Le retard dans l'utilisation de cultures génétiquement modifiées au Kenya coûte cher
Gilbert Arap Bor, Réseau Mondial d'Agriculteurs*
Les agriculteurs kenyans comme moi perdent de l'argent chaque jour et la sécurité alimentaire de tous est remise en question parce que nous n'avons pas été autorisés à semer ou planter des cultures biotechnologiques. Des études récentes et des décisions judiciaires indiquent que les retards et l'incertitude entourant l'adoption des cultures génétiquement modifiées (GM) ont un impact sur les revenus des agriculteurs et la sécurité alimentaire. Bien que le gouvernement ait exprimé son soutien à cette technologie, les litiges en cours et l'opposition du public ont créé des obstacles.
Selon un rapport du Breakthrough Institute et de plusieurs autres groupes, dont l'African Agricultural Technology Foundation, tout cela a entraîné un coût total pour la Nation supérieur à 20 milliards de shillings kenyans, soit près de 157 millions de dollars américains, au cours des trois dernières années.
« Cette perte colossale a privé le pays d'opportunités vitales pour renforcer la sécurité alimentaire, les revenus des agriculteurs et la santé environnementale, et elle est exacerbée par des campagnes de désinformation persistantes qui entravent les progrès scientifiques », déclare la Kenya News Agency.
Tout cela parce que les agriculteurs se voient refuser l'accès à deux cultures biotechnologiques déjà approuvées par le gouvernement kenyan : un maïs résistant à des insectes et une pomme de terre résistante à une maladie. Depuis 2019, les agriculteurs kenyans ne peuvent cultiver qu'une seule plante génétiquement modifiée : le cotonnier Bt.
Nous ne pouvons pas obtenir les semences car des groupes militants qui méprisent l'agriculture moderne ont intenté un procès pour en bloquer la distribution. Tout est bloqué devant les tribunaux.
Les agriculteurs kenyans souffrent car nous pourrions cultiver davantage et gagner plus. Les consommateurs kenyans souffrent car les prix des denrées alimentaires dans le pays sont plus élevés qu'ils ne devraient l'être. L'environnement kenyan en souffre, car nous utilisons des pesticides que la biotechnologie a rendus obsolètes.
Il n'est pas nécessaire qu'il en soit ainsi.
Il y a trois ans, le gouvernement kenyan a levé son interdiction de longue date sur l'importation et la culture de plantes génétiquement modifiées, dans le but de permettre aux agriculteurs kenyans de bénéficier des technologies que les agriculteurs américains, brésiliens, argentins et autres considèrent comme acquises. L'idée était de faire entrer l'agriculture kenyane dans le XXIe siècle.
« C'est le genre de changement dont nous avons besoin », ai-je écrit dans une chronique peu après l'annonce. « Il est temps que le Kenya rattrape son retard, et c'est ce que nous allons faire. »
Sauf que ce n'est pas le cas, et qu'il semble désormais que cela ne se produira pas.
En fait, on a l'impression que l'ancienne interdiction est de nouveau en vigueur. Ou, pour être plus précis, on a l'impression que l'interdiction n'a jamais été levée. Rien n'a changé. L'agriculture kenyane reste enfermée dans ses méthodes primitives et inefficaces, tandis que la plupart des autres pays du monde progressent vers des rendements plus importants et une sécurité alimentaire accrue. Pourtant, le pays compte certains des meilleurs chercheurs agricoles au monde, qui ont fait leur part !
Notre président, William Samoei Ruto, reste un défenseur des cultures biotechnologiques. Il y a plusieurs mois, son gouvernement a réitéré son engagement à améliorer la production alimentaire grâce à la biotechnologie. Un cadre réglementaire pour la commercialisation des cultures génétiquement modifiées reste en place.
Pourtant, les poursuites judiciaires ont freiné les progrès du Kenya.
« L'engagement du gouvernement à faciliter l'adoption de nouvelles technologies et innovations pour transformer la faible productivité agricole du pays est compromis par des litiges interminables », s'est plaint Mutahi Kagwe, secrétaire d'État à l'Agriculture et au Développement de l'Élevage.
J'aimerais beaucoup cultiver des plantes biotechnologiques. Ma famille cultive 19 hectares depuis quatre décennies. Nous cultivons toujours du maïs, et cette année, nous en avons planté 4 hectares. La majeure partie servira à nourrir notre troupeau laitier, mais 80 ares seront transformées en ugali, une farine de maïs qui est l'aliment de base de mon pays.
L'accès aux cultures biotechnologiques nous rendrait plus résilients en tant qu'agriculteurs. Nous produirions plus de nourriture à moindre coût, ce qui augmenterait nos profits et ferait économiser de l'argent aux consommateurs. Dans un système agricole moderne pleinement florissant, nous bénéficierions de meilleurs moyens de protéger nos cultures contre les insectes, les mauvaises herbes, les maladies, la sécheresse, etc.
Plus les tribunaux kenyans laisseront les litiges empêcher les Kenyans d'accéder à ces excellentes cultures, plus les pertes seront importantes. Nous continuerons à laisser passer l'opportunité économique de générer des centaines de millions de shillings grâce à un travail honnête et à l'innovation, tout cela à cause d'organisations motivées par une idéologie antiscientifique. Leurs membres ne connaissent pas grand-chose à la production alimentaire, mais ils savent très bien comment manipuler l'esprit des Kenyans et les tribunaux pour servir un programme rétrograde.
Pour surmonter ce défi, le gouvernement doit se concentrer sur une participation publique transparente qui renforce la confiance et continuer à fournir des preuves que les cultures génétiquement modifiées sont sûres.
Il faudra également des agriculteurs comme moi. Nous ne pouvons pas nous battre devant les tribunaux, mais nous pouvons faire entendre notre voix devant le tribunal de l'opinion publique.
Nous devons nous exprimer et faire savoir à nos compatriotes kenyans que plus tôt les agriculteurs kenyans auront accès à ces cultures extraordinaires, mieux nous nous porterons tous. Nous payons tous le prix de ce retard.
____________
/image%2F1635744%2F20251109%2Fob_9a7748_capture-gilbert-arap-bor-2.jpg)
* Gilbert Arap Bor
Gilbert Arap Bor cultive du maïs et des légumes et élève des vaches laitières dans une petite exploitation agricole de 10 hectares à Kapseret, près d'Eldoret, au Kenya, et s'est désormais lancé dans la production de café et d'avocats. Le Dr Bor est également professeur de marketing et de gestion à l'Université atholique d'Afrique de l'Est, sur le campus d'Eldoret. Gilbert a reçu le prix GFN Kleckner Global Farm Leader 2011 et est membre bénévole du Conseil consultatif du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network).
Source : Delayed Planting of Genetically Modified Crops in Kenya is Costly – Global Farmer Network
/image%2F1635744%2F20150606%2Fob_b8319b_2015-06-06-les-champs-de-l-au-dela-tom.jpg)