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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Aliments ultra-transformés : The Lancet a-t-il donné à MAHA l'élan dont il avait besoin ?

3 Décembre 2025 Publié dans #Alimentation, #Santé, #Article scientifique

Aliments ultra-transformés : The Lancet a-t-il donné à MAHA l'élan dont il avait besoin ?

 

Chuck Dinerstein, ACSH*

 

 

Image : ACSH

 

 

Ma note : Cet article est une analyse sous l'angle particulier des politiques (et dérives) états-uniennes, mais elle est d'un intérêt général.

 

La nouvelle série de The Lancet sur les aliments ultra-transformés (AUT) s'appuie sur des décennies de données mondiales, des preuves mécanistiques et plus de 100 études prospectives pour affirmer que les AUT constituent un modèle alimentaire qui supplante activement les cultures alimentaires traditionnelles et favorise les maladies chroniques dans le monde entier. Cependant, le cadre AUT/NOVA est lui-même contesté, un point qu'il convient de garder à l'esprit à mesure que l'article développe ses arguments.

 

 

Pour MAHA (Make America Healthy Again – rendre la santé à l'Amérique), ces conclusions fournissent le type de preuves interdisciplinaires générales que les efforts de sensibilisation du secrétaire Kennedy n'ont pas encore permis de mettre en avant. L'article, rédigé par les chercheurs qui ont développé le système de classification NOVA, relève davantage de l'opinion polémique que de la science mesurée. Cependant, leurs trois conclusions principales sont au cœur du mantra de MAHA. Cette convergence ouvre la voie à l'examen de la manière dont la science est interprétée et mobilisée.

 

 

Les AUT remplacent rapidement et uniformément les régimes alimentaires traditionnels dans le monde entier

 

Il s'agit de la première des trois principales affirmations de la série de The Lancet qui structurent à la fois l'argumentation scientifique et la perspective politique de MAHA. Dans 36 pays, la part des AUT dans l'alimentation augmente presque parallèlement à la mondialisation du système alimentaire industriel. The Lancet résume cette tendance sans détour :

 

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« Ensemble [...] les tendances convergentes en matière de consommation, d'achat et de vente mettent en évidence le remplacement mondial des habitudes alimentaires établies de longue date par les AUT et indiquent une propagation rapide dans les régions où les AUT ne sont pas encore dominants. »

 

 

 

Les auteurs affirment que ce remplacement est structurel et non accidentel, ce qui implique que les politiques doivent être prises précocément, ciblées et systémiques, et intervenir avant que les habitudes alimentaires riches en AUT ne s'ancrent. Prises ensemble, ces tendances conduisent les auteurs à leur deuxième affirmation majeure sur la manière dont les AUT remodèlent les régimes alimentaires de l'intérieur.

 

 

Les AUT modifient systématiquement la qualité de l'alimentation par le biais de multiples mécanismes

 

 

« L'exposition à un régime alimentaire ultra-transformé dégrade largement la qualité de l'alimentation. Les conséquences néfastes comprennent des déséquilibres nutritionnels importants, de multiples caractéristiques qui favorisent la suralimentation, une réduction de l'apport en composés phytochimiques protecteurs de la santé et une augmentation de l'apport en composés toxiques, en perturbateurs endocriniens et en classes et mélanges d'additifs alimentaires potentiellement nocifs. »

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Bien sûr, le terme « dégrade » a une connotation plus péjorative que le simple terme « modifie ». Pour les Maha moms, les mères adeptes de MAHA, et d'autres, cela fournit une base mécaniste pour affirmer que les AUT ne peuvent être considérés comme équivalents sur le plan nutritionnel aux aliments peu transformés, même lorsque les étiquettes nutritionnelles semblent similaires. Il s'agit bien sûr d'une thèse centrale des chercheurs de NOVA selon laquelle la transformation modifie (dégrade) fondamentalement les aliments complets. Elle devient la porte cochère d'entrée pour cibler la transformation, les additifs et les formulations, et pas seulement les nutriments. Cela signifie également que ceux qui effectuent la transformation, les fabricants, sont les principaux méchants de l'histoire. La troisième affirmation étend cet argument mécaniste au domaine épidémiologique.

 

 

Les AUT augmentent le risque de plusieurs maladies chroniques

 

Le « signal » épidémiologique identifié par la revue The Lancet soulève des questions importantes, mais controversées, sur la corrélation par rapport à la causalité. Il est inhabituellement large, ce qui invite à la fois à l'attention et à la prudence :

 

« Notre revue systématique de 104 études prospectives a révélé que 92 d'entre elles montraient une association [...] Les méta-analyses [...] ont révélé des associations statistiquement significatives pour 12 [maladies], notamment : le surpoids ou l'obésité ; le diabète de type 2 […] ; les maladies cardiovasculaires, rénales et gastro-intestinales ; la dépression ; et la mortalité toutes causes confondues. »

 

En effet, le graphique accompagnant cette section de l'étude est spectaculaire, illustrant l'augmentation de la consommation d'AUT parallèlement à un risque accru pour toute une série de maladies chroniques.

 

 

 

 

Cependant, un examen et une réflexion plus approfondis sont nécessaires. L'étude historique de Kevin Hall a démontré que les AUT riches en calories contribuaient à la prise de poids, point final. L'obésité étant un facteur de risque important pour presque toutes les maladies figurant dans le tableau, les associations observées peuvent refléter la densité calorique plutôt que la « dégradation » des nutriments. Les données actuelles ne permettent pas encore de démêler ces mécanismes avec certitude. Malgré cette incertitude, les auteurs s'appuient sur l'ensemble des données épidémiologiques pour présenter les AUT comme un danger pour la population.

 

Les conclusions présomptives, principalement liées aux maladies chroniques ayant une forte composante alimentaire, permettent à The Lancet et vraisemblablement à MAHA de présenter les aliments ultra-transformés comme un risque pour l'ensemble de la population, d'une ampleur similaire à celle des péchés environnementaux originels que sont le tabac et la pollution atmosphérique, justifiant ainsi de vastes stratégies réglementaires et éducatives. [1]

 

 

Quand les preuves rencontrent la politique

 

Si le premier article du Lancet expliquait pourquoi les aliments ultra-transformés constituent une menace pour la santé mondiale, les documents politiques qui l'accompagnent s'éloignent de la science nutritionnelle pour se concentrer sur la politique nutritionnelle. La réponse, fondée sur des préoccupations économiques liées au capitalisme, est claire et sans concession. Les auteurs affirment que les AUT se sont imposés non pas parce que les individus font de mauvais choix, mais parce que le système a été conçu pour produire, distribuer, commercialiser et normaliser ces produits à chaque étape.

 

« Nous identifions quatre dimensions distinctes des systèmes alimentaires qui jouent un rôle dans la production, la commercialisation et la consommation des AUT. »

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  • Produits AUT : changer la nature de ces aliments. Il ne suffit pas de modifier les nutriments. Reformuler une boisson gazeuse en remplaçant le sucre par des édulcorants non nutritifs ne change rien à la formulation ultra-transformée sous-jacente, et les auteurs avertissent que cette approche peut même renforcer la dépendance aux AUT. L'objectif global n'est pas d'améliorer marginalement les AUT, par exemple en supprimant les colorants alimentaires, mais de réduire leur prédominance dans l'approvisionnement alimentaire. La réglementation pourrait et devrait restreindre certaines catégories d'additifs, fixer des limites aux techniques de transformation ou établir des critères clairs permettant d'identifier ce qui constitue un produit ultra-transformé.

 

  • Environnements alimentaires AUT : refondre les espaces où nous mangeons et achetons. Les supermarchés, les restaurants, les écoles, les publicités et les plate-formes numériques où les gens trouvent de la nourriture font la promotion massive des AUT, façonnant la consommation bien avant qu'une personne n'atteigne le stade du « choix », et doivent être structurés de manière à ce que les aliments peu transformés deviennent le choix le plus facile et le plus accessible. Changer ces environnements signifie limiter la visibilité des AUT, la publicité faite à leur prix de vente bas et l'agressivité de leur promotion. Les étiquettes d'avertissement sur la face avant des emballages (FOP – front of pack), par exemple, sont présentées comme l'un des outils les plus efficaces. Cependant, les preuves de cette efficacité sont mitigées, l'impact étant plus important sur la reformulation des produits par les fabricants que sur les achats des consommateurs. Les résultats sont encore plus complexes en raison des restrictions commerciales qui accompagnent souvent la réglementation FOP. Les auteurs envisagent des repas scolaires dominés par des aliments peu transformés, des politiques fiscales rendant les aliments plus sains plus abordables et des règles de vente au détail empêchant les AUT d'évincer les autres options.

 

  • Fabricants et détaillants d'AUT : limiter le pouvoir des entreprises. Les auteurs se tournent maintenant vers les entreprises mondiales qui fabriquent, commercialisent et vendent des AUT. Étant donné que, dans de nombreux cas, les multinationales alimentaires, les chaînes de restauration rapide et les supermarchés influencent l'alimentation des consommateurs grâce à leur immense influence économique et politique, les instances politiques devraient agir au niveau du comportement des entreprises et de leur pouvoir de marché, en limitant les fusions, en restreignant le marketing intermarques et en réduisant l'ingérence politique dans l'élaboration des politiques nutritionnelles. Les auteurs soulignent que sans contrôle du pouvoir des entreprises, les AUT continueront à se développer indépendamment des objectifs de santé publique.

 

  • Chaînes d'approvisionnement alimentaire : transformer les fondements qui rendent les AUT inévitables. Enfin, les auteurs nous rappellent que les AUT sont devenus dominants grâce à des décennies de politiques agricoles, commerciales et financières qui ont favorisé les monocultures, la transformation industrielle et les réseaux de distribution mondialisés. Ces transformations ont rendu artificiellement bon marché des ingrédients tels que le sirop de maïs, les céréales raffinées et les huiles industrielles, alimentant une logique économique selon laquelle les AUT sont les produits les plus rentables qu'une entreprise puisse fabriquer. Réformer ce système signifie rééquilibrer les chaînes d'approvisionnement en faveur des aliments peu transformés, en réorientant les subventions vers une agriculture diversifiée, en développant des économies alimentaires locales, en révisant les accords commerciaux et en s'attaquant à l'empreinte environnementale des AUT.

 

À partir de ces critiques structurelles, les auteurs se tournent vers ce qu'ils considèrent comme la résistance organisée de l'industrie.

 

 

Le retour du manuel de tactiques et stratégies du tabac

 

Les documents d'orientation soutiennent que les fabricants d'AUT emploient des stratégies qui rappellent celles de l'industrie du tabac. Selon les auteurs, l'activité politique des entreprises – notamment le lobbying, l'influence sur les agences gouvernementales, les litiges et l'orientation des programmes scientifiques – représente le principal obstacle à une réglementation efficace. Ils affirment que les entreprises s'efforcent de bloquer les restrictions, d'orienter le discours public autour du « choix personnel » et de semer le doute par le biais de recherches et d'événements scientifiques sponsorisés. Les auteurs concluent qu'« une réponse mondiale unifiée aux AUT devrait s'attaquer directement au pouvoir des entreprises [...] et perturber le modèle économique des produits ultra-transformés ».

 

La conclusion de The Lancet est sans ambiguïté :

 

« Une réponse mondiale unifiée aux AUT devrait s'attaquer directement au pouvoir des entreprises [...] et perturber le modèle commercial des produits ultra-transformés. »

 

Le message est clair. Il faut s'attaquer aux AUT comme on l'a fait pour le tabac, car ils fonctionnent selon les mêmes mécanismes d'influence, d'obstruction et de nuisance motivée par le profit. Ces arguments rejoignent naturellement les priorités et le positionnement politique de MAHA.

 

 

Un moment stratégique pour MAHA ?

 

Les auteurs de l'article de The Lancet et MAHA s'accordent fortement sur le fait que les AUT dominent en raison de l'ingénierie des entreprises, et non d'une défaillance des consommateurs, ce qui constitue un problème systémique plutôt qu'une question de « responsabilité personnelle ». Dans cette perspective, les politiques devraient cibler les systèmes en

 

  • restreignant le marketing et le lobbying ;

     

  • limitant les activités politiques et scientifiques des entreprises ;

     

  • ciblant les processus industriels eux-mêmes (additifs, émulsifiants, édulcorants, etc.).

 

The Lancet recommande des étiquettes d'avertissement sur la face avant des emballages, des taxes sur les AUT, des restrictions dans les écoles et l'interdiction du marketing auprès des enfants... des politiques qui correspondent parfaitement au programme MAHA. Le prochain rapport du secrétaire Kennedy fera probablement référence à ces travaux. Pourtant, une tension ironique subsiste : l'appel de MAHA en faveur d'une réglementation stricte pourrait se heurter à une administration qui privilégie les engagements volontaires des entreprises et les approches fondées sur des incitations. Cette tension soulève des questions plus larges sur la mesure dans laquelle l'administration est prête à s'opposer à l'influence des entreprises.

 

MAHA souhaite des mesures énergiques ; l'administration souhaite des engagements volontaires de la part des entreprises ; MAHA souhaite que des lois strictes remplacent les réglementations présentant des lacunes ; l'administration préfère les partenariats et les incitations. Si elle veut atteindre ses objectifs, MAHA doit continuer à critiquer le comportement des entreprises dans le cadre du capitalisme ; The Lancet présente explicitement les AUT comme un échec du système capitaliste [2].

 

L'administration actuelle n'est peut-être pas aussi disposée à s'attaquer au pouvoir des entreprises que le souhaite MAHA, en particulier sur les questions liées au travail, au SNAP [Supplemental Nutrition Assistance Program, un programme d'aide alimentaire] ou aux programmes de nutrition scolaire. Il n'est pas certain que les propositions à venir viseront simplement à contenir les AUT ou à les éliminer, comme le suggère The Lancet. La réponse déterminera non seulement la stratégie réglementaire, mais aussi la manière dont le public perçoit les AUT en tant que question de santé et de politique.

 

_______________

 

[1] Il est intéressant de noter que l'exposition de l'ensemble de la population aux risques liés aux maladies infectieuses, qui peuvent être traitées par la vaccination, ne semble pas nécessiter les mêmes mesures réglementaires générales, ce qui constitue une incohérence scientifique et intellectuelle.

 

[2] Les étudiants en histoire noteront que les deux impacts significatifs du socialisme sur la nutrition comprennent la collectivisation forcée, la réquisition des céréales, la perturbation de l'agriculture et les politiques étatiques. En Russie, la privation extrême de calories et la famine massive ont entraîné la mort de 5 à 8 millions de personnes, en particulier en Ukraine, où près de 50 % des enfants de moins de 10 ans sont morts. Le Grand Bond en Avant de la Chine a entraîné la mort de 15 à 30 millions de personnes en raison d'une famine chronique sévère, d'une malnutrition protéino-énergétique et de carences généralisées en micronutriments.

 

Source : Ultra-processed foods and human health: the main thesis and the evidence (aliments ultra-transformés et santé humaine : thèse principale et preuves) The Lancet DOI : 10.1016/S0140-6736(25)01565-X

 

Le Dr Charles Dinerstein, M.D., MBA, FACS, est directeur médical du Conseil Américain pour la Science et la Santé (American Council on Science and Health). Il a plus de 25 ans d'expérience en tant que chirurgien vasculaire.

 

Source : Has The Lancet Given MAHA the Momentum It Needs? | American Council on Science and Health

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