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Modèle linéaire sans seuil ou dose-réponse avec seuil : les répercussions d'une science frauduleuse

8 Novembre 2025 Publié dans #Toxicologie, #Santé

Modèle linéaire sans seuil ou dose-réponse avec seuil : les répercussions d'une science frauduleuse

 

Susan Goldhaber, ACSH*

 

 

Image : ACSH

 

 

Depuis plus d'un demi-siècle, la politique réglementaire américaine en matière de risques chimiques et radiologiques repose sur des fondements scientifiques profondément erronés. Des chercheurs tels que le Dr Ed Calabrese et le lanceur d'alerte Dr Paul Selby ont passé des décennies à documenter comment une fausse déclaration scientifique cruciale faite au Oak Ridge National Laboratory dans les années 1950 a induit en erreur les agences de réglementation et faussé l'évaluation des risques pendant des générations. Les répercussions de cette erreur persistent, influençant les réglementations, façonnant les politiques et définissant les risques de cancer d'une manière qui ne reflète peut-être pas fidèlement la réalité.

 

 

Depuis plus d'un demi-siècle, la politique réglementaire américaine en matière de risques chimiques et radiologiques repose sur des fondements scientifiques profondément erronés. Des chercheurs tels que le Dr Ed Calabrese et le lanceur d'alerte Dr Paul Selby ont passé des décennies à documenter comment une fausse déclaration scientifique cruciale faite au Oak Ridge National Laboratory dans les années 1950 a induit en erreur les agences de réglementation et faussé l'évaluation des risques pendant des générations. Les répercussions de cette erreur persistent, influençant les réglementations, façonnant les politiques et définissant les risques de cancer d'une manière qui ne reflète pas nécessairement la réalité.

 

L'Agence de Protection de l'Environnement (EPA) et d'autres agences vont-elles enfin prendre des mesures pour corriger les données scientifiques frauduleuses qui ont influencé les politiques, les réglementations et le public pendant plus de 50 ans ?

 

Ce n'est pas un problème nouveau. Comme je l'ai écrit, le Dr Ed Calabrese a passé les 20 dernières années à étudier les fondements historiques de l'évaluation des risques de cancer. En 1996, le Dr Paul Selby, chercheur scientifique en génétique, est devenu un lanceur d'alerte lorsqu'il a contacté le département de l'Énergie (DOE) au sujet d'une fraude scientifique potentielle qui s'était produite 40 ans plus tôt au laboratoire national d'Oak Ridge. En 2022, MM. Calabrese et Selby se sont associés pour publier les coulisses de cette fraude scientifique. En 2025, ils ont publié un compte rendu plus détaillé de la fraude scientifique, expliquant comment celle-ci avait directement conduit les organismes de réglementation à utiliser un modèle incorrect pour évaluer les risques de cancer au cours des 50 dernières années.

 

En août dernier, la revue Science a publié une lettre de MM. Calabrese et Selby affirmant qu'une fraude scientifique majeure qui avait débuté en 1956 n'avait non seulement jamais été corrigée, mais avait également été perpétuée par la communauté scientifique. Cela a conduit à l'utilisation d'un modèle scientifiquement erroné que de nombreuses agences américaines ont adopté pour évaluer les risques chimiques et radiologiques.

 

 

L'effet domino

 

L'utilisation du modèle linéaire sans seuil (LNT), plutôt que du modèle dose-réponse avec seuil [1], a entraîné une forte distorsion des estimations du risque de cancer, qui s'est répercutée sur les décisions réglementaires et politiques.

 

Un exemple en est la controverse entourant l'oxyde d'éthylène, un produit chimique utilisé pour stériliser le matériel médical. Comme je l'ai déjà mentionné, l'EPA a finalisé en 2024 une réglementation sur l'oxyde d'éthylène basée sur un type de modèle LNT qui montrait qu'une concentration de 0,1 partie par billion [mille milliards] d'oxyde d'éthylène entraînerait un risque de cancer sur une vie d'un sur un million, niveau souvent utilisé par les agences gouvernementales pour représenter un risque de cancer significatif. Ce niveau est 19.000 fois inférieur aux quantités présentes naturellement dans le corps humain et 1.000 à 2.000 fois inférieur à celles présentes dans l'air urbain typique. Concrètement, cela signifie que les installations de stérilisation qui produisent de l'oxyde d'éthylène destiné à être utilisé dans des dispositifs médicaux tels que les stimulateurs cardiaques et les équipements chirurgicaux pourraient être contraintes de fermer. Si l'EPA avait utilisé le modèle dose-réponse avec seuil au lieu du modèle LNT, les estimations du risque de cancer auraient été considérablement réduites.

 

Un autre exemple concret concerne les scanners. Un article récent publié dans JAMA Internal Medicine affirme que les scanners entraîneront un million de cas supplémentaires de cancer au cours de la prochaine décennie. Comme l'explique un article de l'ACSH, cette prédiction est le résultat de l'utilisation du modèle LNT. Elle ne correspond pas aux données, qui montrent que si les scanners ont considérablement augmenté au cours des deux dernières décennies, les taux de cancer ont quant à eux diminué de manière constante. Si le modèle dose-réponse avec seuil avait été utilisé, le nombre de cas de cancer prévus aurait été nettement inférieur, plus conforme à la situation réelle.

 

 

Comment en sommes-nous arrivés là ?

 

Avant 1946, le gouvernement américain utilisait le modèle dose-réponse avec seuil pour évaluer le risque de cancer lié aux rayonnements et aux produits chimiques. Ce modèle suppose un niveau d'exposition en dessous duquel il n'y a pas d'augmentation du risque de cancer.

 

En 1951, le Dr William Russell, du Laboratoire National d'Oak Ridge, a mené des recherches sur des millions de souris, examinant les mutations chez la progéniture de souris exposées aux rayons X. Il a rapporté que les souris étaient 15 à 20 fois plus sensibles à l'induction de mutations transgénérationnelles que ce que l'on avait précédemment signalé chez les drosophiles.

 

En 1956, ces données ont été utilisées par le comité génétique I sur les effets biologiques des radiations atomiques (Biological Effects of Atomic Radiation (BEAR) I Genetics Panel) pour conclure que les données justifiaient le passage du modèle dose-réponse avec seuil au modèle LNT. L'utilisation du modèle LNT est devenue la méthodologie standard pour la plupart des agences gouvernementales américaines, une politique qui est toujours en vigueur aujourd'hui.

 

 

Fraude scientifique

 

En 1995, le Dr Paul Selby, collaborateur de longue date de M. William Russell, a découvert que ce dernier avait exclu de ses expériences des groupes de mutations spontanées observées dans les groupes témoins de souris, sans mentionner ces mutations dans ses rapports ou publications.

 

M. Selby a constaté que les résultats réels de l'expérience révélaient des mutations supplémentaires dans le groupe témoin, démontrant un taux de mutation dans les témoins presque identique à celui des souris irradiées.

 

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« Les données utilisées par le comité, fournies par William Russell, étaient incorrectes, ce qui a conduit à une surestimation massive des dommages héréditaires résultant de l'exposition aux rayonnements ionisants. »

Calabrese et Selby

 

M. Selby a contacté la direction du DOE en juin 1995, ce qui a conduit à une évaluation formelle des résultats de M. Russell par le DOE, incluant quatre experts externes en génotoxicité. En 1996, M. Russell a admis avoir supprimé le taux de mutation dans le groupe témoin de 120 %, ce qui a faussement augmenté les risques de mutation induits par les rayonnements. Le DOE a corrigé son rapport en utilisant le taux de mutation corrigé dans les contrôles fourni par M. Russell. Cela aurait dû conduire à une révision de la politique il y a près de 30 ans.

 

Cependant, les conclusions et interprétations erronées des données de M. Russell n'ont jamais été soulignées ou corrigées dans la littérature scientifique évaluée par des pairs. Le DOE, les Académies Nationales des Sciences (NAS) et l'EPA n'ont pas donné suite ni modifié leur politique sur la base de ces corrections, qui encadraient plus correctement le risque de cancer.

 

MM. Calabrese et Selby ne mâchent pas leurs mots :

 

« Le vieil adage s'applique ici : le poisson pourrit par la tête, c'est-à-dire que ce problème a commencé au sommet de l'establishment scientifique, avec un panel de généticiens éminents des NAS comprenant deux lauréats du prix Nobel (Muller et Beadle). Il est grand temps de corriger les politiques et pratiques réglementaires défaillantes qui reposent actuellement sur les informations peu fiables du rapport BEAR I. »

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Si l'administration actuelle prend au sérieux son engagement en faveur d'une « science de référence » [gold-standard science], elle doit affronter cet héritage, reconnaître les erreurs et corriger les politiques qui en découlent. Un demi-siècle, c'est assez long : il est grand temps de rectifier le tir. L'administration actuelle sera-t-elle à la hauteur ? Va-t-elle réunir un groupe d'experts sur les risques de cancer afin de corriger cette erreur ? Le public mérite un cadre de risque fondé sur une science précise, et non sur des données obsolètes ou manipulées.

 

________________

 

[1] Le modèle linéaire sans seuil part du principe que chaque augmentation de la dose d'une substance chimique ou d'une radiation, aussi faible soit-elle, entraîne une augmentation du risque de cancer. À l'inverse, le modèle dose-réponse avec seuil part du principe qu'il n'y a pas d'augmentation du risque de cancer en dessous d'un certain niveau d'exposition.

 

Susan Goldhaber, M.P.H., est une toxicologue de l'environnement qui a plus de 40 ans d'expérience au sein d'agences fédérales et d'États et dans le secteur privé ; elle s'est spécialisée dans les questions relatives aux produits chimiques présents dans l'eau potable, l'air et les déchets dangereux. Elle se concentre actuellement sur la traduction des données scientifiques en informations utilisables par le public.

 

Source : The Ripple Effect of Fraudulent Science | American Council on Science and Health

 

 

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M
Le modèle LNT considère qu'à 5 Sv ou 5 Gray (à ces doses là c'est la même chose) on est mort et qu'en dessous c'est linéaire. En France la dose moyenne est de 4 mSv, 2,4 dus à la radioactivité naturelle et 1,6 aux examens médicaux. 1,6 mSv c'est à peu près 1/3000ème de la dose mortelle, comme nous sommes environ 69 millions ça voudrait dire que les examens médicaux (radiographies et scanners) tuent 23000 personnes chaque année en France, 7 fois la mortalité routière!
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U
Celui qui oserait faire ce pas se verrait immédiatement visé par une campagne massive l'accusant de mettre en danger de nombreuses vies.<br /> Très dissuasif.
Répondre
U
@Murps<br /> "une question de courage politique"<br /> Hi hi hi ...
M
Oui. Ca fait longtemps que cette histoire traîne. Quand je suivais des cours de radioprotection et radiuobiologie à Grenoble dans les années 90 (!!) c'était déjà un sujet de conversation et de polémique.<br /> <br /> C'est uniquement une questions de courage politique : il faut avoir le culot de remonter les seuils et se débarrasser de cette Relation Linéaire Sans Seuil....