Est-il permis de dire que la Terre est plate sur CNews (ou une autre chaîne) ?
Non, il ne s'agit pas de « platitude », mais de blasphème allégué – et sanctionné in fine par le Conseil d'État – contre la religion du (des) changement(s) climatiques(s) d'origine anthropique. Et, au-delà, de la liberté de pensée et d'expression, et de l'intégrité de la démarche scientifique.
Le 8 août 2023, l'émission Punchline Été abordait (à partir de 1:22:05) une question météorologique ou climatique : « Juillet 2023, mois le plus chaud jamais enregistré ».
L'intégralité de l'émission, si cela vous tente.
Le présentateur donne la parole à une jeune climatologue, doctorante semble-t-il, Mme Elena Maksimovich, en distanciel. Pour être bref, sa contribution de quelque 3:30 minutes n'avait ni queue, ni tête.
Mme Irène Tolleret, députée européenne, présente sur le plateau, suit avec un discours qui se fonde sur la réalité des changements climatiques et souligne la nécessité de s'y adapter. M. Mathieu Hocque, secrétaire général de Le Millénaire, embraye en soulignant que la France ne manque pas d'atouts et élargissant la perspective, notamment vers la biodiversité et la gestion des ressources.
Puis vint le « vilain petit canard » en la personne de M. Philippe Herlin, économiste et analyste financier, avec par le passé un parcours politique à la droite de l'échiquier. Selon Géopolitique profonde,
« Philippe Herlin critique les politiques écologiques, notamment la transition énergétique et les politiques globalistes associées, qu’il juge économiquement désastreuses et fondées sur un discours alarmiste sans consensus scientifique. Ses prises de position s’opposent aux mesures de décarbonation, qu’il associe à une perte de souveraineté économique. »
Voici, parmi d'autres, un résumé de sa première et principale déclaration de quelque 2:10 minutes :
« Il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Le réchauffement climatique anthropique est une escroquerie et un mensonge. Le réchauffement anthropique n’existe pas. Il n’y a pas de consensus scientifique sur le sujet. Nous expliquer que c’est à cause de l’Homme, ça non, ça, c’est de l’ordre du complot. Et pourquoi ça a autant de poids ? Parce que ça justifie l’intervention de l’État dans notre vie, et ça absout l’État de devoir diminuer ses dépenses publiques. C’est une forme de totalitarisme. Les modèles climatiques reposent sur de simples hypothèses statistiques et ne marchent pas. Les climatologues du monde entier utiliseraient des théories infondées, servant au gouvernement pour justifier la dépense publique. »
L'intervention en extrait (Source)
En cours de déclaration, le présentateur interjecte :
« Je ne suis pas certain qu'Elena soit d'accord avec vous, hein ! »
La parole lui est aussi coupée :
« ...on va poser la question à un spécialiste, on poursuit le débat avec Elena. Elena, vous en pensez quoi, très concrètement ?... »
Suivent quatre minutes de bla bla incohérent qui ne répondent pas du tout à la question.
Notons que M. Philippe Herlin s'en est également pris à la gestion de la crise de la Covid en partant du constat que les modèles fondés sur le passé sont insuffisants pour prédire l'avenir :
« […] selon Imperial College, il y aurait 500.000 morts si on ne confinait pas. C'est d'ailleurs le chiffre qu'a repris Emmanuel Macron dans son intervention pour justifier le confinement dont on sait maintenant qu'il ne servait à rien [...] »
Après une séquence sur le réchauffement du Loch Ness et ses effets sur les poissons, la parole est encore rapidement donnée aux intervenants pour leur conclusion, le présentateur ouvrant la séquence avec un « moi, personnellement, je trouve que c'est plutôt inquiétant ».
M. Philippe Herlin ajoute une couche (cité à partir de la décision de l'ARCOM) :
« […] Il y a un réchauffement climatique depuis le milieu du XIXème siècle, mais qui suit un mini âge glacière, […] donc le climat a toujours évolué, il va continuer de le faire, mais nous expliquer que c’est à cause de l’Homme ça non, ça c’est de l’ordre du complot, et pourquoi ça a autant de poids ? Parce que ça justifie l’intervention de l’Etat dans notre vie, et ça aussi absout l’Etat de devoir diminuer ses dépenses publiques. Elisabeth Borne a annoncé qu’on allait dépenser 60 milliards d’euros par an pour lutter contre la… contre ce soi-disant réchauffement, comme ça l’Etat dit "bah j’peux pas faire d’économies y a le réchauffement", c’est très pratique et puis ça permet d’intervenir dans l’agenda, dans la vie des gens, l’habitation, le transport, l’industrie, l’agriculture et c’est… pour moi c’est une forme de totalitarisme. Moi qui suis un économiste libéral, c’est une forme de totalitarisme. »
L'entité incorporée sous forme d'association loi 1901 Quota Climat a donc saisi l'Autorité de Régulation de la Communication Audiovisuelle et Numérique (ARCOM) « pour climatoscepticisme sans contradiction ». L'ARCOM – qui se dit « garante de la liberté de communication » – a infligé une amende de 20.000 euros à Cnews par une décision publiée le 10 juillet 2024. CNews a saisi le Conseil d'État en annulation de la décision le 3 septembre 2024. Et le Conseil d'État a maintenu la décision par un arrêt du 6 novembre 2025.
Sans surprise, le Conseil d'État commence par rappeler les bases juridiques. Extraits (c'est nous qui graissons) :
« 3. [...] L'éditeur d'un service de communication audiovisuelle doit assurer l'honnêteté de l'information et des programmes qui y concourent. (...) / Il fait preuve de rigueur dans la présentation et le traitement de l'information. / Il veille au respect d'une présentation honnête des questions prêtant à controverse, en particulier en assurant l'expression des différents points de vue par les journalistes, présentateurs, animateurs ou collaborateurs d'antenne. […] Ces stipulations ainsi que les dispositions auxquelles elles renvoient ne font pas obstacle à la définition par l'éditeur du service conventionné d'une ligne éditoriale qui peut le conduire à faire intervenir à l'antenne des personnalités développant les thèses les plus controversées, dont les propos ne sauraient être regardés comme relevant par eux même de la présentation et du traitement de l'information par l'éditeur du service. Elles lui imposent cependant, y compris dans les programmes qui, sans avoir pour seul objet la présentation de l'information, concourent à son traitement, même sous l'angle de la polémique, de n'aborder les questions prêtant à controverse qu'en veillant à une distinction entre la présentation des faits et leur commentaire et à l'expression de points de vue différents. »
Et pour l'émission en cause, donc la motivation de sa décision :
« 5. [...] Ni le présentateur ni les autres invités de l'émission n'ont apporté de contradiction à ces propos grossièrement erronés et manifestement non conformes aux données acquises de la science, au surcroît accompagnés de propos de caractère complotiste. […] l'Arcom n'a pas fait une inexacte application des pouvoirs qu'elle tient de l'article 42-1 de la loi du 30 septembre 1986, ni retenu une sanction disprioprtionnée [sic], ni porté une atteinte excessive à la liberté d'expression protégée par l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. »
Cet arrêt pose à notre sens d'importants problèmes de fait et de droit.
S'agissant des faits, le présentateur a apporté une brève contradiction et tenté d'obtenir une réponse autorisée par une climatologue. Peut-on lui reprocher, ainsi qu'à CNews, une défaillance manifeste de celle-ci ?
Qu'aurait-il fallu pour que CNews échappe à la sanction ?
Quelle conclusion faut-il aussi tirer de cet arrêt pour le cas où un intervenant proférerait des propos « blasphématoires » en toute fin d'émission ?
De quelle autorité le Conseil d'État se prévaut-il pour poser que les propos de M. Philippe Herlin étaient « grossièrement erronés et manifestement non conformes aux données acquises de la science ». En quoi les « propos de caractère complotiste » serait-ils une circonstance aggravante ?
Comment, enfin, produire une référence à « la liberté d'expression protégée par l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales » et, en même temps, cautionner une atteinte à cette liberté, motif pris qu'elle ne serait pas « excessive ».
L'ensemble de la séquence, de 18 minutes au total, s'inscrivait dans l'acceptation des changements climatiques comme un fait établi et de la nécessité de prendre des mesures d'adaptation et de mitigation, avec trois invités intervenant dans ce sens. Sans compter la séquence sur le Loch Ness.
Tout compte fait, cet arrêt apparaît comme un avertissement aux chaînes radiophoniques et audiovisuelles : abstenez-vous d'aborder des sujets qui sont matière à controverses, sauf à rester – et à prendre toutes les garanties pour rester – dans le droit chemin de la bien-pensance.
Ou plutôt, cet avertissement ne s'adresse qu'à certaines d'entre elles. D'autres ne sont sans doute pas concernées, malgré leurs conceptions sur l'honnêteté de l'information et de leurs programmes et sur la rigueur dans leur présentation et leur traitement de l'information.
Vous avez certes le droit de « faire intervenir à l'antenne des personnalités développant les thèses les plus controversées », mais en veillant à leur couper rapidement le sifflet ou à leur tailler un costard très peu flatteur.
Tout bien considéré, c'est plutôt : ne les invitez pas ! Même pas un platiste.
Surtout si vous êtes sous la surveillance étroite d'une ligue de vertu climatique, de gardiens de la vérité climatique, en particulier d'une entité bénéficiant de larges subventions étatiques, du ministère de la Culture, de l'ADEME et... de l'ARCOM, la « garante de la liberté de communication »...
On sait aussi que plane une proposition de loi scélérate « visant à garantir le droit d’accès du public aux informations relatives aux enjeux environnementaux et de durabilité », un titre parfaitement orwellien.
Et que la France a souscrit à la déclaration de la COP30 sur l'intégrité de l'information sur les changements climatiques (voir ici et ici).
Sachant aussi...
(Source)
Ce qui est en cause, c'est la liberté de pensée, d'expression et d'information et, au-delà, l'intégrité de la démarche scientifique.
Bienvenue au Miniver, au ministère de la Vérité !
Cet article ne vaut évidemment pas acceptation des propos tenus par M. Philippe Herlin, en pratique le « premier condamné d’opinion sur le climat ». Ni de la politique éditoriale de Cnews (mais voir aussi ici !). Mais...
Les allégations contestables, ou pires, ne se combattent pas par l'interdiction, mais par l'explication et la réfutation.
/image%2F1635744%2F20251128%2Fob_e52325_capture-c-news-4.jpg)
/image%2F1635744%2F20150606%2Fob_b8319b_2015-06-06-les-champs-de-l-au-dela-tom.jpg)