article, la validité des résultats de la recherche dans le contexte d'une présentation trompeuse des contributions des auteurs et du commanditaire de l'étude, ainsi que d'éventuels conflits d'intérêts des auteurs. En ma qualité de (co-)rédacteur en chef de Regulatory Toxicology and Pharmacology en charge, j'ai contacté le seul auteur survivant, Gary M. Williams, afin d'obtenir des explications sur les différentes préoccupations énumérées en détail ci-dessous. Nous n'avons reçu aucune réponse du professeur Williams.
Par conséquent, cet article est officiellement retiré de la revue. Cette décision a été prise […] compte tenu de l'absence de réponse aux conclusions. [...]
On peut comprendre qu'un auteur qui a été – osons le mot – diffamé par le monde de la Monsantophobie et de la glyphophobie et les supplétifs d'avocats prédateurs ait refusé de répondre à ce qui avait sans doute toutes les apparences d'une nouvelle mise en cause... vingt-cinq ans après la publication de l'article en cause.
On peut moins comprendre la réaction, somme toute épidermique, d'un co-rédacteur en chef.
Revenons à l'ami Foucart sur l'ampleur du « problème » – et notez le conditionnel journalistique (que nous avons mis en gras) :
« Ce désaveu intervient vingt-cinq ans après sa publication, et huit ans après les révélations de milliers de documents internes de la firme Monsanto rendus publics par la justice américaine (les "Monsanto Papers "), indiquant que les réels auteurs de l’article ne seraient pas ses signataires – Gary M. Williams (New York Medical College), Robert Kroes (Ritox, université d’Utrecht, Pays-Bas) et Ian C. Munro (Intertek Cantox, Canada) –, mais plutôt des cadres de la société.
Cette pratique, baptisée "ghostwriting" (littéralement "écriture fantôme"), est considérée comme une forme de fraude scientifique. Elle consiste, pour certaines firmes, à rémunérer des chercheurs afin qu’ils acceptent de signer des articles de recherche dont ils ne sont pas les auteurs. [...] »
Voilà donc MM. Williams, Kroes et Munro accusés de fraude, en même temps que Monsanto...
Bien sûr, la rétractation se fonde sur des arguments de fond. Curieusement, la question de la qualité d'auteurs – ou de plumes à gage (ghostwriters) ou de prête-noms – et les questions connexes n'arrivent qu'aux points 2 à 4.
On ne peut qu'être sidéré à leur lecture : c'est très largement une reprise des allégations et insinuations des Monsanto Papers.
Voici le point 2 :
« 2. Manque d'indépendance des auteurs.– Un procès aux États-Unis a révélé l'existence d'une correspondance de Monsanto suggérant que les auteurs de l'article n'étaient pas les seuls responsables de la rédaction de son contenu. Il ressort de cette correspondance que des employés de Monsanto auraient contribué à la rédaction de l'article sans être dûment reconnus comme coauteurs. Ce manque de transparence soulève de sérieuses questions éthiques quant à l'indépendance et la responsabilité des auteurs de cet article et à l'intégrité scientifique des études de cancérogénicité présentées. »
« ...suggérant... », « ...auraient... », « ...soulève de sérieuses questions... »... N'en jetons plus !
Ce paragraphe – princeps s'agissant de la question de la paternité de l'article scientifique et, in fine, de la rétractation – ne comporte aucun élément présenté sur le mode affirmatif.
Et l'extrapolation à l'« intégrité scientifique des études » ne peut que se fonder sur la supputation que Monsanto est intrinsèquement de mauvaise foi et aurait pu produire des résultats ou des descriptions frauduleuses (qui auraient été endossées par Williams, Kroes et Munro).
Voici ce qu'ont écrit les auteurs à la fin de leur article :
« REMERCIEMENTS
Les auteurs remercient les personnes qui ont participé à l'établissement de ce document. Tout d'abord, nous sommes reconnaissants à ceux qui ont rassemblé et mis à disposition la grande quantité d'informations utilisées pour rédiger le manuscrit de ce document. Ensuite, nous remercions les toxicologues et autres scientifiques de Monsanto qui ont apporté une contribution significative à l'élaboration des évaluations d'exposition et à travers de nombreuses autres discussions. Les auteurs ont eu pleinement accès aux informations toxicologiques contenues dans le grand nombre d'études de laboratoire et de documents d'archives de Monsanto à Saint-Louis, dans le Missouri, et ailleurs. Les principaux collaborateurs de Monsanto qui ont apporté leur soutien scientifique sont William F. Heydens, Donna R. Farmer, Marian S. Bleeke, Stephen J. Wratten et Katherine H. Carr. Nous remercions également Douglass W. Bryant et Cantox Health Sciences International pour leur participation et leur aide dans le cadre du soutien scientifique et logistique apporté à la préparation du manuscrit final. »
Laissons encore la parole à M. Martin van den Berg :
« 3. Fausse description de contributions.– Les contributions apparentes [apparent contributions] des employés de Monsanto en tant que coauteurs de cet article n'ont pas été explicitement mentionnées comme telles dans la section des remerciements. Cette omission suggère que les auteurs ont peut-être déformé leurs rôles spécifiques et la nature collaborative du travail présenté. Le fait de ne pas avoir divulgué la participation du personnel de Monsanto au processus de rédaction compromet l'indépendance académique des résultats présentés et des conclusions tirées dans l'article concernant la cancérogénicité. »
Comment peut-on écrire que « [l]es contributions apparentes des employés de Monsanto [...] n'ont pas été explicitement mentionnées » ? C'est certes « en tant que coauteurs de cet article ». Du point 2, où la qualité de coauteurs d'employés de Monsanto est évoquée au conditionnel, on passerait maintenant au mode affirmatif. Mais le mot clé est « apparentes » : il s'agit de contributions qui semblent être de ces coauteurs, mais ne le sont peut-être pas.
Mais de quelles preuves a disposé M. Martin van den Berg – au-delà des allégations et insinuations venant originellement des supplétifs des avocats prédateurs impliqués dans les affaires Roundup ?
Phrase suivante (c'est nous qui graissons) : « Cette omission suggère que les auteurs ont peut-être déformé leurs rôles spécifiques et la nature collaborative du travail présenté »... Et on repasse au mode péremptoire dans la troisième phrase...
On reste dans le domaine des supputations, suivies d'une déclaration péremptoire sur l'existence de sérieuses préoccupations éthiques :
« 4. Questions relatives à la compensation financière.– Une autre correspondance avec Monsanto divulguée au cours du litige indique que les auteurs auraient reçu une compensation financière de Monsanto pour leur travail sur cet article, ce qui n'a pas été divulgué en tant que tel dans cette publication. »
La question est légitime, indépendamment des Monsanto Papers.
Au point 1, M. Martin van den Berg affirme :
«1. Évaluations de la cancérogénicité et de la génotoxicité.– Les conclusions de l'article concernant la cancérogénicité du glyphosate sont uniquement basées sur des études non publiées de Monsanto, qui n'ont pas démontré de potentiel tumorigène. [...] »
C'est manifestement faux. La liste de références contient 50 rapports non publiés, dont 14 seulement émanant directement de Monsanto. Que les autres aient, sans doute, été commandés par Monsanto n'en fait pas pour autant des études « de Monsanto ».
S'agissant plus spécifiquement de la génotoxicité, un article de Bolognesi et al. est par exemple abondamment discuté (texte complet chez un des cabinets d'avocats prédateurs).
La critique se poursuit :
« Le rédacteur en chef (adjoint) a également pris conscience qu'au moment de la rédaction de cet article dans la revue, les auteurs n'avaient pas inclus plusieurs autres études de toxicité chronique à long terme et de cancérogénicité, qui avaient déjà été réalisées au moment de la rédaction de leur revue en 1999. Dans leur article, les auteurs déclarent avoir connaissance d'autres études, non publiées et non disponibles. Cependant, les auteurs ne précisent pas dans quelle mesure ils ont essayé d'intégrer les résultats de ces études (non publiées). Les raisons de cette omission restent inconnues, mais remettent en question l'objectivité générale des conclusions présentées. Le rédacteur en chef (adjoint) chargé du dossier a identifié les publications supplémentaires suivantes [...] »
C'est pour le moins étonnant ! Il y avait des « études, non publiées et non disponibles », et on s'interroge sur les raisons de leur non-prise en compte !
Les publications en cause sont mentionnées dans « A comprehensive analysis of the animal carcinogenicity data for glyphosate from chronic exposure rodent carcinogenicity studies » (analyse complète des données sur la cancérogénicité animale du glyphosate issues d'études sur la cancérogénicité chez les rongeurs exposés de manière chronique) de Christopher J. Portier – témoin expert des avocats prédateurs. Notons incidemment que l'auteur écrit que certaines parties avaient été écrites en vue de procédures judiciaires. Mais ne soyons pas dupes : cet article s'inscrivait aussi dans le cadre des contributions à une issue des litiges favorable aux avocats prédateurs et à l'activisme anti-glyphosate.
Notons aussi que ce « comprehensive article » ne mentionne pas Williams, Kroes et Munro (un indice, peut-être, du peu d'importance qu'il convient d'accorder à cet article... contrairement, par exemple, aux élucubrations de Samsel et Seneff).
Mais voici le plus important : il ressort d'un examen sommaire de cet article que ces études non publiées et non citées par Williams, Kroes et Munro ne remettent pas en cause leurs conclusions.
M. Martin van den Berg insiste :
« Bien qu'il soit reconnu [par lui-même] que ces publications n'aient pas été présentées dans des revues évaluées par des pairs, l'étude de Williams, Kroes et Munro a largement utilisé des études non publiées, ce qui ne semble pas avoir empêché sa publication. Par conséquent, les conclusions relatives à la non-cancérogénicité du glyphosate ou du Roundup dans cet article se limitent aux seules études de Monsanto et empêchent de tirer une conclusion générale comme le suggèrent les auteurs. »
Il est pourtant clair, à la lumière des remerciements, que les études non publiées qu'ils ont utilisées ont été fournies par les employés de Monsanto. Et la logique de l'argumentation est bien défectueuse.
Quant à la conséquence tirée, on peut s'étonner qu'elle ne tienne pas compte des évaluations réglementaires. M. Martin van den Berg ne pouvait pas les ignorer.
La notice comporte encore deux points, sur l'« ambiguïté des résultats de la recherche » et sur l'approche fondée sur le poids de la preuve, critiquée de manière étonnante, alors qu'il s'agit d'une pierre angulaire de la toxicologie réglementaire. C'est répétitif, tant sur le fond que sur la forme.
Et ce mille-feuille argumentatif se termine par de grands moulinets sur l'intégrité de la revue.
Entre deux, il y a :
« 7. Contexte historique et influence.– Cet article a eu une influence considérable sur les décisions réglementaires concernant le glyphosate et le Roundup pendant des décennies. Étant donné son statut de référence dans l'évaluation de la sécurité du glyphosate, il est impératif que l'intégrité de cet article de synthèse et de ses conclusions ne soit pas compromise. Les préoccupations exprimées ici nécessitent ce retrait afin de préserver l'intégrité scientifique de la revue. »
La deuxième phrase relève du casse-tête. Ou du non-sens. Car M. Martin van den Berg a précisément compromis l'intégrité de l'article par sa décision et ses allégations !
Et, visiblement, M. Martin van den Berg a été séduit par l'argumentation des détracteurs de l'article.
Dit autrement, il s'est laissé abuser.
En particulier, l'opinion ici exprimée sur l'influence de l'article est grossièrement fausse, comme on l'a vu ci-dessus pour l'Union Européenne.
Par ailleurs, on ne trouvera aucune référence à cet article dans la monographie du CIRC sur le glyphosate. Mais c'est peut-être un mauvais exemple compte tenu de l'objectif qui était alors de coller une cible dans le dos du glyphosate.
La rétractation n'est pas dénuée de fondement. Elle repose en dernière analyse sur deux courriels internes de Monsanto, de fin mai 2000 et de février 2015.
Ces courriels ont été publiés, illégalement au moins dans le cas du premier, par U.S. Right to Know qui a servi de prête-nom pour des avocats prédateurs soucieux de créer un climat d'hostilité envers Monsanto, ainsi que de plate-forme à Carey Gillam pour étancher son ressentiment envers la firme coupable, selon elle, d'être à l'origine de son départ de Reuters. Carey Gillam sévit maintenant sur The New Lede, un diverticule – une « initiative journalistique » – de l'Environmental Working Group. Ce pseudo-journal a bien sûr publié un article sur la rétractation.
Voici les deux premiers paragraphes d'un message de Mme Lisa Drake, qui était à l'époque une employée de Monsanto chargée des affaires gouvernementales :
« La publication par des experts indépendants de l'évaluation scientifique la plus exhaustive et la plus détaillée jamais écrite sur le glyphosate dans "Regulatory Toxicology and Pharmacology" Vol. 31, n° 2, avril 2000 ([...]) est le fruit de la persévérance, du travail acharné et du dévouement du groupe de personnes suivant. Ils méritent une grande reconnaissance pour le résultat d'intendance [stewardship result] obtenu, car cette publication sur la santé humaine concernant l'herbicide Roundup et sa publication complémentaire sur l'écotoxicité et le devenir environnemental seront sans aucun doute considérées comme "la" référence en matière de sécurité du Roundup et du glyphosate. Notre intention est désormais de l'utiliser à la fois pour défendre le Roundup et les cultures Roundup Ready dans le monde entier et pour nous différencier de manière compétitive des génériques. (Vous remarquerez que la publication elle-même fait spécifiquement référence à la marque Roundup.)
Merci à Donna Fanner, Bill Heydens, Kathy Carr, Marian Bleeke, Bill Graham, Mike McKee et Steve Wratten pour leur travail acharné pendant trois ans dans la collecte de données, la rédaction, la révision et l'établissement de relations avec les auteurs des articles. Nous remercions également Tom Helscher, Kerry Preete et Larry Evetts. Tom Carrato et Jerry Hjelle pour leur soutien moral et financier, leurs conseils et leurs recommandations. Nous remercions également CanTox (Ian Munro, Douglas Bryant et leur équipe) et Arnonow & Pollock (Louise Pollock et Khristin Heaney), nos consultants, qui nous ont aidés à mener à bien ce projet grâce à d'innombrables révisions et corrections. En outre, la publication environnementale et écotox sur le Roundup et le glyphosate sera publiée cet été : "Ecotoxicological Risk Assessment for Roundup Herbicide" [évaluation des risques écotoxicologiques liés à l'herbicide Roundup], par John P. Giesy, Stuart Dobson et Keith R. Solomon, "Archives of Environmental Contamination and Toxicology", vol. 167 (sous presse), 2000. »
Dans un courriel du 19 février 2015, peu avant la « fameuse » réunion du groupe de travail du CIRC, M. William (Bill) Heydens, responsable de l'évaluation réglementaire de la sécurité des produits, exposait ses vues sur une stratégie de publications. Voici l'élément pertinent :
« Une approche moins coûteuse et plus acceptable pourrait consister à faire appel à des experts uniquement pour les domaines litigieux, l'épidémiologie et éventuellement le mode d'action (en fonction des conclusions de la réunion du CIRC), et à rédiger nous-mêmes [« ghostwrite »] les sections consacrées à l'exposition toxique et génotoxique. Une option serait d'ajouter Greim et Kier ou Kirkland afin que leurs noms apparaissent dans la publication, mais nous réduirions les coûts en rédigeant nous-mêmes le texte et ils se contenteraient de le réviser et d'y apposer leur signature, pour ainsi dire. Rappelez-vous que c'est ainsi que nous avons procédé pour Williams Kroes & Munro, 2000. »
Extrait du courriel cité ci-dessus.
À la lecture des motifs de la décision prise par un (seul) co-rédacteur en chef, une conclusion s'impose : scandaleux. Même si des questions peuvent se poser au sujet de la paternité de l'article rétracté.
Mais il y a aussi les circonstances de cette décision, qui aggraven le cas. Ce sera l'objet de la deuxième partie.
/image%2F1635744%2F20150606%2Fob_b8319b_2015-06-06-les-champs-de-l-au-dela-tom.jpg)