Séralini et les 40 [...] : pour un nouveau paradigme anti-pesticides
Le groupe Springer a osé publier un article dans Environmental Sciences Europe qui est faux dès le premier mot du titre. Démontage.
Le groupe Springer a publié le 4 novembre 2025, dans Environmental Sciences Europe, « Scientists’ warning: we must change paradigm for a revolution in toxicology and world food supply » (Avertissement de(s) scientifiques : nous devons changer de paradigme pour une révolution dans la toxicologie et l'approvisionnement alimentaire mondial) de Gilles-Éric Séralini et al.
En voici le résumé (découpé)
« Nous proposons un nouveau paradigme, car la toxicologie manque actuellement de perspective adéquate.
Entre les années 1950 et 1970, au moins un tiers de tous les tests toxicologiques effectués aux États-Unis, y compris ceux portant sur les produits chimiques et les médicaments, induisaient les scientifiques en erreur, et ce problème mondial persiste aujourd'hui.
De plus, des déchets à base de pétrole et des métaux lourds ont été découverts dans des formulations de pesticides et de plastifiants.
Ces contaminations touchent désormais toutes les formes de vie. L'exposition généralisée à des mélanges chimiques favorise les risques pour la santé et l'environnement.
Nous avons découvert que les pesticides n'ont jamais fait l'objet de tests à long terme sur des mammifères dans leurs formulations commerciales complètes par les autorités réglementaires ou l'industrie des pesticides ; au contraire, seuls leurs ingrédients actifs déclarés ont été évalués, contrairement aux recommandations de la législation environnementale.
Les ingrédients de ces formulations ne sont pas entièrement divulgués, mais celles-ci sont en général au moins 1.000 fois plus toxiques à faibles doses pertinentes pour l'environnement que les ingrédients actifs seuls dans des conditions d'exposition à long terme.
Une absence similaire d'évaluation toxicologique complète s'applique aux plastifiants. Leurs autorisations réglementaires pourraient avoir été obtenues sur la base de données incomplètes, trompeuses et potentiellement fausses. Cela a des implications profondes non seulement pour les connaissances scientifiques, mais aussi pour la santé publique et environnementale.
Nous proposons de manière pragmatique un changement de paradigme en matière de réglementation :
1/abaisser la DJA des substances polluantes d'au moins un facteur 100 pour les produits déjà autorisés ;
2/pour les nouveaux composés, obliger à tester in vivo les formulations complètes des pesticides à des niveaux chroniques pertinents pour l'environnement.
Cela est nécessaire car les pesticides sont synthétisés à partir de pétrole, qui peut contenir des métaux lourds. De plus, les pesticides formulés peuvent contenir des plastifiants. La substance active déclarée, en tant que composé isolé de ce mélange choisi par l'entreprise, n'aura pas à être testée en tant que telle seule.
Une compensation pourrait être mise en place pour la réduction de l'utilisation des pesticides, ce qui permettrait de préserver la santé et l'environnement ;
3/les données toxicologiques brutes complètes pour chaque animal devraient être publiées sur Internet, y compris les protocoles précis selon lesquels elles ont été obtenues, et elles doivent être accessibles à la communauté scientifique, y compris aux étudiants. Il n'y a aucune raison de garder ces données secrètes.
La mise en œuvre de ces changements favoriserait également le développement d'alternatives agroécologiques. »
Il n'est pas nécessaire d'examiner ce résumé – et les propositions – en détail.
Mais on peut (presque) être d'accord avec la dernière phrase. Réduire la dose journalière admissible à un dix-millième de la NOAEL ou DSENO (dose sans effet nocif observé) mesurée sur des animaux de laboratoire, au lieu du centième, ferait disparaître une grande partie de l'arsenal existant de protection des plantes. Les exigences pour les nouveaux produits pourraient être telles... qu'il n'y aurait plus de nouveaux produits... Quant aux « alternatives agroécologiques », on peut toujours rêver.
Illustrons tout de même la chose par une incursion dans le corps de l'article. Voici donc, après un premier paragraphe qui dézingue la Révolution Verte par référence, notamment, à l'Inde :
« Aujourd'hui, la production de viande et de légumes contaminés [tainted] par des pesticides, des résidus pétroliers non déclarés présents à des concentrations de plusieurs dizaines ou centaines de microgrammes par kg [5], et des [de ?] médicaments à usage humain ou vétérinaire, ne favorise pas une santé optimale. »
La référence est évidemment un article de Séralini, Douzelet et Jungers... qui ne démontre pas mais postule une pollution par les pesticides :
« En raison de cette grande différence pour les HAP [hydrocarbures polycycliques] et de leur toxicité cancérigène, endocrinienne et nerveuse généralement reconnue, nous proposons que ceux-ci soient considérés comme des marqueurs de la pollution chimique des aliments, possiblement liée à la présence de nombreux pesticides en dessous du seuil. »
Et, plus loin, toujours avec la même référence – avec une confusion (volontaire ?) entre agroécologie et agriculture biologique :
« Il existe de meilleures approches. La production alimentaire agroécologique, exempte de pesticides de synthèse, contient des niveaux nettement inférieurs de résidus de pétrole et de métaux, un fait étayé par des preuves scientifiques [5]. »
Les auteurs de ce texte sont :
« Gilles-Eric Seralini, Gérald Jungers, Arden Andersen, Michael Antoniou, Michael Aschner, Marie-Hélène Bacon, Martine Bertrand, Thomas Bohn, Maria Lucia Bonfleur, Elisabeth Bücking, Nicolas Defarge, Randa Djemil, Jose Luis Domingo, Jérôme Douzelet, John Fagan, Thierry Fournier, José Luis Yela Garcia, Sophie Gil, Perrine Hervé-Gruyer, Angelika Hilbeck, Lorenz Hilty, Don Huber, Henri Joyeux, Imran Khan, Dimitris Kouretas, Frédérick Lemarchand, Ulrich Loening, Giuseppe Longo, Robin Mesnage, Dimitra I. Nikolopoulou, Jean-Michel Panoff, Cláudio Parente, Claire Robinson, Christoph Scherber, Diederick Sprangers, Charles Sultan, Aristeidis Tsatsakis, Louise Vandelac, Nian-Feng Wan, Brian Wynne, Johann G. Zaller, Amal Zerrad-Saadi & Xianming Zhang »
En fait, c'est Gilles-Éric Séralini et 42 autres signataires. Pourquoi les nommer tous ?
Les gens un peu versés dans ces choses trouveront facilement des noms qui ne correspondent pas à la notion habituelle de « scientifiques », celle qu'on s'attend à voir appliquée dans un article scientifique.
Citons parmi les Français Jérôme Douzelet, artisan cuisiner, et Perrine Hervé-Gruyer, co-fondatrice de la Ferme Biologique du Bec Hellouin et diplômée en droit, selon leurs pages LinkedIn.
Il y a aussi, par exemple, Claire Robinson, tenancière de GMWatch et d'autres sites anti-OGM et anti-pesticides (dont GMOSeralini)... On est entre amis...
Le titre, « Scientists’ warning » est donc faux.
Cherchez « sociologie »... et vous trouverez deux affiliations. Ce n'est là qu'un exemple.
Citons encore – prudemment – John Fagan et Don Huber. Le premier a artistiquement omis de mentionner certaines de ses activités passées, notamment dans le mouvement Maharishi, sur sa page LinkedIn. Le second, après une carrière prestigieuse, a pris la tangente et est devenu célèbre en annonçant en 2011 un apocalypse causée par le glyphosate, ou plutôt par un nouveau super-microbe pathogène qui se propagerait grâce aux OGM.
Les données sur les auteurs sont minimalistes. Cela pose question d'une manière générale.
Soyons encore prudent et cantonnons-nous aux auteurs non français !
Par exemple Arden Andersen : « Medicine, Agronomy, Nutrition, KS, USA » ; c'est d'une grande opacité.
Ou Don Huber, déjà cité : « Plant Physiology, Purdue University, West Lafayette, USA » ; il est né en 1935... nonagénaire...
Ou encore José-Luis Domingo (qui fut impliqué dans la publication de l'infameuse étude sur les rats) : « Toxicology, Universitat Rovira i Virgili, Reus, Spain » ; à notre connaissance, né en 1951, il a pris sa retraite.
Pourquoi diviser la DJA par 100 pour les produits de protection des plantes actuellement en usage ?
« En attendant, une approche prudente s'impose. À notre avis, pour les pesticides et plastifiants plus anciens déjà approuvés, les seuils de toxicité devraient être réduits de manière pragmatique d'au moins un facteur 100 afin de tenir compte de la toxicité non évaluée des formulations, sans exiger de tests supplémentaires sur les animaux. »
Les seuils de sécurité deviennent magiquement des seuils de toxicité...
À noter aussi que les auteurs demandent des tests bien plus poussés pour les – éventuels – nouveaux produits et formulations et estiment – en même temps – que les expérimentations animales devraient être minimisées.
Nous avons vu plus haut l'acte de foi en l'agroécologie. Voici la suite :
« Au cours de ce siècle, l'agroécologie s'est révélée être une alternative viable et résiliente, capable d'assurer l'approvisionnement alimentaire mondial [55]. Les données disponibles suggèrent qu'une production alimentaire abondante et durable est possible [56], moyennant toutefois une réduction nécessaire de la consommation de viande et de poisson. [...] »
Cela vient avec une citation du très activiste ci-devant rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation Olivier De Schutter, « Rapport final: Le droit à l’alimentation, facteur de changement » (A/HRC/25/57). Particularité : ce n'est pas du tout ce que dit le rapport !
La deuxième référence est des Hervé-Gruyer, « Miraculous abundance: one quarter acre, two French farmers, and enough food to feed the world. » (une abondance miraculeuse : un quart d'acre [mille mètres carrés], deux agriculteurs français et suffisamment de nourriture pour nourrir le monde – Chelsea Green Publishing). Bonne Mère !
Cela vient aussi avec des références aux éléments habituellement cités comme la rotation des cultures, la combinaison de la riziculture et l'élevage de poissons ou de canards, et l'invéitable permaculture.
Il y a encore :
« L'avenir de l'alimentation doit être repensé [62] afin d'assurer la sécurité alimentaire et de réduire la pauvreté. [...] »
La référence c'est... Vandana Shiva, « The future of food: countering globalisation and recolonisation of Indian agriculture » (l'avenir de l'alimentation : lutter contre la mondialisation et la recolonisation de l'agriculture indienne), un brûlot alarmiste de 2004 contre la mondialisation et la politique gouvernementale indienne.
On peut mesurer vingt ans après l'adéquation entre les annonces de catastrophes et la réalité... Et on peut aussi mesurer l'ampleur de la catastrophe qui a frappé le Sri Lanka en 2021-2022, crise à laquelle Vandana Shiva et ses belles paroles n'ont pas été étrangères.
Nous livrerons cette envolée lyrique brute de décoffrage :
« En tant que scientifiques, nous demandons une évaluation complète et transparente de tous les polluants et pesticides avant leur autorisation de mise sur le marché. Aujourd'hui, le fœtus est considéré comme une cible privilégiée pour les pesticides et autres polluants, qui sont devenus des acteurs clés dans des scandales mondiaux sur les plans sanitaire, social, économique, juridique, environnemental et éthique. De plus, les effets transgénérationnels mettent en danger les générations futures. Il est temps que les politiques réglementaires s'alignent sur les connaissances scientifiques actuelles, en veillant à ce que la santé humaine et la durabilité environnementale priment sur les intérêts industriels. »
Au terme de cet examen, il est permis de se demander – une fois de plus : où vas-tu, publication scientifique ?
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