C'est quoi cette « Déclaration sur l'Intégrité de l'Information sur les Changements Climatiques » ?
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La COP30 – Conférence des Parties (COP 30) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, de son petit nom COP30 Belém – Brésil – a vu apparaître une « Déclaration sur l'Intégrité de l'Information sur les Changements Climatiques ». Tigre de papier, appel de fonds pour des activités plus ou moins honnêtes, ou menace sur la liberté d'expression ?
Commençons par un aspect des plus déplaisants pour quelqu'un qui ne se considère pas (encore) comme un vieux chnoque (ou schnock) : c'est en vain que j'ai cherché un texte français de la « Déclaration sur l'Intégrité de l'Information sur les Changements Climatiques » – avertissement : ce n'est donc pas un titre officiel (et on trouve des « sur le changement climatique », alors que « climate change », au singulier, est traduit par un pluriel an français).
Il faut donc se rabattre sur le texte anglais, « Declaration on Information Integrity on Climate Change »... dont la source principale est... l'UNESCO ! Cette organisation se serait donc invitée à la COP30 pour faire son petit business. En fait, c'est plus compliqué.
La France – bonne élève pas seulement dans l'Union Européenne, mais aussi dans le monde, voire la galaxie – a signé ce texte, en compagnie, à ce stade de 11 autres États : Allemagne, Belgique, Brésil, Canada, Chili, Danemark, Espagne, Finlande, Pays-Bas, Suède, Uruguay. Il fut un temps où notre gouvernement n'aurait jamais accepté de s'engager sur un texte autre qu'en français. Une autre manifestation de la déliquescence en cours...
Ce texte de l'UNESCO – on le sait par l'intermédiaire de... l'URL – vient aussi sans les garnitures officielles, notamment, l'en-tête de l'organisation. On a donc un texte en anglais, mais sans certitude qu'il s'agit bien du texte officiel, faisant foi...
On apprend tout de même qu'il a été (notre traduction) :
« Rédigé par les membres du Comité Directeur de l'Initiative Mondiale pour l'Intégrité de l'Information sur les Changements Climatiques après discussion avec son groupe consultatif. Les non-membres de l'Initiative sont invités à y adhérer. »
Qui sont les membres du Comité Directeur ? Du groupe consultatif ? Mystère !
L'initiative a été annoncée lors du Sommet des dirigeants du G20 à Rio de Janeiro en novembre 2024. Elle regroupe des organisations onusiennes, l'OCDE, des États et « des représentants de la société civile ». Lesquels ?
Reporters sans Frontières se targue d'avoir participé à la rédaction de la déclaration. Pour cette organisation, la déclaration « constitue une avancée majeure pour la protection du journalisme environnemental ». Si elle le dit...
Une lecture littérale du texte – et sans doute un peu naïve – donne à penser que c'est plutôt un tigre de papier, un de plus. Cette lecture ne serait pas alignée sur celle de notre ami David Zaruk, plus dystopique, dans « La déclaration de la COP30 sur l'intégrité de l'information sur les changements climatiques est erronée et dangereuse » (à paraître).
Il y a certes un considérant grandiloquent (le cinquième) qui ratisse large (notre traduction) :
« Préoccupés par l'impact croissant de la désinformation, de la mésinformation, du déni, des attaques délibérées contre les journalistes, les défenseurs, les scientifiques, les chercheurs et autres voix publiques engagés dans la défense de l'environnement et d'autres tactiques utilisées pour saper l'intégrité des informations sur le changement climatique, qui nuisent à la compréhension du public, retardent les mesures urgentes et menacent la réponse mondiale au changement climatique et la stabilité sociale ; »
Sur la base de cet état des lieux éminemment discutable, pour ne pas dire plus, les signataires ont pris – ou annoncé – des engagements qui ont été résumés comme suit par le secrétariat onusien de la convention-cadre dans « COP 30 :Pour la première fois, l'intégrité de l'information devient une priorité lors d’une conférence des Nations unies sur le climat » :
« • Promouvoir l'intégrité de l’information relative aux changements climatiques conformément au droit international des droits de l'homme, y compris les normes en matière de liberté d'expression
• Soutenir la durabilité d'un écosystème médiatique diversifié et résilient afin de garantir une couverture précise et fiable des questions climatiques et environnementales
• Soutenir l'intégration des engagements en matière d'intégrité de l'information dans le programme d'action pour l'autonomisation climatique dans le cadre de la CCNUCC
• Promouvoir une action climatique éclairée et inclusive en favorisant l'accès équitable à des informations précises, fondées sur des données probantes et compréhensibles pour tous
• Encourager la coopération et le renforcement des capacités afin de lutter contre les menaces qui pèsent sur l'intégrité de l'information, en protégeant ceux qui rendent compte et mènent des recherches sur les questions climatiques »
Il y a encore deux points, astucieusement présentés en dehors des bullet points :
« Les ressources étant insuffisantes pour répondre aux besoins mondiaux, la Déclaration appelle les gouvernements à garantir des fonds pour la recherche sur l'intégrité des informations climatiques, en particulier dans les pays en développement.
Elle exhorte également le secteur privé à s'engager en faveur de l'intégrité de l'information dans ses pratiques commerciales et à garantir des pratiques publicitaires transparentes et respectueuses des droits humains qui renforcent l'intégrité de l'information et soutiennent un journalisme fiable. »
Il n'y a donc rien de vraiment choquant a priori dans ces ambitions. Mais...
Notons incidemment que si « l'intégrité de l'information devient une priorité lors d’une conférence des Nations unies sur le climat » pour le secrétariat de la Convention-cadre, les ambitions de la COP30 doivent être bien modestes.
L'« intégrité de l'information » n'est pas définie dans la déclaration. Dans une page non datée sur leur site, les Nations Unies citent le Secrétaire Général António Guterres :
« Nous devons également nous attaquer à la désinformation sur le climat. En collaboration avec le Brésil et l’UNESCO, les Nations Unies lancent l’Initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur les changements climatiques. Nous travaillerons avec des chercheurs et des partenaires pour renforcer l'action contre la désinformation liée au climat. »
Voici encore le deuxième considérant de la déclaration (notre traduction) :
« Reconnaissant que la mobilisation à grande échelle de tous ces acteurs nécessite l'accès à des informations cohérentes, fiables, précises et fondées sur des preuves concernant les changements climatiques, qui sont indispensables pour sensibiliser et encourager la participation du public, permettre la responsabilisation et renforcer la confiance du public dans les politiques et les mesures climatiques, avec l'urgence requise pour l'action climatique ; »
Les signataires de la déclaration se mobiliseraient donc pour promouvoir une « information » à objectif socio-politique – ça s'appelle la propagande – et une « intégrité de l'information » définie implicitement par son ou ses contraires, c'est-à-dire la « vraie » information, en matière climatique... un champ d'application qui n'est pas défini, lui non plus.
Ils se feraient, directement ou par l'intermédiaire d'institutions – comme l'ARCOM en France – les arbitres de la « vérité ». On s'approche du Miniver, du Ministère de la Vérité de 1984, de George Orwell... Et l'analyse de notre ami David Zaruk commence à faire sens.
Mais par sa référence au « droit international des droits de l'homme, y compris les normes en matière de liberté d'expression », la déclaration se range dans le giron des grands principes (en principe) universels.
Serions-nous sauvés ?
Voici le paragraphe 3.a de la déclaration (notre traduction) :
« 3. Nous appelons les gouvernements à :
a. Créer et mettre en œuvre des politiques et des cadres juridiques conformes au droit international relatif aux droits de l'homme qui favorisent l'intégrité de l'information sur les changements climatiques, et respectent, protègent et promeuvent les droits de l'homme, y compris le droit à la liberté d'expression et à l'accès à l'information ; et garantissent la sécurité des journalistes, défenseurs, scientifiques, chercheurs et autres voix publiques spécialisés dans l'environnement ; »
Cela mène nécessairement – au mieux – à un système de droits de l'homme à deux classes : la classe qui s'applique à l'information décrétée intègre ou probe, et l'autre, tolérée mais qui flirte avec le délit d'opinion. Idem pour la sécurité des acteurs.
Non, David, cette déclaration n'est pas « erronée », elle est bien pire.
Et, pour les acteurs, il s'agit de ceux qui sont « spécialisés dans l'environnement », pas seulement le climat, ou plutôt le discours officiel sur le climat.
À l'évidence, les lobbyistes – oups ! Les acteurs du plaidoyer – ont bien travaillé. Et les juristes des gouvernements ont eu piscine.
Le secrétariat de la Convention-cadre a écrit :
« Depuis son lancement en juin 2025, le Fonds mondial pour l'intégrité de l'information sur les changements climatiques de l'Initiative a reçu 447 propositions provenant de près de 100 pays. Grâce à un financement initial d'un million de dollars américains accordé par le gouvernement brésilien, le Fonds a commencé à soutenir sa première vague de projets sur plusieurs continents, près des deux tiers des propositions éligibles provenant des pays du Sud. »
Un appel à partenariats avait été lancé ou relayé ici.
(Source)
« L'UNESCO, avec le gouvernement du Brésil et l'ONU, invite les entités à but non lucratif à soumettre des propositions visant à renforcer l'intégrité de l'information sur le changement climatique.
Ce premier appel à partenariats de l'Initiative mondiale sur l'intégrité de l'information sur le changement climatique se concentre spécifiquement sur :
• recueillir et produire des preuves sur la manière dont le changement climatique est affecté par les troubles de l'information ;
• développer des stratégies de communication fondées sur des données probantes pour contrer ces menaces ; et
• soutenir les initiatives de journalisme d'investigation qui révèlent les récits trompeurs et favorisent la compréhension du public.
Pour cela, comprendre, en mettant l'accent sur le Sud global, la dynamique de phénomènes tels que la désinformation, les théories du complot, les campagnes orchestrées qui ont pour objectif principal de saper les connaissances scientifiques consolidées comme fondement des politiques fondées sur des preuves est une étape clé dans les actions mondiales visant à faire face à la crise climatique.
[...] »
Les entités à but non lucratif sont « [l]es organisations non gouvernementales (ONG), les instituts de recherche, les universités, les organisations de journalisme d'investigation à but non lucratif et d'autres » ; elles seront dotées pour des projets de 30.000 à 150.000 dollars EU et :
« formeront un réseau mondial et interdisciplinaire unique en son genre pour favoriser l'intégrité de l'information sur le changement climatique et produire des recommandations concrètes pour des politiques innovantes dans le monde entier. »
Il y a peut-être beaucoup de théorie là-dedans, mais il y a de quoi s'inquiéter.
Tenez, des ONG qui saisissent la justice avec des procédures bâillons dès qu'un invité à un talk shaw fait une déclaration non conforme au catéchisme sur une chaîne de télévision honnie ? Des « organisations de journalisme d'investigation à but non lucratif » du type de celle qui a été à la manœuvre pour assassiner la petite entreprise de communication v-Fluence ?
Mais il y a aussi l'état d'esprit des gens qui seront appelés à contribuer à la gestion du fonds et donc aux orientations qui seront prise par l'« information intègre ». On peut en avoir un aperçu dans « À la COP30, un groupe de pays déclare la guerre à la désinformation climatique », du service d'information de l'ONU.
Prenons-le de France Diplomatie : « COP30 : la France rejoint la déclaration sur l’intégrité de l’information sur le climat (18 novembre 2025) »
Il aura fallu attendre six jours pour avoir l'information sur un événement planifié... Et il n'y a pas de lien vers la déclaration...
Mme Monique Barbut, ministre de la Transition Écologique, de la Biodiversité et des Négociations Internationales sur le Climat et la Nature (numéro 4 du Gouvernement), a livré une déclaration très générale.
Quant à M. Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires Étrangères (numéro 10)...
« Fidèle à son engagement en faveur de la liberté de la presse et d’un espace informationnel intègre, libre et régulé, mon ministère a contribué à la formation de plus de 2 000 journalistes partout dans le monde pour mieux contrer les manipulations de l’information et a appuyé la création de deux hubs, à Paris et Bucarest, destiné [sic] à accueillir une centaine de journalistes en exil. Nous poursuivrons notre action. »
Il semble y avoir ici des affaires qui sont étrangement bien étrangères au vrai sujet et au ministres […] des Affaires Étrangères...
Mais c'est « libre et régulé » qui doit retenir notre attention : quelle dose de liberté et quelle dose de régulation ?
Ce communiqué de presse rappelle qu'il y a déjà eu d'autres initiatives – avec le cocorico de circonstance...
Les Nations Unies ont une page sur l'intégrité de l'information et l’écosystème de l’information à l’ère numérique qui permet d'accéder à des principes mondiaux, avec des recommandations, et un résumé des principes. En voici un :
« Médias indépendants, libres et pluralistes
L’intégrité de l’information n’est possible qu’avec des médias indépendants, libres et pluralistes. Des réponses robustes et urgentes sont nécessaires pour soutenir le journalisme d’intérêt public dans le monde entier. »
La lecture de la Déclaration sur l'Intégrité de l'Information sur les Changements Climatiques ne peut que susciter des interrogations au regard de ces principes – solidement ancrés dans les droits fondamentaux – et des recommandations.
En définitive, comme le relève notre ami David, l'essentiel était peut-être bien de monter un fonds... le fric, quoi.
Mais on peut aussi craindre, déjà à la lecture de cette déclaration, que ce fric alimentera des projets peu compatibles avec l'« intégrité de l'information ».
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