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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Quand la politique devient la plus grande menace pour les agriculteurs

26 Novembre 2025 Publié dans #Politique

Quand la politique devient la plus grande menace pour les agriculteurs

 

Jake Leguee*

 

 

 

 

Les droits de douane imposés par la Chine sur le canola montrent comment les choix d'Ottawa peuvent paralyser l'agriculture canadienne.

 

 

Les agriculteurs peuvent faire face à beaucoup de choses, des sécheresses aux inondations, en passant par la hausse des coûts des intrants et la volatilité des marchés. Nous gérons les risques pour gagner notre vie. Mais il existe une menace contre laquelle nous ne pouvons ni lutter ni nous assurer, et que nous ne pouvons pas déjouer : les politiques de notre propre gouvernement. Cela ne devrait pas être le cas, car les politiques gouvernementales pourraient être – et devraient être – l'un de nos plus grands atouts.

 

Dans le passé, les agriculteurs s'inquiétaient beaucoup plus d'autres questions : les conditions météorologiques, les marchés, les prix des intrants, voire la main-d'œuvre. Il est évident que tous ces facteurs ont une incidence déterminante sur nos revenus d'une année à l'autre, et la façon dont nous les gérons détermine notre succès à long terme dans ce secteur.

 

 

Les risques que nous pouvons contrôler

 

Ce dernier point est essentiel : ce sont des aspects gérables de notre activité. Je peux gérer les défis liés à la main-d'œuvre. Je peux gérer les coûts des intrants et du capital afin de maintenir mes coûts à un niveau bas. Une gestion prudente et stratégique de ces facteurs peut faire une énorme différence pour la rentabilité de l'exploitation agricole à long terme.

 

Je peux également souscrire une assurance pour me protéger contre une mauvaise année, voire deux (certains agriculteurs confrontés à des sécheresses prolongées insisteraient à juste titre sur le fait que l'assurance a ses limites). Certaines assurances peuvent même protéger les revenus eux-mêmes, ce qui aide également en cas d'effondrement des prix des matières premières. Je peux également vendre mes récoltes à l'avance, parfois avec des contrats de production qui me permettent de me dégager en cas de mauvaises conditions météorologiques, et parfois sur les marchés à terme, ce qui ne m'engage pas à vendre physiquement.

 

Il y a beaucoup de choses que je peux contrôler, au moins en partie. Plus je gère mes risques, plus mon exploitation agricole a de chances d'être performante au fil des décennies.

 

La politique gouvernementale, en revanche, n'est pas contrôlable. Elle n'est pas prévisible. Elle est de moins en moins rationnelle. Et elle a un impact incroyable.

 

 

Les droits de douane chinois : un gros coup dur

 

Le 12 août 2025, la Chine a annoncé qu'elle imposerait un droit de douane de 75,8 % sur les importations de graines de canola canadiennes, à compter du 14 août. Ce n'est pas la première fois qu'elle s'en prend au canola canadien : le 20 mars 2025, la Chine a également imposé un droit de douane de 100 % sur l'huile et le tourteau de canola canadiens. Ces deux mesures ferment pratiquement la porte à ce marché.

 

Quel est l'impact ? En 2024, nous avons exporté pour 4,9 milliards de dollars de canola, y compris des graines, de l'huile et des tourteaux, vers la Chine. Il s'agit d'un marché d'une importance cruciale. N'oublions pas non plus l'impact sérieux sur les pois, le porc et d'autres produits visés par la Chine. Il ne s'agit pas seulement du canola.

 

 

La véritable raison derrière la décision de la Chine

 

Pourquoi la Chine agit-elle ainsi ? Oh, certains prétendent qu'il y a un « dumping » de canola sur les marchés chinois et que notre gouvernement subventionne les agriculteurs canadiens. Mais ce n'est qu'une excuse. Les agriculteurs canadiens sont beaucoup moins subventionnés que ceux de nombreux autres pays, notamment la plupart des pays européens et les États-Unis.

 

La véritable raison est que le Canada a imposé un droit de douane de 100 % sur les véhicules électriques chinois en octobre 2024. Cette mesure aurait été prise pour protéger l'industrie automobile canadienne. La Chine riposte pour faire pression sur le gouvernement canadien.

 

 

Les choix d'Ottawa comptent

 

Le gouvernement fédéral a fait un choix en octobre dernier et continue de faire le même choix aujourd'hui : sacrifier l'Ouest canadien au profit de l'Est. L'industrie automobile est une source importante de votes dans l'Est. Ce n'est pas le cas dans l'Ouest.

 

La filière du canola représente entre 43 et 45 milliards de dollars et emploie 200.000 personnes. À elle seule, sans tenir compte des autres cultures que nous produisons dans l'Ouest, elle est nettement plus importante que la fabrication de l'acier, de l'aluminium et de l'automobile réunie.

 

Mais il n'est pas nécessaire d'en faire une compétition. Toutes les industries du Canada sont essentielles à sa prospérité à court et à long terme. Tout ce que nous demandons, c'est d'être traités de manière équitable, c'est-à-dire de bénéficier du même niveau de soutien et d'attention que l'industrie automobile lorsque des barrières commerciales apparaissent.

 

 

Le gouvernement canadien ne soutient-il pas déjà les agriculteurs ?

 

Nos gouvernements fédéral et provinciaux partagent une partie du coût de notre système d'assurance-récolte. Ils offrent également un produit d'assurance de stabilisation des revenus appelé Agri-stabilité, qui a récemment fait l'objet de quelques améliorations nécessaires. Il est évident que l'assurance-récolte ne protège pas les agriculteurs contre l'effondrement des prix des produits de base, car il s'agit uniquement d'un produit de protection lié au rendement.

 

Agri-stabilité le fait, mais ses niveaux de soutien sont tellement inférieurs à la rentabilité que les agriculteurs perdent beaucoup d'argent avant qu'il n'entre en jeu. C'est là une idée fausse courante : Agri-stabilité ne peut pas vraiment nous aider dans cette situation. La perte du marché chinois nous prive de notre marge bénéficiaire. Agri-stabilité n'intervient pas pour protéger nos profits, mais seulement pour réduire nos pertes. Ce produit ne peut pas nous aider dans ce cas.

 

Les agriculteurs supportent le poids d'une politique gouvernementale qui protège une industrie au détriment d'une autre, beaucoup plus importante. Nous avons dépensé de l'argent pour cette récolte. Nous avons investi. Les engrais, les herbicides, les fongicides et les insecticides ont été appliqués. Le carburant a été consommé, les machines ont été utilisées. Et maintenant, à l'approche de la récolte, nous venons de perdre notre marge bénéficiaire sur l'une de nos cultures les plus importantes.

 

La Chine sait exactement ce qu'elle fait. Elle sait comment nous frapper là où ça fait le plus mal et au moment où ça fait le plus mal. Mais surestime-t-elle l'intérêt de notre gouvernement fédéral à agir à ce sujet ?

 

 

Cela va bien au-delà des agriculteurs

 

Cette mesure prise par la Chine n'est pas seulement une attaque contre les agriculteurs, c'est une attaque contre tout le Canada. Cela touche tout le monde, partout dans le pays.

 

Les politiques mises en place par nos gouvernements, tant au niveau fédéral que provincial, ont un impact énorme sur nos moyens de subsistance. Qu'il s'agisse d'investissements dans la sélection végétale et les infrastructures, de l'élaboration et du maintien d'accords commerciaux et de l'accès aux marchés, ou encore de la mise en place de filets de sécurité en matière d'assurance, les politiques gouvernementales ont leur importance.

 

 

Il faut que quelque chose change

 

Il est temps que notre gouvernement cesse de mordre la main qui le nourrit. Il est temps de reconnaître l'importance considérable de l'agriculture canadienne. Le succès des agriculteurs de tout le pays est le moteur de la prospérité de millions de Canadiens. Pourtant, le gouvernement adopte sans cesse des politiques qui nuisent activement à l'agriculture. Qu'il s'agisse de politiques climatiques mal conçues, de la baisse des investissements dans les programmes de sélection essentiels d'Agriculture Canada ou des gaffes diplomatiques répétées qui aliènent les principaux marchés d'exportation. Quelque chose doit changer.

 

L'agriculture est l'une des plus grandes activités économiques du Canada, représentant 8 % du PIB et un emploi sur huit. Elle pourrait être l'un des joyaux de la couronne canadienne, une cible pour des investissements stratégiques et une politique claire et cohérente visant à assurer son succès pour les générations futures. La politique gouvernementale peut, devrait et doit être un atout pour les agriculteurs canadiens, et non un fardeau.

 

Il faut que cela change. Canadiens, s'il y a un moment pour parler à vos députés et leur expliquer pourquoi l'agriculture est importante, c'est maintenant.

 

_______________

 

Je suis agriculteur près de Weyburn, en Saskatchewan, au Canada. Nous cultivons du blé dur, du blé, du canola, des pois, des lentilles et du lin. Je cultive avec ma famille, notamment ma femme et mes trois jeunes fils, ainsi que plusieurs autres membres de ma famille. Nous sommes une exploitation agricole de troisième génération qui s'efforce de s'améliorer continuellement, afin de laisser les choses dans un meilleur état que celui dans lequel nous les avons trouvées. Je m'implique également à divers niveaux dans le secteur agricole afin d'essayer de construire un avenir meilleur. En tant qu'agriculteur et agronome, l'agriculture, ainsi que la science et les affaires qui y sont liées, me fascinent et me passionnent. Voir tous les articles de Jake.

 

Source : When Policy Becomes a Farmer’s Biggest Threat - A Year in the Life of a Farmer

 

 

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