Dermatose nodulaire contagieuse : et si on vous écoutait ?
Divulgâcheur : Bienvenue en Enfer*
Un remarquable billet sur X (Pourton.info, @lactetue) que je m'empresse de diffuser. Le scénario décrit n'est pas plausible... il est quasi certain.
On est mercredi, je suis devant mon écran, et j’ai l’impression d’être dans Un Jour sans Fin. Sauf qu'à la place de Bill Murray, j'ai des comptes anonymes avec des photos de chats ou de drapeaux qui m'expliquent l'épidémiologie bovine.
Depuis que la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) flambe dans l'Ain et la Haute-Savoie, je lis partout la même rengaine, répétée comme un mantra tibétain par la team « Sachons » :
« Arrêtez le massacre ! », « Il ne faut pas abattre, il faut laisser faire la nature ! », « Les vétérinaires sont des vendus à Big Pharma ! », « L'immunité naturelle vaincra ! »
Ok. Pause. On respire par le nez.
Vous savez quoi ? J'ai décidé d'être joueur aujourd'hui. Vous voulez qu'on arrête d'abattre les bêtes infectées ? Vous voulez qu'on stoppe la vaccination « chimique » ? Vous voulez laisser « Dame Nature » gérer le dossier ?
Chiche.
J'ai sorti mon Rubik's Cube, j'ai lancé une simulation mentale basée sur les données réelles du virus (le Capripoxvirus, pour les intimes), les lois du marché européen et la biologie vectorielle.
Voici le scénario exact de ce qui se passerait si on appliquait VOTRE méthode dès demain matin. Attachez vos ceintures, ça va secouer, et ça ne sent pas la rose.
Sous la pression de Twitter, l'État cède. Le Préfet annonce : « Ok, on arrête tout. Plus d'abattage préventif, plus d'euthanasie sanitaire. On isole juste les fermes touchées avec de la rubalise. »Sur X, c'est l'euphorie. Emojis confettis. Vous criez victoire. Vous avez « sauvé » les vaches. Vous vous sentez comme des héros Marvel.
L'illusion du « Coin Pipi » et de la Cabane au Fond du Jardin :
Là, je vous entends déjà ergoter avec vos solutions magiques :
« Mais Franky, on ne laisse pas les malades avec les saines ! On les met dans un box à part, ou mieux, dans la cabane tout au fond du pré ! »
Génial. Sauf que vous oubliez un détail crucial : le vecteur (le taon, le moustique, le stomoxe) a des ailes.
Dans l'étable :
Votre box « isolé » par une barrière en bois ? Pour une mouche qui vole, c'est comme le « coin pipi » dans une piscine. Ça ne sert à rien. Elle pique la malade, vole 20 mètres, et pique la saine.
Au fond du pré :
Vous croyez vraiment qu'un taon s'arrête à 300 mètres ? Ces vecteurs parcourent des kilomètres, portés par le vent. Mettre la vache malade (qui est une bombe virale) au fond du champ, c'est juste donner un peu d'exercice au moustique avant qu'il ne revienne contaminer le troupeau principal ou celui du voisin.
La réalité :
« Isoler » une maladie vectorielle sans moustiquaire intégrale ou bunker P4, c'est comme essayer d'arrêter une odeur de friture avec un grillage à poules. C'est mignon, mais zéro efficacité.
Rien ne se passe en apparence. Les vaches « sauvées » survivent. Vous tweetez : « Vous voyez ? Les experts nous mentaient ! Tout va bien ! »
Sauf que pendant ce temps, le virus a incubé en silence. 28 jours. C'est le calme avant la tempête.
C'est là que vous sortez votre joker météo :
« Mais Franky, on est en décembre, il fait -5°C dehors ! Les moustiques sont morts ! La maladie ne circule plus, espèce d'alarmiste ! »
FAUX.
Vous confondez « la Nature » avec un congélateur Picard. C'est biologiquement faux et épidémiologiquement suicidaire.
L'Effet « Club Med » des Étables :
Dehors, ça caille. Mais dedans ? Dans les stabulations où les vaches passent l'hiver ? Il fait 10-15 °C, c'est humide, ça sent bon le fumier et la vie. C'est un paradis tropical pour les stomoxes (les mouches d'étables) et certains moucherons Culicoïdes. Ils ne meurent pas, ils rentrent au chaud avec les vaches. Et ils continuent de piquer, joyeusement, passant de la vache malade (que vous avez refusé d'abattre) à la vache saine, à 2 mètres de distance.
La Promiscuité Hivernale :
L'hiver, les bêtes sont serrées les unes contre les autres. Si la transmission vectorielle baisse un peu dehors, la transmission directe (via la salive dans les abreuvoirs communs ou les croûtes) prend le relais dans cet environnement confiné. Une vache avec des ulcères plein la bouche qui boit dans le même bac que les autres = contamination garantie.
La Bombe à Retardement (Le « Réservoir ») :
C'est le point crucial. Si on n'abat pas les malades cet hiver, le virus passe l'hiver au chaud dans le sang de vos vaches « sauvées ». Il attend. Et dès le premier rayon de soleil d'avril, quand les vecteurs extérieurs vont éclore, ils vont trouver un garde-manger rempli de virus frais, prêt à être disséminé sur 50 km. Ne pas abattre en hiver, c'est littéralement stocker des munitions pour que l'épidémie du printemps soit nucléaire.
L'incubation est terminée. Et là, ce n'est pas un foyer qui s'allume. C'est un arbre de Noël. Tout le Pays de Gex, le Bugey, le Chablais s'embrasent en même temps. Et c'est là que votre fantasme de « maladie bénigne » se prend le mur de la réalité clinique.
Parce qu'on n'a pas abattu les bêtes pour stopper la propagation, la charge virale dans l'environnement est astronomique. Les formes graves se multiplient. Vous vouliez voir la « Nature » ? La voilà :
Les vaches ne font pas juste « un peu de fièvre ». Elles se couvrent de nodules durs et douloureux sur tout le corps.
Ces nodules nécrosent. La peau se détache par plaques, laissant la chair à vif. Les bêtes puent la gangrène.
Les lésions ne sont pas qu'externes. Elles ont les mêmes dans la bouche, l'œsophage, la trachée. Elles ne peuvent plus manger ni boire sans hurler de douleur (si une vache pouvait hurler).
Elles bavent, elles maigrissent à vue d'œil (cachexie), elles étouffent lentement.
Les femelles pleines ? Elles avortent toutes. Les veaux naissent morts ou couverts de pustules.
Les taureaux ? Stériles. Testicules nécrosés (orchite).
Au lieu d'une mort rapide par euthanasie, vous avez condamné des milliers d'animaux à une agonie qui dure des semaines. Les éleveurs n'ont plus le droit d'abattre (c'est votre règle, non ?), donc ils regardent leurs bêtes pourrir sur pied. C'est ça, votre « compassion » ?
La maladie est hors de contrôle. On n'est plus à quelques cas, on est à 80 % du cheptel touché. La réaction internationale est immédiate et brutale. La France perd son statut « indemne ».
Le Mur :
La Suisse, l'Italie, l'Espagne ferment leurs frontières. Hermétiquement. Plus un litre de lait, plus un veau, plus un steak ne sort de la zone.
L'Effet Domino :
Vous pensiez sauver l'éleveur ? Vous l'avez tué.
- Le lait pour le Comté ? Interdit d'exportation.
- Le Bleu de Gex ? Fini.
- La viande ? Invendable. Elle ne vaut plus zéro, elle vaut moins que zéro (car il faut payer l'équarrissage des bêtes qui meurent seules).
La Faillite :
Sans abattage ordonné par l'État, il n'y a PAS d'indemnisation. C'est la règle. Si vous refusez la police sanitaire, vous refusez le chèque qui va avec.
Résultat :
Vos éleveurs « libérés » font faillite. Leurs fermes ferment. Ils ne peuvent plus payer le fourrage. Les bêtes meurent de faim dans les étables.
On assiste à une vague de suicides agricoles. Réels. Tragiques.
Le virus a gagné. Il s'est installé dans la faune sauvage, dans les tiques qui hibernent. La France est devenue un pays « pestiféré » sur le marché mondial pour les 10 prochaines années. Vos exportations de luxe (vins et fromages souvent liés dans les traités commerciaux) sont impactées par rétorsion.
Et le pire ? Au final, pour sauver ce qui reste, on devra quand même vacciner massivement de force, et probablement abattre les survivants chroniques qui continuent de diffuser le virus. Bilan des courses :
Au lieu d'abattre 500 bêtes pour sauver le troupeau...
On a laissé mourir 50.000 bêtes dans d'atroces souffrances.
On a ruiné une filière économique entière.
On a perdu notre souveraineté alimentaire.
Voilà le résultat de votre « bienveillance ». C'est le paradoxe classique de l'enfer pavé de bonnes intentions (et d'une inculture scientifique crasse).
En voulant « sauver » la vache 001, vous avez condamné les vaches 002 à 10.000 à la torture. L'épidémiologie, ce n'est pas un sondage d'opinion sur Twitter. C'est une mécanique froide. Le virus s'en fout de votre indignation. Le virus s'en fout que vous trouviez l'abattage « cruel ». Il ne connaît qu'une loi : la propagation exponentielle.
Alors oui, l'abattage préventif, c'est moche. C'est dur. Ça fait pleurer l'éleveur (et croyez-moi, il pleure plus que vous). Mais c'est un « coupe-feu ». Si vous empêchez les pompiers de faire un contre-feu parce que « brûler des arbres c'est méchant », vous ne sauvez pas la forêt. Vous laissez cramer tout le département.
Donc, la prochaine fois que vous avez envie de tweeter #StopAbattage avec une photo de veau mignon, réfléchissez deux secondes. Est-ce que vous voulez vraiment sauver les animaux, ou est-ce que vous voulez juste vous sentir moralement supérieur pendant 5 minutes, quitte à provoquer une hécatombe ?
Moi, j'ai fait mon choix. Je suis du côté de la science, de la réalité, et de ceux qui ont le courage de prendre des décisions difficiles pour éviter le pire. Maintenant, si vous voulez m'insulter, faites la queue, j'ai une Smart à charger et une Bentley à faire tourner pour compenser mon bilan carbone.
Bisous (vaccinés).
PS : en complément --> https://x.com/lactetue/status/1999927211324059885?s=20
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* Source : https://x.com/lactetue/status/2001327052671111658
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