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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

137.848 hectares, c'est la contribution annuelle française à la déforestation mondiale ! Vraiment ?

1 Novembre 2025 Publié dans #critique de l'information, #Forêts, #Politique, #Union Européenne

137.848 hectares, c'est la contribution annuelle française à la déforestation mondiale ! Vraiment ?

 

 

Image volontairement décalée...

 

 

Pas un de plus, pas un de moins : 137.848 hectares, c'est la contribution française à la déforestation mondiale selon un rapport de l'association Envol Vert, dûment relayée – surprise, surprise – par Le Monde.

 

 

(Source)

 

 

Repentez-vous ! Ou plutôt : repentons-nous !

 

Le Monde rubrique Planète, toujours à l'affût de mauvaises nouvelles pour la planète qui sont de bonnes nouvelles pour son fond de commerce, a publié dans son édition électronique, le 14 octobre 2025, « La consommation de soja, cacao ou café en France provoque la destruction de près de 137 000 hectares de forêt à l’étranger chaque année ».

 

En chapô :

 

« Pour la première fois, un rapport publié par l’ONG Envol vert quantifie la surface de forêt détruite à l’étranger en raison de la consommation nationale. Les importations de soja pour la nourriture animale sont les plus dévastatrices. »

 

L'« information » a été jugée suffisamment importante pour qu'elle se retrouve dans l'édition papier du 17 octobre 2025 (dans laquelle on a arrondi – plus justement – à 138.000 hectares dans le chapô).

 

Le calcul a abouti à 137.848 hectares, une précision stupéfiante...

 

Il a été fait pour le soja, qui représente(rait) 44,4 % de l’empreinte forêt française, notamment en raison de la dégradation induite au Brésil, mais aussi en Argentine, aux Etats-Unis (!) et en Inde (!), le cacao (31,1 %), le caoutchouc (7 %), le café (6 %), l’huile de palme (2,4 %) et le cuir (2,4 %).

 

Ce calcul serait fondé sur un « Référentiel Empreinte Forêt France (REFF), fruit d’un travail collectif de plusieurs années du Comité scientifique et technique Forêt (CST Forêt) » (vidéo ci-dessous).

 

 

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Le mode de calcul nous paraît extraordinairement rustique et fondé sur des hypothèses hasardeuses.

 

Ainsi, si le pays X déforeste pour produire un supplément de denrées allant prioritairement dans le pays Y, les importations de la France – peut-être même issues de productions certifiées sans déforestation – sont affectées d'une quote-part de la nouvelle déforestation. Mais peut-être ai-je mal compris...

 

En tout cas, avancer un chiffre à l'hectare près – qui, en outre, représenterait une « contribution » annuelle, fixe, à la déforestation – relève de l'absurde.

 

Par ailleurs, le caféier et le cacaoyer sont des plantes de sous-bois. Ils peuvent certes être cultivés en plein soleil, sur des terres déforestées à cette fin, ou encore par pauvreté, manque de formation, pression démographique et absence de régulation. Est-il raisonnable d'accuser les cultures de rente dans le deuxième cas ? Et, s'il y a culture dans un système agroforestier, peut-on parler de déforestation, et à partir de quel stade, si on a effectué une coupe d'éclaircie ?

 

Bref, cela occupe Envol Vert – une association qui est active sur le terrain (c'est à souligner) et qui semble avoir besoin de plus de visibilité... et d'entrées de subventions et d'allocations de mécénat ; cela plaît au Monde Planète et remplit une case de sa production digne de Philippulus ; et, tout compte fait, malgré nos critiques, cela ne nous déplaît pas trop.

 

Seulement 2,4 % (environ 33 kilomètres carrés ou un tiers de Paris) pour l'huile de palme, objet de tant de cacas nerveux ?

 

137.848 hectares ? C'est 1.378,48 kilomètres carrés. Un peu plus que la superficie du Val-d'Oise, ou que deux fois le Territoire de Belfort. Ce n'est certes pas rien, mais ce n'est pas non plus une catastrophe.

 

Un dernier mot sur les gesticulations à propos de la « déforestation importée » – et surtout les contraintes imposées à nos acteurs économiques qui importent des denrées du type décrit ci-dessus : c'est en grande partie de la bien-pensance, un signal de vertu, des mesures pour se donner bonne conscience.

 

À quoi ça sert si nous importons, à frais augmentés par la réglementation, des produits certifiés sans déforestation si les États exportateurs livrent à des pays tiers les produits issus de la déforestation ?

 

L'Union Européenne (les trois composantes – Commission, Conseil et Parlement, à des degrés divers) manœuvre actuellement pour, en quelque sorte, rétropédaler sur le Règlement européen (UE) 2023/1115, publié le 9 juin 2023, contre la déforestation (RDUE). « ...au grand dam des associations de protection de l'environnement » selon Le Monde. Un Monde qui rappelle aussi que « [e]n 2018, la France a été le premier pays du monde à adopter une stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI), avec un objectif zéro déforestation importée en 2030. » La France, meilleure élève de la classe, fût-ce au prix de la péjoration de sa compétitivité et de sa prospérité et du bien-être de ses habitants...

 

 

 

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J
Et la baisse de rendement du bio, c'est combien de déforestation ?
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